Justice

Un artiste chinois condamné à trois ans de prison pour des œuvres satiriques sur Mao

Il a été arrêté en août 2024 alors qu’il rendait visite à sa famille en Chine.

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Sur cette photo prise en juin 2022 et diffusée par Zhao Yaliang, l’artiste chinois Gao Zhen pose devant un portrait de lui-même réalisé par un ami artiste à Long Island, dans l’État de New York. Sur cette photo prise en juin 2022 et diffusée par Zhao Yaliang, l’artiste chinois Gao Zhen pose devant un portrait de lui-même réalisé par un ami artiste à Long Island, dans l’État de New York. (Zhao Yaliang)

L’artiste chinois Gao Zhen a été condamné mardi à trois ans de prison pour avoir «porté atteinte à la réputation des héros» à travers ses œuvres d’art satiriques, notamment des statues représentant l’ancien dirigeant chinois Mao Zedong.

M. Gao, qui réside aux États-Unis et faisait partie d’un duo artistique connu internationalement sous le nom de Gao Brothers, a été arrêté en août 2024 alors qu’il rendait visite à sa famille en Chine. Il est depuis lors placé en détention provisoire.

Il a été condamné par le tribunal populaire de Sanhei, dans le nord de la province du Hebei, selon son épouse, Zhao Yaliang.

Les chefs d’accusation retenus contre M. Gao concernent des œuvres artistiques que les autorités chinoises jugent insultantes à l’égard de figures révolutionnaires.

L’une d’elles était une statue de 2009 intitulée La culpabilité de Mao, qui représente l’ancien dirigeant et fondateur de la Chine moderne à genoux en signe de repentir. L’autre était la série de caricatures Miss Mao, représentant Mao avec des seins et un nez gonflé.

Shane Yi, chercheur au sein de l’organisation Chinese Human Rights Defenders, qui défend la cause de M. Gao, a qualifié cette condamnation de «cas très clair de violation de la liberté d’expression d’une personne».

M. Yi a indiqué que l’artiste comptait faire appel de cette condamnation et a souligné que les œuvres en question avaient été créées avant l’adoption de la loi en vertu de laquelle M. Gao a été condamné.

Le tribunal n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Amnistie internationale a critiqué la décision du tribunal, qu’elle a qualifiée de mesure dissuasive à l’égard de l’expression artistique.

«La longue détention provisoire et, en fin de compte, la décision de condamner Gao Zhen à la peine maximale de trois ans de prison prévue par cette infraction illustrent la détermination des autorités à dissuader d’autres personnes de s’engager dans une expression artistique indépendante», a mentionné Sarah Brooks, directrice du programme Chine d’Amnistie internationale.

«Aucun artiste ne devrait faire l’objet de sanctions pénales pour avoir créé une œuvre qui remet en cause les discours officiels ou encourage une réflexion critique sur l’histoire», a-t-elle ajouté.

Mme Zhao espère retrouver son mari et pouvoir retourner aux États-Unis, où la famille avait émigré.

«Je pensais que deux ans, c’était ma limite, et j’étais vraiment déçue et triste. Je n’ai pas encore repris mon souffle», a-t-elle raconté.

Elle avait préparé des vêtements pour son mari dans l’espoir qu’il serait libéré. Les tribunaux chinois comptabilisent souvent la détention provisoire comme une partie de la peine purgée.

Les frères Gao, dont les œuvres abordaient les thèmes de l’autoritarisme et de la censure, se sont fait connaître à une époque de relative ouverture en Chine et ont exposé leurs œuvres tant dans le pays qu’à l’étranger.

Cependant, ces dernières années, l’État a renforcé son emprise sur certains aspects de la liberté d’expression, notamment en ce qui concerne les personnalités politiques, avec l’adoption en 2018 d’une loi interdisant toute critique à l’égard des héros nationaux.