Justice

Uber est condamné à verser 8,5 M $ US à une femme victime d’agression sexuelle

Le verdict fait suite à des années de critiques contre le bilan d’Uber en matière de sécurité.

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ARCHIVES - Le logo d'Uber apparaît au-dessus d'un poste de négociation sur le parquet de la Bourse de New York, le 16 août 2019. (Photo AP/Richard Drew, Archives) ARCHIVES - Le logo d'Uber apparaît au-dessus d'un poste de négociation sur le parquet de la Bourse de New York, le 16 août 2019. (Richard Drew)

Cette semaine, un jury fédéral aux États-Unis a reconnu Uber légalement responsable dans une affaire d’agression sexuelle datant de 2023. Le géant du service de hélage électronique a été condamné à verser 8,5 millions $ US à une femme qui affirmait avoir été violée par l’un de ses chauffeurs lors d’un trajet effectué par l’entremise de la plateforme.

Le verdict, rendu jeudi en Arizona, fait suite à des années de critiques contre le bilan d’Uber en matière de sécurité, dont une grande partie concerne des milliers d’agressions sexuelles signalées par des passagers et des chauffeurs. Les chauffeurs Uber étant considérés comme des travailleurs indépendants en tant que prestataires plutôt que comme employés de l’entreprise, la plateforme a longtemps soutenu qu’elle n’était pas responsable de leurs fautes professionnelles.

«Uber dépense des milliards de dollars pour que tous les passagers aient le sentiment de voyager avec Uber. Et c’est ce qu’a conclu le jury hier (jeudi)», a déclaré Ellyn Hurd, l’une des avocates représentant la plaignante Jaylynn Dean, à l’Associated Press. Le verdict a déterminé que le chauffeur était un «agent apparent» de l’entreprise, a-t-elle expliqué, rendant Uber responsable légalement de l’agression.

Mme Hurd a ajouté que son équipe était «très fière de sa cliente pour avoir affronté une entreprise aussi grande et puissante». Elle a également souligné que la décision du jury pourrait avoir un impact significatif sur des affaires similaires.

La société Uber a déclaré qu’elle comptait faire appel de la décision. Au-delà du fait que le chauffeur soit un «agent apparent», le jury n’a pas estimé que l’entreprise avait fait preuve de négligence ou disposait de systèmes de sécurité défectueux.

Le verdict «confirme qu’Uber a agi de manière responsable et a investi de manière significative dans la sécurité des passagers», a déclaré le porte-parole Andrew Hasbun dans un communiqué. Il a ajouté que le montant accordé était «bien inférieur» au montant total initialement demandé par les avocats de la plaignante.

La poursuite trouve son origine dans un trajet Uber effectué en novembre 2023, lorsque Jaylynn Dean, alors âgée de 19 ans, se rendait à son hôtel après avoir fêté sa prochaine remise de diplôme de formation d’agente de bord chez son petit ami en Arizona. Au cours du trajet, selon la plainte, le chauffeur aurait arrêté la voiture, aurait pris place à l’arrière et aurait violé la jeune femme.

Le chauffeur n’a pas été nommé et n’est pas partie prenante dans ce procès civil.

Une réponse «lente et inadéquate» qui met des vies en danger

La poursuite a fait valoir qu’Uber savait depuis longtemps que des agressions avaient lieu et qu’il n’avait pas mis en place les mesures de sécurité nécessaires pour empêcher qu’une telle situation se produise. La plainte, déposée en décembre 2023, qualifie la réponse de l’entreprise de «lente et inadéquate», compromettant sérieusement «la vie et le bien-être de ses clients».

De son côté, Uber, dont le siège social est à San Francisco, affirme avoir pris plusieurs mesures pour améliorer la sécurité sur sa plateforme, notamment en s’associant à Lyft en 2021 pour créer une base de données des chauffeurs exclus de leurs services de voiturage pour des plaintes pour agression sexuelle et autres crimes.

La société affirme que les signalements d’agressions sexuelles ont considérablement diminué au fil des ans. Selon les rapports d’Uber, 5981 incidents d’agression sexuelle ont été signalés lors de trajets aux États-Unis entre 2017 et 2018, contre 2717 entre 2021 et 2022 (dernières années pour lesquelles des données sont disponibles), ce qui, selon la plateforme, représente 0,0001 % du nombre total de trajets à l’échelle nationale.

Les détracteurs soulignent toutefois que les entreprises de services de hélage électronique doivent mettre en place plus de mesures de protection pour les consommateurs et assumer plus clairement leurs responsabilités en cas d’agression.

Sarah London, une autre avocate représentant Jaylynn Dean, a déclaré que le verdict rendu jeudi appuie «les survivantes qui se sont manifestées au péril de leur vie pour exiger qu’Uber rende des comptes». Elle a toutefois ajouté que le travail était loin d’être terminé.

Bien que reconnaissante du résultat obtenu pour le compte de sa cliente, elle a souligné que des milliers d’autres affaires restent en suspens et que «la justice sera finalement mesurée à l’aune des résultats des litiges en cours et de la mise en œuvre ou non de réformes significatives en matière de sécurité pour protéger les passagers à l’avenir».

L’Associated Press ne cite généralement pas le nom des personnes qui ont déclaré avoir été victimes d’agressions sexuelles, à moins qu’elles n’aient donné leur consentement par l’intermédiaire de leurs avocats ou qu’elles ne se soient manifestées publiquement, comme l’a fait Mme Dean par l’intermédiaire de ses avocats.