Les plus grandes chaînes d’épicerie du Canada se retrouvent dans une situation délicate après avoir été accusées de négligence pour avoir vendu du sirop d’érable frelaté dans leurs magasins.
Un recours collectif déposé devant la Cour supérieure du Québec allègue que Loblaws, Metro et Sobey’s ont «trahi la confiance de leurs clients» pendant des années en vendant des boîtes de sirop d’érable provenant d’un producteur situé au sud-ouest de Montréal, qui auraient été coupées avec du sucre de canne alors qu’elles étaient présentées comme étant «pures».
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
La plaignante, Maude Fraser-Jodoin, avait initialement déposé en avril une requête visant à autoriser le recours collectif, désignant le producteur, l’Érablière Steve Bourdeau, comme seul défendeur. Cependant, une requête modifiée déposée plus tôt ce mois-ci inclut désormais les noms des grandes chaînes d’épiceries, qui sont accusées d’avoir fait preuve de «négligence, d’imprudence, d’insouciance ou d’indifférence grave» en mettant ce sirop frelaté sur leurs tablettes.
Elle ajoute : «les épiceries auraient dû faire preuve de prudence et de diligence raisonnable avant de mettre en vente ce sirop d’érable “pur” à bas prix, compte tenu de la disparité avec la valeur des autres produits; elles auraient même dû soupçonner que le sirop en cause avait été altéré après sa mise en vente, à la lumière de l’information disponible.»
Des allégations ont été révélées dans un reportage
Les allégations concernant le sirop dilué ont été rendues publiques pour la première fois à la suite d’un reportage d’investigation diffusé par Radio-Canada le 2 avril. Selon ce reportage, des analyses indépendantes effectuées sur un échantillon de boîtes achetées dans un magasin local ont révélé que le sirop étiqueté «sirop d’érable pur» contenait prétendument au moins 50 % de sucre de canne.
Le reportage affirmait également que, lors de conversations avec un journaliste, le propriétaire, Steve Bourdeau, aurait admis avoir acheté du sirop provenant de l’Ontario et l’avoir vendu dans des boîtes étiquetées «produit du Québec», ce qui est illégal.
Le recours collectif modifié déposé le 3 août devra être autorisé par un juge avant de pouvoir aller de l’avant, et les allégations contenues dans la poursuite n’ont pas encore été examinées par un tribunal.
Le Groupe Épicia, qui exploite plusieurs épiceries, dont celle de Val-Mont où le plaignant a acheté quatre boîtes du sirop en question en 2025, est également nommé comme défendeur.
Le recours vise des remboursements et d’autres dommages-intérêts
L’Érablière Steve Bourdeau, située à Saint-Chrysostome, au Québec, vend du sirop d’érable depuis le 5 octobre 2010, ce qui laisse entendre qu’il pourrait y avoir potentiellement des milliers, «voire des millions», de membres du groupe, selon le recours. Le document judiciaire précise que les membres du groupe comprendraient : «toutes les personnes au Canada qui, depuis le 5 octobre 2010, ont acheté au moins une canne de sirop d’érable produite par 9227-8712 Québec Inc., y compris celles qui l’ont achetée dans un magasin exploité par Metro Inc., Sobeys Group Inc., Groupe Épicia Inc. ou Loblaw Companies Limited.»
La poursuite, déposée par le cabinet d’avocats Slater Vecchio, vise à obtenir le remboursement du prix d’achat ainsi que des dommages-intérêts compensatoires dont le montant n’est pas précisé. Elle réclame également 100 $ en dommages-intérêts punitifs par membre du groupe.
«Sans l’octroi de dommages-intérêts punitifs importants, rien ne dissuadera L’Érablière de poursuivre de telles pratiques au détriment des amateurs de sirop d’érable, des producteurs de sirop d’érable et de l’intégrité de ce produit, qui fait partie intégrante de l’identité québécoise», indique la poursuite.
Ce n’est pas la première controverse liée au sirop d’érable qui survient au Québec.
En 2012, trois hommes ont volé 2700 tonnes de sirop d’une valeur de 18 millions de dollars dans un entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, situé à Saint-Louis-de-Blandford, au Québec, sur une période de plusieurs mois. Ils ont remplacé cet «or liquide» par de l’eau avant que quiconque ne s’en aperçoive, puis l’ont vendu aux États-Unis.
Les hommes ont été reconnus coupables de vol et de fraude et ont été condamnés à des peines allant de deux à huit ans. L’un d’entre eux a également été condamné à payer une amende de 9 millions de dollars. Cette opération, surnommée le «Grand vol de sirop d’érable», a fait l’objet d’une série télévisée sur Amazon Prime, produite par Jamie Lee Curtis.

