Justice

Meurtre de Meriem Boundaoui: le tireur reconnu coupable

Son coaccusé, Aymane Bouadi, a été acquitté de toutes les accusations.

Mis à jour le 

Publié le 

Un mémorial improvisé érigé en mémoire de Meriem Boundaoui est photographié à Montréal, le dimanche 14 février 2021. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Un mémorial improvisé érigé en mémoire de Meriem Boundaoui est photographié à Montréal, le dimanche 14 février 2021. LA PRESSE CANADIENNE (Graham Hughes)

Salim Touaibi a été reconnu coupable de meurtre au premier degré et de quatre chefs d’accusation de tentative de meurtre dans le cadre d’une fusillade survenue depuis une voiture en 2021 à Montréal.

Son coaccusé, Aymane Bouadi, qui se trouvait à l’intérieur de la voiture lorsque Touaibi a tiré, a été acquitté de toutes les accusations.

En raison de son verdict de culpabilité, Salim Touaibi, 29 ans, est automatiquement condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Aymane Bouadi, 30 ans, a quitté le palais de justice de Montréal et a retrouvé sa famille, a confié son avocat aux journalistes.

Meriem Boundaoui, âgée de 15 ans, a été tuée par balle alors qu’elle se trouvait sur le siège passager d’une Volkswagen Jetta dans l’arrondissement de Saint-Léonard, le 7 février 2021. Une Mercedes blanche avec deux hommes à bord s’est arrêtée à proximité et l’un d’eux a ouvert le feu, tuant l’adolescente d’une balle à la tête.

La mort de cette jeune fille a bouleversé la communauté algérienne du Québec et suscité de nombreux appels en faveur de mesures plus strictes pour mettre fin à la violence armée.

Le maire de Montréal et le chef de la police ont annoncé la création d’une nouvelle unité policière chargée de lutter contre les trafiquants d’armes à la suite du décès de Meriem Boundaoui et de celui de deux autres adolescents la même année.

Un des avocats de Touaibi, Marc Labelle, affirme que le verdict de meurtre au premier degré pour son client et celui d’acquittement pour Bouadi «semblent à première vue incompatible».

«Si l’on prononce un acquittement pour M. Bouadi, ça veut dire qu’il n’y a aucune participation à une planification et des choses semblables; l’intention du meurtre de premier degré est plus difficile à déceler», a-t-il déclaré aux journalistes jeudi. Il a relevé la possibilité d’interjeter appel.

Le jury a délibéré pendant huit jours avant de rendre jeudi matin son verdict. Les deux hommes étaient accusés de meurtre au premier degré pour la mort de la jeune fille, ainsi que de tentative de meurtre sur plusieurs personnes qui se trouvaient près de la Jetta.

Au cours d’un procès qui a duré plus de deux mois, le jury a entendu que Meriem Boundaoui était une passante qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, prise dans les tirs croisés d’un conflit entre deux entreprises familiales qui ne la concernait pas.

Ce conflit, né d’un différend concernant des places de stationnement, opposait une famille propriétaire d’un salon de coiffure pour hommes sur la rue Jean-Talon et une autre famille propriétaire d’une épicerie située en face. Au cours des mois qui ont précédé le drame, les propriétaires de l’épicerie s’étaient plaints du fait que les clients du salon de coiffure utilisaient le stationnement appartenant à leur magasin.

Touaibi avait admis être l’auteur des coups de feu, mais avait affirmé qu’il cherchait à effrayer les gens lorsqu’il avait tiré sur la voiture. Il a reconnu être au courant du conflit entre les entreprises familiales, mais a assuré que son implication se limitait à tenter de jouer le rôle de médiateur.

Son avocat a fait valoir au jury que Touaibi avait tiré en direction de la Jetta parce qu’il craignait d’être attaqué et qu’il voulait effrayer les personnes présentes. 

Un des avocats de Bouadi a fait valoir lors de sa plaidoirie finale que son client n’était qu’un passager passif dans la Mercedes, qu’il était parti chercher à manger avec son ami et qu’il devait être acquitté. Il a déclaré que son client était au courant du conflit entre les groupes, mais n’y était pas impliqué.

«M. Bouadi n’est pas dans la tête de personne, ce qui émerge ou pas comme intention chez quelqu’un d’autre, ce n’est pas imputable à tout le monde qui est à proximité», a fait valoir Martin Latour, notant la confiance qu’a maintenue son client envers le système de justice.

Les deux hommes ont été arrêtés à quelques jours d’intervalle par la police de Montréal en juin 2022. 

M. Latour a déclaré ne pas savoir si la Couronne comptait faire appel de l’acquittement, ajoutant qu’il avait senti que son client est heureux de tourner la page.

Les procureurs de la Couronne chargés de l’affaire ont refusé de commenter jeudi.

L’affaire sera de nouveau examinée par le tribunal le 2 avril pour le prononcé de la peine. Si le verdict rendu à l’encontre de Touaibi signifie qu’il encourt la peine la plus lourde — la prison à vie avec une période de 25 ans sans possibilité de libération conditionnelle —, le juge doit encore déterminer sa peine pour les quatre chefs d’accusation de tentative de meurtre.

— Avec des informations de Morgan Lowrie