Une femme qui a accusé le cardinal Marc Ouellet d’inconduite sexuelle a déclaré un jour qu’elle s’était sentie «traquée» par lui, a affirmé mardi un témoin lors d’un procès en diffamation à Montréal.
Le révérend Marcel Pellerin a témoigné en faveur de M. Ouellet, un haut dignitaire de l’Église catholique qui était autrefois considéré comme l’un des favoris pour devenir pape. Mgr Ouellet a intenté un procès en diffamation contre Paméla Groleau après qu’elle l’ait nommé en 2022 dans le cadre d’un recours collectif plus large contre l’archidiocèse de Québec et des dizaines d’autres membres du clergé.
Mardi, Mgr Pellerin s’est souvenu avoir présenté Mme Groleau à Mgr Ouellet lors d’un événement fin 2008, et a déclaré que le cardinal lui avait pris la main et s’était penché vers elle pour lui parler. Il a indiqué qu’elle lui avait ensuite raconté, ainsi qu’à d’autres personnes, des interactions avec le cardinal qu’elle jugeait «inappropriées».
«Elle a raconté d’autres occasions où le cardinal l’avait prise dans ses bras et avait posé sa main sur son dos», a déclaré M. Pellerin au palais de justice de Montréal. «Ce sont des choses qu’elle nous a racontées à plusieurs reprises.»
Plusieurs autres témoins ont témoigné devant la Cour supérieure, alors que Mgr Ouellet tente de blanchir son nom à la suite d’une allégation d’inconduite sexuelle.
Dans le recours collectif de 2022, Mme Groleau a accusé Mgr Ouellet de plusieurs incidents d’inconduite sexuelle entre 2008 et 2010, notamment d’avoir glissé sa main le long de son dos et touché ses fesses lors d’un événement à Québec.
Elle a révélé son identité au public en 2023.
M. Ouellet a nié les accusations portées dans le recours collectif, qui n’a pas encore été entendu par le tribunal, et a intenté une contre-poursuite de 100 000 dollars contre Mme Groleau au motif qu’elle avait porté atteinte à sa réputation, à son honneur et à sa dignité.
M. Pellerin a affirmé que Mme Groleau lui avait parlé d’autres interactions avec M. Ouellet, notamment lors d’un événement en 2008 au cours duquel il aurait posé ses mains sur ses épaules. «Elle nous a dit que souvent, lorsqu’elle arrivait dans un endroit où se trouvait le cardinal, celui-ci venait la voir», a exprimé M. Pellerin. «Elle se sentait un peu suivie par lui.»
M. Pellerin a dit avoir été surpris d’entendre le récit de Mme Groleau, car il ne correspondait pas à l’image qu’il avait de M. Ouellet.
Plus tôt mardi, trois femmes ont pris la parole pour défendre Ouellet, le décrivant comme une personne aimable et intègre. Les témoins avaient toutes travaillé avec Ouellet et le décrivaient comme chaleureux et attentionné.
«Il serrait la main, regardait les gens dans les yeux», a témoigné Isabelle Théberge, ancienne directrice des communications du diocèse de Québec.
«J’avais l’impression qu’il voulait profiter de ces événements pour montrer aux gens qu’ils étaient importants pour lui.»
Les trois femmes ont soutenu avoir été choquées d’apprendre les allégations contre Mgr Ouellet et n’avoir jamais entendu parler auparavant de plaintes concernant son comportement. «J’étais sans voix, triste, en colère», a affirmé Mme Théberge. «En colère parce que pour moi, cela n’a aucun sens.»
Mme Théberge a expliqué qu’elle était une jeune mère à l’époque où elle travaillait pour Mgr Ouellet, et qu’il prenait toujours le temps de prendre de ses nouvelles pour s’assurer qu’elle allait bien. Elle a affirmé ne pas connaître Mme Groleau, tandis que les deux autres femmes qui ont témoigné ont déclaré l’avoir rencontrée, mais ne pas bien la connaître.
Les femmes étaient présentes à certains des événements au cours desquels les fautes présumées auraient été commises, mais aucune ne se souvenait avoir été témoin d’interactions spécifiques entre Mme Groleau et M. Ouellet.
Sœur Doris Lamontagne a dit que Mgr Ouellet rencontrait entre 100 000 et 125 000 personnes par an lors de diverses réunions et événements. Elle a ajouté qu’il saluait régulièrement les gens en leur serrant la main ou en leur posant la main sur l’épaule, et que les gens étaient surpris par sa chaleur. «Il était très fraternel dans ses contacts», a-t-elle affirmé.
Michelle Gauthier, une autre employée du diocèse, a été invitée à décrire ses souvenirs de l’événement de 2008 à Beauport, au Québec, au cours duquel Groleau a affirmé qu’Ouellet lui avait touché le dos et massé les épaules.
Gauthier a estimé qu’environ 200 personnes étaient présentes à cet événement «festif» et que Ouellet était entouré de personnes qui voulaient le saluer et qu’il n’était jamais seul. Elle a ajouté que les membres du diocèse formaient une « famille » et qu’il était courant qu’ils se saluent chaleureusement lors d’événements.
«Nous nous serrons la main, nous nous embrassons, nous nous prenons par les épaules, nous nous étreignons», a-t-elle dit. «Nous avons toujours eu cette façon chaleureuse de nous rencontrer.»
En 2013, Mgr Ouellet était présenté comme le favori pour remplacer l’ancien pape Benoît XVI, un rôle qui a finalement été attribué à l’ancien pape François. Mgr Ouellet a dirigé le puissant Dicastère pour les évêques, le bureau du Vatican qui supervise la sélection des nouveaux évêques, de 2010 jusqu’à sa retraite en 2023.
Le procès civil devrait se poursuivre pendant plusieurs jours encore.

