Éligible à la présidentielle mais condamnée à un an de prison sous bracelet électronique, Marine Le Pen doit annoncer mardi soir si elle se présente à l’élection du printemps 2027, pour laquelle les sondages la donnent favorite.
Marine Le Pen a quitté sans un mot la cour d’appel de Paris dès la fin de la lecture de la décision de son procès pour détournement de fonds publics européens, et rejoint le siège du Rassemblement national (RN) pour se concerter avec les cadres de son parti.
Le suspense doit prendre fin au journal télévisé de 20H00 de la chaîne TF1 (18H00 GMT), où elle doit officialiser son choix, a dit à l’AFP l’un de ses proches.
La cheffe de file de l’extrême droite, 57 ans, a vu sa peine de première instance, prononcée le 31 mars 2025, réduite en appel à 45 mois d’inéligibilité, dont 15 mois ferme. Mais sa condamnation à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique, la place face à un dilemme.
Mercredi, elle avait conditionné sa participation à la présidentielle à l’absence de condamnation au port d’un bracelet. «Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n’est pas le cas si vous êtes porteur d’un bracelet électronique», avait-elle déclaré sur la chaîne LCI.
Le jeu des remises de peine du système judiciaire français, qui pourrait réduire sa peine sous bracelet d’environ six mois et permettre une pleine entrée en campagne en janvier, ou la possibilité d’un aménagement par le juge d’application des peines peuvent-ils la faire changer d’avis ?
Si elle n’est pas candidate, son dauphin Jordan Bardella, 30 ans, qui lui a succédé à la tête du Rassemblement national depuis 2022, portera la voix de l’extrême droite, qu’elle a œuvré à «dédiaboliser» ces dernières décennies.
Les sondages offrent à l’une comme à l’autre le statut de favoris, avec plus de 30% d’intentions de vote au premier tour prévu le 18 avril.
«Délinquante»
Cette décision de justice était attendue par toute la classe politique française.
Marine Le Pen s’est déjà hissée deux fois au deuxième tour des trois dernières élections présidentielles (2017 et 2022). Les scores du RN progressent depuis des années, et le parti est devenu en 2024 le groupe politique le plus nombreux à l’Assemblée nationale (122 députés).
Dès la décision connue, les dirigeants de gauche n’ont pas retenu leurs coups. Le patron des députés du Parti socialiste Boris Vallaud la qualifiant de «délinquante», l’écologiste Marine Tondelier, candidate déclarée, jugeant le port du bracelet électronique «peu compatible» avec une candidature.
Le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, également candidat déclaré, a de son côté estimé qu’il fallait «débarrasser le pays du RN», «quelle que soit la candidature», Le Pen ou Bardella.
Interrogé depuis la Syrie, le président Emmanuel Macron a, lui, refusé de s’exprimer.
«Elle a dit qu’avec un bracelet elle n’irait pas, et Marine tient ses paroles», jugeait de son côté un commerçant de 62 ans, rencontré par l’AFP dans le fief électoral de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (nord). «Je suis très triste mais Jordan va sauver la mise», a-t-il ajouté sous couvert d’anonymat: «Ils sont en binôme depuis plusieurs années, ils partagent les mêmes idées au global, c’est la continuité».
«Faits graves»
En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été reconnue coupable d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un «système» pour payer avec de l’argent du Parlement européen des salariés du Front national (l’ancien nom du parti), qui traversait alors des difficultés financières.
Elle avait été condamnée à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et surtout une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.
Les faits reprochés sont «graves», car ils se sont déroulés «sur 11 années» et «en regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d’euros», a souligné mercredi la présidente de la cour d’appel.
Mais les peines d’inéligibilité prononcées ont été pondérées par «la liberté des candidatures» et «le libre choix des électeurs», «condition de l’expression démocratique», a-t-elle ajouté.
