Justice

Paul Bernardo pourrait être libéré sous condition, mais les familles des victimes veulent qu’il «paye» pour ce qu’il a fait

«C’est de passer le reste de sa vie en prison, et il devrait s’estimer chanceux qu’on n’ait pas la peine capitale au Canada.»

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Paul Bernardo, meurtrier et violeur notoire, au centre, apparaît par liaison vidéo lors d'une audience de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, sur un croquis réalisé mardi 26 novembre 2024. (Alexandra Newbould / La Presse canadienne) Paul Bernardo, meurtrier et violeur notoire, au centre, apparaît par liaison vidéo lors d'une audience de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, sur un croquis réalisé mardi 26 novembre 2024. Crédit image | Alexandra Newbould / La Presse canadienne

Paul Bernardo, meurtrier et violeur en série condamné, pourrait être libéré sous condition pour la quatrième fois en huit ans le mois prochain, alors que l’avocat des familles des victimes réclame des intervalles plus longs entre les audiences.

Avertissement: ce texte contient du contenu explicite. Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Paul Bernardo a été désigné comme délinquant dangereux, et on a diagnostiqué chez lui une psychopathie sexuelle sadique. Personne ne peut contester, d’un point de vue médical ou scientifique, qu’il n’y a pas de remède contre la psychopathie sexuelle sadique», a dit Tim Danson dans une entrevue avec CTV News.

Aujourd’hui âgé de 62 ans, M. Bernardo présentera sa cause devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada le 20 octobre depuis l’établissement à sécurité moyenne de La Macaza, au Québec, où il a été transféré en 2023 depuis une prison à sécurité maximale en Ontario.

Il a passé plus de 30 ans derrière les barreaux après que, avec son épouse de l’époque, Karla Homolka, il a enlevé, torturé et tué Leslie Mahaffy, 14 ans, en 1991, chez eux à Port Dalhousie, en Ontario. Des morceaux de son corps ont été retrouvés enfouis dans du béton dans le lac Gibson, près de St. Catharines, le jour même où ils se sont mariés.

Un an plus tard, Kristen French, âgée de 15 ans, a été enlevée alors qu’elle rentrait à pied de l’école à St. Catharines. Elle a été torturée et retenue captive pendant trois jours avant d’être tuée. Son corps a été retrouvé dans un fossé à Burlington, en Ontario.

Certains des crimes de Paul Bernardo, qui se sont étalés sur plusieurs années à la fin des années 1980 et au début des années 1990, ont été filmés.

Paul Bernardo arrive au palais de justice provincial à l'arrière d'un fourgon de police à Toronto, sur une photo d'archives datant du 3 novembre 1995. Paul Bernardo arrive au palais de justice provincial à l'arrière d'un fourgon de police à Toronto, sur une photo d'archives datant du 3 novembre 1995. (FRANK GUNN/Frank Gunn | La Presse canadienne)

Il a été reconnu coupable du meurtre au premier degré de Leslie Mahaffy et de Kristen French, ainsi que de multiples agressions sexuelles. Il a également été reconnu coupable d’homicide involontaire dans la mort, en 1990, de la sœur de Karla Homolka, Tammy, âgée de 15 ans, qui avait été droguée et agressée sexuellement par le couple. Il a admis avoir agressé sexuellement au moins 14 autres femmes.

M. Bernardo a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans après son arrestation en 1993. Sa demande de libération conditionnelle a ensuite été refusée en 2018, 2021 et 2024.

Mme Homolka a purgé 12 ans de prison jusqu’en 2005 après avoir plaidé coupable d’homicide involontaire.

Des audiences de libération conditionnelle tous les sept ans

Selon Tim Danson, même si les familles des victimes estiment que Paul Bernardo avait droit à sa première audience de libération conditionnelle en 2018, puis à une autre en 2021, la fréquence de ces audiences doit être espacée.

«On estime que les audiences de libération conditionnelle pour des gens comme Paul Bernardo devraient avoir lieu tous les sept ans, et s’il y avait une percée médicale ou un événement important, le délinquant pourrait demander à la commission des libérations conditionnelles une audience plus tôt, mais sinon, ça devrait être tous les sept ans», a-t-il dit, en soulignant que le Code criminel exige des audiences tous les deux ans.

Les mères des deux victimes, Donna French et Debbie Mahaffy, devraient assister à l’audience, soit en personne, soit virtuellement. Lorsqu’on lui a demandé quel serait leur message à l’assassin de leurs filles, Tim Danson a répondu : «Le prix qu’il doit payer pour ce qu’il a fait, c’est de passer le reste de sa vie en prison, et il devrait s’estimer chanceux qu’on n’ait pas la peine capitale au Canada.»

Bernardo a «beaucoup plus de libertés» maintenant

Le transfert discret de Paul Bernardo à La Macaza en 2023 a suscité une vive réaction du public, notamment des propos virulents du premier ministre Doug Ford qui avait déclaré à l’époque que ce tueur notoire devrait «pourrir dans une prison à sécurité maximale» pour le reste de sa «misérable existence».

Le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Marco Mendicino, a été écarté du cabinet de l’ancien premier ministre Justin Trudeau alors que la controverse prenait de l’ampleur, et il a admis une «rupture dans la circulation de l’information» après qu’on eut révélé que les deux bureaux étaient au courant du transfert des mois avant qu’il n’ait lieu.

Le Service correctionnel du Canada a fini par affirmer que cette décision était «justifiée» et respectait toutes les lois et pratiques applicables.

L'établissement de La Macaza, un établissement pénitentiaire à sécurité moyenne, à La Macaza, au Québec, mardi 26 novembre 2024. (Christinne Muschi / La Presse canadienne) L'établissement de La Macaza, un établissement pénitentiaire à sécurité moyenne, à La Macaza, au Québec, mardi 26 novembre 2024. (Christinne Muschi / La Presse canadienne)

Pour Paul Bernardo, ce transfert lui a donné «beaucoup plus de libertés», selon Tim Danson.

«La différence entre une prison à sécurité maximale et une prison à sécurité moyenne, sur le plan du quotidien, c’est que c’est beaucoup plus détendu pour le délinquant en sécurité moyenne… il a plein de droits et de privilèges en prison, et encore une fois, il devrait s’estimer chanceux de ne pas être en sécurité maximale, là où on estime qu’il devrait être», a-t-il dit.

Il a ajouté que ses clients ne s’opposaient pas aux efforts de réinsertion sociale pour la «grande majorité» des délinquants fédéraux. Il a toutefois mis en garde : «On ne peut pas être naïfs avec des gens comme Paul Bernardo.»

«D’un point de vue constitutionnel, on ne peut pas jeter la clé sans tenir des audiences. Mais ils (la Commission des libérations conditionnelles du Canada) doivent être réalistes», a précisé M. Danson.