Justice

Libération conditionnelle pour l’avocat ontarien accusé dans l’affaire Ryan Wedding

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Deepak Paradkar à Hamilton, en Ontario, le 11 avril 2017. LA PRESSE CANADIENNE/Mark Blinch Deepak Paradkar à Hamilton, en Ontario, le 11 avril 2017. (Mark Blinch)

TORONTO — Un avocat ontarien accusé d'avoir joué un rôle clé au sein d'un réseau international de trafic de drogue a été libéré sous caution mardi avant son audience d'extradition.

Deepak Paradkar, 62 ans, figure parmi plusieurs Canadiens arrêtés le mois dernier en vue de leur extradition vers les États-Unis dans le cadre d'une enquête du FBI visant l'ancien planchiste olympique et présumé baron de la drogue canadien Ryan Wedding, aujourd'hui accusé de diriger une organisation criminelle violente.

L'avocat de Thornhill, en Ontario, aurait conseillé Wedding sur le meurtre d'un témoin fédéral, présenté l'ancien athlète à des trafiquants de drogue et dirigé une collecte de renseignements après la saisie de drogues par les forces de l'ordre.

Le juge de la Cour supérieure Peter Bawden a déclaré dans sa décision qu'il trouvait «très improbable» que Deepak Paradkar tente de se cacher au Canada, et que se présenter au tribunal et respecter les conditions de sa libération sous caution pourrait être son seul moyen de rester en vie. Deepak Paradkar doit être libéré moyennant une caution de 5,25 millions $, selon la décision du juge.

«La raison la plus convaincante de conclure que M. Paradkar ne s'enfuira pas est qu'il est manifestement contraire à ses intérêts de le faire. L'accusation dont il fait l'objet est peut-être solide, mais, dans la mesure où elle repose sur la parole d'un témoin coopérant, elle est certainement défendable», a soutenu le juge Bawden.

«S'il s'enfuit et est rattrapé, il n'aura plus jamais la possibilité d'être libéré sous caution.»

Les procureurs fédéraux ont fait valoir que Deepak Paradkar avait une motivation «extraordinaire» à s'enfuir s'il était libéré sous caution, car il risque plusieurs peines d'emprisonnement à perpétuité s'il est reconnu coupable aux États-Unis.

La Couronne a en outre fait valoir que s'il était libéré, Deepak Paradkar continuerait probablement à communiquer avec l'organisation criminelle présumée et qu'aucune condition de libération sous caution ne pourrait mitiger ce risque.

«En ce qui concerne la peine potentielle, il ne pourrait y avoir de motivation plus forte (pour fuir) dans cette affaire», a fait valoir la procureure de la Couronne Heather Graham devant le tribunal au début du mois.

Deepak Paradkar, qui, selon les autorités américaines, était également connu sous le nom de «cocaine_lawyer» en raison de son ancien pseudonyme sur les réseaux sociaux, est l'un des nombreux Canadiens arrêtés le mois dernier en vertu de mandats d'extradition liés à l'opération du FBI visant Wedding.

Les autorités américaines affirment que Deepak Paradkar était rémunéré en espèces et en articles de luxe, comme des montres, ce qui rend impossible l'évaluation des ressources dont il disposait, a souligné Me Graham.

L'avocat de Deepak Paradkar à quant à lui affirmé que son client n'avait aucun lien avec un autre pays et qu'il avait mis en jeu les finances de sa famille pour obtenir sa libération. L'avocat a également fait valoir que son client était profondément enraciné dans la communauté et qu'il ne violerait pas les conditions de sa libération sous caution, puisque cela risquerait de mettre sa femme et ses filles en danger.

«S'enfuir, dans ce contexte, obligerait M. Paradkar à enfreindre toutes ces différentes mesures de sécurité, à trahir ses proches, à mettre en péril leurs économies et les siennes, et à plonger sa femme et ses filles dans une détresse extrême», a fait valoir l'avocat de la défense Ravin Pillay.

Le juge a également souligné le témoignage de l'épouse de l'accusé, qui a déclaré qu'elle veillerait à ce qu'il respecte les conditions de sa libération sous caution. Il a ajouté que Deepak Paradkar n'avait pas de casier judiciaire et ne faisait l'objet d'aucune décision judiciaire au moment des faits qui lui sont reprochés.

Le juge Bawden a aussi évoqué l'âge et la santé fragile de Deepak Paradkar comme facteurs ayant influencé sa décision. En détention, il ne peut pas accéder directement à des médicaments et les centres de détention «ignorent souvent les directives judiciaires concernant les soins aux détenus», a-t-il écrit.

«Je considère qu'une détention prolongée dans une prison locale serait susceptible de nuire à la santé de M. Paradkar», a continué le juge.

Le juge Bawden a reconnu qu'il existe un «débat politique en cours» au niveau provincial et fédéral sur la loi relative à la mise en liberté sous caution, mais il a écrit qu'en vertu de la loi canadienne actuelle, la détention d'une personne accusée est l'exception et non la règle.

«Une personne raisonnable noterait que l'accusé est un citoyen canadien, qu'il n'a jamais été arrêté pour aucune infraction auparavant, qu'il a présenté un plan de libération fiable et qu'il a offert un privilège sur la valeur totale de sa maison pour garantir sa mise en liberté sous caution», a-t-il noté.

Deepak Paradkar a proposé de se soumettre à un certain nombre de conditions s'il était libéré sous caution, notamment une assignation à résidence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, une surveillance par GPS et l'interdiction d'utiliser des appareils électroniques, sauf en présence des personnes assurant sa caution.

Le juge Bawden a déclaré dans sa décision qu'il était satisfait de ce plan et qu'il était convaincu qu'il favoriserait le respect des conditions.

«J'ai une grande confiance dans le plan de libération proposé», a-t-il écrit, ajoutant que des mesures de cautionnement strictes pour Deepak Paradkar peuvent contribuer à maintenir la confiance du public dans cette affaire.

— Avec des informations de Paola Loriggio.

Rianna Lim, La Presse Canadienne

Rianna Lim

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Journaliste