Justice

L’eurodéputée Rima Hassan jugée en France pour apologie du terrorisme

La figure de la cause palestinienne avait dénoncé un procès «politique», visant «à intimider toutes celles et ceux qui refusent le silence face aux crimes israéliens».

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Rima Hassan, membre du parlement européen, prend la parole lors d'une manifestation pro-palestinienne à Paris, le 14 juillet 2025. Photo AP Rima Hassan, membre du parlement européen, prend la parole lors d'une manifestation pro-palestinienne à Paris, le 14 juillet 2025. Photo AP (Aurelien Morissard)

L’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, égérie de la gauche radicale en France, comparaît lundi à Paris pour apologie du terrorisme en raison d’un tweet, depuis supprimé, reprenant les mots de l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv.

L’eurodéputée Insoumise, longue tresse et veste beige, a déposé son keffieh sur le dossier du banc des prévenus à son arrivée, en début de matinée dans une salle presque comble, face à une dizaine d’avocats de la Ligue internationale contre le racisme (Licra), de l’Organisation juive européenne ou encore de l’Observatoire juif de France, parties civiles dans ce dossier sensible.

Sur sa page X, Rima Hassan avait publié une citation attribuée à un Japonais combattant de la cause palestinienne, décédé en juillet à Beyrouth: «Kozo Okamoto: J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir».

Posté le 26 mars, le message de la juriste aux 420 000 abonnés a été immédiatement signalé au parquet par le ministre de l’Intérieur, puis par l’Organisation juive européenne (OJE) et la Licra. Une procédure qui a entraîné une semaine plus tard une garde à vue qui a défrayé la chronique.

«C’est la dangerosité de quelqu’un qui présente un acte de terrorisme (…) comme un acte de résistance ou y apporte une quelconque légitimité», estime auprès de l’AFP, Muriel Ouakine-Melki, la présidente de l’OJE.

Mais pour Vincent Brengarth, l’avocat de Rima Hassan, «on cherche à la faire taire parce qu’elle dérange par ses prises de position, à l’heure où perdure l’impunité qu’elle dénonce concernant les crimes commis à Gaza».

Le conseil de l’eurodéputée franco-palestinienne y voit également des «motivations politiques sous-jacentes».

La garde à vue de l’Insoumise de 34 ans a déclenché une tempête politico-médiatique lorsque plusieurs médias, dont l’AFP citant une source proche du dossier, ont fait état de la découverte par les policiers d’une petite quantité de drogue dans le sac de l’eurodéputée LFI.

La militante Rima Hassan, au centre, réagit à son arrivée à l'aéroport d'Orly après avoir été expulsée d'Israël pour avoir participé à une flottille humanitaire à destination de Gaza, mardi 7 octobre 2025, au sud de Paris. La militante Rima Hassan, au centre, réagit à son arrivée à l'aéroport d'Orly après avoir été expulsée d'Israël pour avoir participé à une flottille humanitaire à destination de Gaza, mardi 7 octobre 2025, au sud de Paris. (Thibault Camus/AP)

Mais l’enquête sur une éventuelle détention de stupéfiants a été classée sans suite quelques jours plus tard après analyse des deux contenants retrouvés, en réalité du CBD.

La militante de la cause palestinienne a depuis porté plainte contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui nie avoir contribué à la diffusion de cette «fuite», et a été entendue par la police des polices (IGPN) jeudi concernant des faits de violation de secret de l’enquête.

Initialement prévu en juillet, le procès de Rima Hassan avait été reporté à la demande de la défense, qui avait dénoncé un «déferlement de constitutions de parties civiles» au dernier moment.

Procès «politique»

La figure de la cause palestinienne avait dénoncé un procès «politique», visant «à intimider toutes celles et ceux qui refusent le silence face aux crimes israéliens».

Ses prises de position s’inscrivent dans le contexte de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent menée par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le sol israélien, qui a entraîné la mort de 1 221 personnes.

L’offensive lancée en représailles par Israël à Gaza a fait plus de 74 000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, contrôlé par le Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.

Régulièrement taxée d’antisémite par ses opposants politiques en raison de ses positions très critiques envers Israël, Rima Hassan est une habituée des conflits sur X, où elle a tweeté un peu plus de 1 200 fois en 2026, selon un décompte de l’AFP.

Le 5 octobre, lors d’une exposition au Parlement européen consacrée à l’attaque du 7 octobre 2023, l’eurodéputée a été accusée d’avoir renversé des drapeaux israélien et européen.

Presque au même moment, la juriste a déposé plainte pour menaces de mort sur les réseaux sociaux contre un homme muni d’une arme, qui l’avait menacée, mais avec lequel elle a par la suite raconté avoir longuement échangé. L’auteur, qui lui a depuis présenté ses excuses et a retiré la vidéo, sera jugé à Cahors (sud-ouest) le 15 janvier.

Une vingtaine de plaintes visant l’élue ont été classées sans suite, selon le parquet de Paris. Elle-même figure comme victime dans une dizaine de procédures, selon la même source.