Le rappeur Afroman, nominé aux Grammy Awards, a remporté un procès en diffamation intenté par sept adjoints du shérif de l’Ohio qui l’avaient poursuivi en justice à cause de clips vidéo dans lesquels il utilisait des images de vidéosurveillance pour se moquer de la perquisition effectuée à son domicile.
«On l’a fait, l’Amérique! Ouais, on l’a fait! Liberté d’expression! Bravo! Bravo!», s’est exclamé le rappeur de 51 ans, né Joseph Foreman, devant le tribunal après le verdict rendu mercredi soir. Il a ensuite publié la vidéo sur les réseaux sociaux.
Cette affaire a mis à l’épreuve les limites de la parodie et la liberté dont peuvent jouir les artistes dans leurs commentaires sociaux visant des personnalités publiques. Les adjoints réclamaient collectivement près de 4 millions de dollars de dommages-intérêts.
«Personne de raisonnable ne s’attendrait à ce qu’un policier ne soit pas critiqué. On leur a déjà lancé des insultes», a expliqué l’avocat de la défense David Osborne lors de sa plaidoirie finale pour le rappeur et comédien, connu pour sa chanson de 2000, Because I Got High.
Les agents du comté d’Adams ont mentionné avoir été harcelés publiquement à cause des vidéos virales, qui ont été regardées plus de 3 millions de fois sur YouTube. Les vidéos montrent des policiers armés de fusils enfonçant la porte d’Afroman, fouillant ses chaussures et les poches de son costume, et lorgnant avidement un gâteau posé sur la table de la cuisine, ce qui a inspiré le titre d’une chanson, Lemon Pound Cake.
Dans d’autres clips, Afroman s’en est pris à la vie privée des policiers et les a qualifiés de «flics véreux» à cause des 400 dollars qui avaient disparu lors de la descente.
«Les policiers ne devraient pas voler l’argent des civils», a déploré le rappeur cette semaine. «Toute cette affaire est scandaleuse.»
Au tribunal — vêtu d’un costume aux couleurs du drapeau américain (rouge, blanc et bleu) —, il a défendu son travail en invoquant le Premier Amendement et a dit avoir publié ces chansons pour couvrir les dommages causés par la perquisition, notamment un portail et une porte d’entrée cassés.
Aucune accusation n’a été retenue concernant la perquisition de 2022, qui, selon le mandat, s’inscrivait dans le cadre d’une enquête sur le trafic de drogue et un enlèvement. Dans son témoignage, il a dit qu’il avait le droit de raconter à ses amis et à ses fans ce que la police avait fait. Il a affirmé que la perquisition avait traumatisé ses enfants, alors âgés de 10 et 12 ans.
«Toute cette perquisition était une erreur. Tout cela est de leur faute. S’ils n’avaient pas perquisitionné mon domicile à tort, il n’y aurait pas de procès. Je ne connaîtrais pas leurs noms», a lancé Foreman. «Ils ne seraient pas sur mon système de vidéosurveillance, et il n’y aurait pas de chanson, rien.»
Les paroles de Will You Help Me Repair My Door? s’adressent directement à la police: «Did you find what you were looking for? / Would you like a slice of lemon pound cake? / You can take as much as you want to take? / There must be a big mistake.»
La vidéo ralentit, montrant un agent tenant une arme à côté d’un présentoir à gâteaux dans la cuisine d’Afroman.
Puis il rappe: «The warrant said, “Narcotics and kidnapping”/ Are you kidding? I make my money rapping,” and “You crooked cops need to stop it / There are no kidnapping victims in my suit pockets», tandis qu’une vidéo montre les agents fouillant son placard.
Dans leurs témoignages, les agents ont dit que les chansons les ridiculisaient. L’adjointe Lisa Phillips a mentionné que le rappeur avait créé un clip «désobligeant» qui remettait en question son genre et sa sexualité.
Le sergent Randy Walters a dit que son enfant avait été victime d’humiliation publique à l’école à cause des publications d’Afroman et qu’il était rentré à la maison en pleurant.
«Où donc est-il acceptable d’inventer quelque chose pour s’amuser qui porte préjudice à autrui alors que l’on sait pertinemment que c’est un mensonge absolu?», a-t-il demandé.
L’avocat d’Afroman, dans sa plaidoirie finale, a avancé qu’il n’était pas inhabituel pour des artistes s’engageant dans la critique sociale d’exagérer.
Robert Klingler, représentant les adjoints, a déclaré qu’Afroman avait menti au sujet de «ces sept courageux adjoints du shérif» au cours des trois dernières années.
«Même si quelqu’un vous fait du mal, si vous estimez qu’il a tort — comme lors de l’exécution d’un mandat de perquisition que vous jugez injuste… cela ne justifie pas de proférer des mensonges intentionnels destinés à blesser les gens», a-t-il fait valoir.
Afroman vit à Winchester, à environ 80 km de Cincinnati.
