Justice

Enquête pour narcotrafic contre le procureur général de Bolivie arrêté après des sanctions américaines

Les faits qui lui sont reprochés concernent «une organisation criminelle (…), le blanchiment d’argent et le trafic illicite de stupéfiants».

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Un drapeau bolivien flotte sur l'île d'Incahuasi, dans le Salar d'Uyuni (désert de sel d'Uyuni), à Potosí, en Bolivie, le mardi 10 décembre 2019. Un drapeau bolivien flotte sur l'île d'Incahuasi, dans le Salar d'Uyuni (désert de sel d'Uyuni), à Potosí, en Bolivie, le mardi 10 décembre 2019. (Carlos Becerra/Bloomberg)

Le gouvernement bolivien a annoncé jeudi avoir démantelé une organisation criminelle «infiltrée» dans la justice, au lendemain de l’arrestation du procureur général Roger Mariaca, intervenue après le retrait de son visa américain pour des liens présumés avec des organisations criminelles.

Les faits qui lui sont reprochés concernent «une organisation criminelle (…), le blanchiment d’argent et le trafic illicite de stupéfiants», a déclaré le ministre de l’Intérieur Marco Antonio Oviedo lors d’une conférence de presse «Le parquet général bolivien, dirigé par Roger Mariaca, était devenu une organisation criminelle destinée à favoriser et à protéger le narcoterrorisme», a-t-il ajouté.

M. Mariaca a été interpellé à l’aéroport de Viru Viru dans la ville de Santa Cruz (est), en même temps que le procureur du département bolivien de Santa Cruz Alberto Zevallos, lui aussi sanctionné par Washington.

Le ministre a par ailleurs affirmé que quatre personnes avaient tenté dans la nuit de sortir de l’argent liquide du domicile de M. Mariaca à bord d’une ambulance, sans préciser le montant. Une vidéo diffusée par son ministère montre des policiers retirer des liasses dissimulées dans des compartiments du véhicule.

Au total, quatre procureurs, six employés du parquet et les quatre personnes se trouvant dans l’ambulance ont été arrêtés, selon le ministre. Les procureurs sont détenus par la police et doivent être présentés à la justice ordinaire, a-t-il précisé.

Le parquet général a indiqué dans un communiqué que Luis Montaño Morales, «le procureur supérieur ayant le plus d’ancienneté» au sein de l’institution, assurait désormais l’intérim de Roger Mariaca, désigné procureur général par le Parlement en 2024.

L’avocat de ce dernier, Romel Ipamo, a déclaré à des médias locaux que son client «collaborera pleinement», demandant seulement que «la procédure régulière soit respectée».

Coopération américaine

MM. Mariaca et Zevallos ont été inscrits lundi sur une liste noire du Département d’État américain, aux côtés de juges, fonctionnaires ou entrepreneurs de Bolivie, Colombie, Pérou et Équateur, accusés par Washington de corruption, de liens avec le narcotrafic ou de complot contre leurs gouvernements respectifs.

Selon le gouvernement américain, M. Mariaca a reçu des «pots-de-vin pour faciliter le narcotrafic et aider des criminels violents à échapper à la justice».

Lundi, le procureur avait nié les accusations et dénoncé immédiatement un acte «d’ingérence» et de «pression politique» en raison de ses enquêtes.

Le ministre de l’Intérieur M. Oviedo a précisé que l’opération ayant conduit à son arrestation avait été menée par la police avec la «coopération du gouvernement américain par l’intermédiaire de ses agences», qui collaborent à «la lutte contre le terrorisme»

Le parquet général a notamment permis la capture en mars d’un narcotrafiquant uruguayen, Sebastian Marset, expulsé depuis vers les États-Unis avec le soutien de la DEA, le service américain de lutte antidrogue.

Mercredi, des médias locaux ont diffusé une vidéo de M. Marset le jour de son arrestation, aux côtés de policiers d’élite à son domicile, dans laquelle le narcotrafiquant affirme que M. Mariaca est son ami. L’AFP n’a pas pu vérifier l’authenticité de cette vidéo.

La police a également perquisitionné mercredi les bureaux du parquet de Sucre, la capitale constitutionnelle de la Bolivie située dans le sud du pays, selon des images diffusées en direct sur les réseaux sociaux.

Claudia Pardo, responsable de la communication du parquet, avait dénoncé une intervention «illégale» avant d’indiquer à l’AFP avoir été arrêtée avec plusieurs collègues par des policiers entrés «sans mandat» dans les locaux.

Le parquet de Santa Cruz et celui de La Paz ont également fait l’objet d’opérations de police, selon des images des médias locaux.

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump début 2025, Washington cherche à réaffirmer sa prééminence en Amérique latine et dans les Caraïbes et à y contrer l’influence de la Chine, de la Russie et de l’Iran, une priorité inscrite dans sa stratégie de sécurité nationale.