Justice

Le procès de Frank Stronach bute sur les réunions préparatoires d’une plaignante

La femme, qui est la quatrième plaignante à témoigner au procès de Stronach à Toronto, a raconté ce qui s’est passé après qu’elle se fut rendue dans l’appartement du magnat.

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Frank Stronach, à droite, arrive au tribunal de Toronto le mardi 3 février 2026. Frank Stronach, à droite, arrive au tribunal de Toronto le mardi 3 février 2026. (Chris Young)

Le procès pour agression sexuelle du milliardaire Frank Stronach a fait face jeudi à un nouvel obstacle, l’une des plaignantes ayant fait référence à plusieurs reprises à ses réunions préparatoires avec la Couronne alors qu’elle témoignait sur ce qu’elle a qualifié d’événement «dégradant» et horrible survenu au début des années 1980.

La femme, qui est la quatrième plaignante à témoigner au procès de Stronach à Toronto, a raconté ce qui s’est passé après qu’elle se fut rendue dans l’appartement du magnat des pièces automobiles situé en front de mer.

La plaignante a indiqué qu’elle avait précédemment déclaré à la police qu’elle ne se souvenait pas comment elle était passée de la fenêtre du salon à la chambre à coucher, et que la procureure qui l’interrogeait avait qualifié cela de possible «omission» lors d’une réunion préparatoire.

La Cour a suspendu l’audience pendant une heure afin de permettre aux avocats de se concerter sur la question, mais celle-ci a refait surface presque immédiatement après que la femme eut repris son témoignage.

La femme a mentionné que la procureure lui avait dit qu’elle avait fait des «déclarations incohérentes» sur son comportement pendant l’événement, ce qui a incité la défense à faire objection et la juge à demander une nouvelle pause.

Au cours du contre-interrogatoire qui a suivi, l’avocate de la défense Leora Shemesh a questionné la plaignante sur les discussions qu’elle avait eues avec la procureure Jelena Vlacic pendant la réunion et lui a demandé si on lui avait donné des conseils sur la manière de formuler son témoignage.

«À aucun moment elle ne m’a dit comment je devais présenter les choses», a déclaré la femme.

Mme Shemesh avait précédemment indiqué qu’elle demanderait un sursis à la procédure en raison d’allégations selon lesquelles certaines des personnes plaignantes auraient été «coachées» par les procureurs en vue du procès.

Des inquiétudes ont surgi après que la défense a reçu une quantité importante de documents «à la dernière minute», y compris de nouvelles déclarations des personnes plaignantes, a-t-elle indiqué à ce moment. Mme Shemesh a demandé du temps pour examiner ces documents, et le début du procès a été retardé de plus d’une semaine.

Stronach, âgé de 93 ans, a plaidé non coupable à 12 chefs d’accusation liés à 7 personnes plaignantes. Les accusations découlent d’incidents présumés remontant aux années 1970.

Rien pour «éveiller des soupçons»

À la barre jeudi, la femme a déclaré avoir brièvement travaillé chez Magna International, la société fondée par Stronach, en 1983. À la fin de l’été, Stronach l’a invitée à dîner, a-t-elle indiqué.

«J’étais un peu nerveuse parce que je ne le connaissais pas très bien, mais je considérais cela comme une sorte de... geste amical à la fin de l’été», a-t-elle déclaré.

Bien qu’elle ne soit pas une grande buveuse, la femme a déclaré avoir bu des «gin tonics» pendant le repas, suffisamment pour être ivre, mais pas au point de trébucher. Elle ne se souvenait pas si Stronach avait bu ou de quoi ils avaient discuté, mais a déclaré qu’il n’y avait rien qui «avait éveillé des soupçons».

À un moment donné, Stronach lui a demandé si elle voulait voir la vue depuis son appartement, ce qui l’a mise «assez mal à l’aise», a-t-elle déclaré. Cependant, elle n’a pas trouvé de raison valable pour refuser, alors ils ont pris l’ascenseur jusqu’à l’appartement, qui se trouvait au-dessus du restaurant, a-t-elle indiqué.

La femme a déclaré qu’elle s’était approchée de la fenêtre pour admirer la vue, puisque c’était apparemment la raison de sa visite.

Stronach a disparu brièvement, puis il s’est soudainement retrouvé derrière elle, les bras autour d’elle, lui caressant les seins, a-t-elle déclaré. Elle était «horrifiée», a-t-elle fait valoir.

«C’était quelqu’un en qui j’avais confiance... Je pensais simplement que cela ne pouvait pas être réel», a-t-elle déclaré au tribunal.

Aucun des deux n’a dit quoi que ce soit, a-t-elle témoigné.

Elle s’est retrouvée dans la chambre, allongée sur le ventre sur le lit, a déclaré la femme. Elle ne se souvient pas comment elle est arrivée là, ce qu’elle attribue à la douleur de savoir qu’elle n’avait rien fait pour se défendre et qu’elle s’était laissée faire «comme un agneau mené à l’abattoir».

La femme ne pouvait pas voir Stronach, mais elle pouvait sentir son pénis la pénétrer, a-t-elle déclaré. Il avait baissé son pantalon jusqu’à un certain point et avait dû baisser ses sous-vêtements également, a-t-elle noté.

«Je me sentais impuissante, c’était dégradant», a-t-elle déclaré.

La femme a indiqué que c’est ce qu’elle a finalement déclaré à la police dans sa déposition, mais elle leur a ensuite envoyé un message disant qu’elle pleurait.

La procédure a été suspendue une deuxième fois lorsque la femme a mentionné que la procureure lui avait dit plus tard qu’elle avait fait des déclarations incohérentes sur ce point.

Lorsque l’audience a repris en milieu d’après-midi, la femme a déclaré qu’elle ne voulait pas dire qu’elle sanglotait, mais plutôt que ses yeux s’étaient remplis de larmes.

L’agression sexuelle a duré quelques minutes, a-t-elle déclaré, et s’est terminée lorsque Stronach s’est retiré.

La plaignante a déclaré à la police en 2024 que Stronach avait éjaculé, vraisemblablement sur son dos, mais elle a dit jeudi qu’il s’agissait simplement d’une supposition qu’elle avait faite en essayant de répondre aux questions des enquêteurs. En fait, a-t-elle déclaré, elle ne savait pas s’il avait éjaculé.

Stronach l’a ensuite raccompagnée chez elle, a déclaré la femme, se souvenant qu’elle se sentait «engourdie» et soulagée de quitter l’appartement.

Pendant le trajet, l’homme d’affaires a laissé entendre qu’il pourrait venir la voir à l’université, ce qui lui a semblé «absurde», a-t-elle indiqué.

«Je me suis dit: “Est-ce qu’il essaie de faire croire que ce qu’il vient de faire est normal ?”, a-t-elle déclaré. Je ne voulais plus jamais le revoir.»

Elle a contacté la police en 2024 après avoir lu un article sur son arrestation, a-t-elle indiqué. La femme a déclaré qu’elle n’avait eu aucun contact avec les autres personnes plaignantes, mais a reconnu lors du contre-interrogatoire qu’elle avait lu une lettre dans un média rédigée par une femme qui poursuivait Stronach pour l’avoir agressée sexuellement dans les années 1980.

Les questions de la défense ont d’abord porté sur les préparatifs de la femme en vue du procès et sur la question de savoir si ceux-ci avaient pu influencer son témoignage.

Dans sa déclaration à la police, la femme a répété à plusieurs reprises qu’elle «aurait» fait quelque chose, mais elle n’a pas utilisé cette expression à la barre jeudi, a suggéré Mme Shemesh à un moment donné.

La femme a également dû répondre à des questions sur le type d’alcool qu’elle avait bu lors de sa sortie avec Stronach et sur le fait de savoir s’ils avaient pris un repas ou simplement des consommations — deux points sur lesquels elle avait auparavant des doutes, a suggéré la défense.

Son incertitude venait du fait qu’elle ne se souvenait pas avoir mangé, mais seulement bu, a déclaré la femme. Quant au type d’alcool, la femme a dit avoir brièvement douté de ses propres souvenirs en janvier, mais avoir ensuite réaffirmé son souvenir initial d’avoir bu du gin tonic.

Le contre-interrogatoire devrait se poursuivre vendredi.

Paola Loriggio

Paola Loriggio

Journaliste