Justice

Le plus grand distributeur de baies au monde fait l’objet d’un recours collectif au Québec

Il vise toute personne ayant acheté des baies de la marque Driscoll’s au Québec depuis le 1er janvier 2022.

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Framboises (Dieter Heinemann/Envato)

Une action collective a été intentée devant la Cour supérieure du Québec contre la société américaine de fruits Driscoll’s, au motif que ses baies contiendraient des résidus chimiques dépassant les limites autorisées au Canada.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

La poursuite allègue que l’entreprise californienne a omis d’informer les consommateurs ayant acheté ses fraises, framboises, mûres ou bleuets de la présence de résidus de pesticides ou d’autres produits chimiques.

Le recours collectif proposé vise toute personne ayant acheté des baies de la marque Driscoll’s au Québec depuis le 1er janvier 2022.

«Le défaut de divulguer cette information primordiale à l’égard des baies commercialisées au Québec se conjugue aux représentations trompeuses entourant ces produits», indique la poursuite.

Le document précise que les consommateurs n’ont donc pas été en mesure de faire des choix éclairés et ont pu être exposés à des risques potentiels pour la santé sans y avoir consenti.

Les allégations contenues dans la poursuite collective proposée n’ont pas encore été examinées par un tribunal.

Des millions de membres potentiels du groupe

La plaignante est une Québécoise qui affirme avoir consommé des dizaines de contenants de baies Driscoll’s depuis janvier 2022. La poursuite précise également qu’elle a consommé ces baies alors qu’elle était enceinte en 2025.

«Madame Gauthier s’est toujours doutée que des pesticides étaient utilisés dans la culture des baies Driscoll’s qu’elle achetait», indique la poursuite.

«Toutefois, elle s’est toujours attendue à ce qu’elles contiennent des résidus de pesticides à des taux conformes aux normes applicables. Pour la demanderesse, comme pour tout consommateur, le fait que les baies qu’elle a achetées contiennent des pesticides au-delà des seuils réglementaires constitue un fait important.»

—  La demande d'autorisation pour exercer une action collective contre Driscoll's

Le nombre de membres du groupe pourrait s’élever à des millions si le recours est autorisé par un juge, affirme la plainte. Le montant des dommages-intérêts compensatoires et punitifs n’a pas encore été déterminé.

Driscoll’s est le plus grand distributeur de baies au monde, expédiant quatre milliards de barquettes de fruits par année vers plus de soixante pays, dont le Canada, selon la poursuite.

Au Québec, ses produits sont vendus chez plusieurs détaillants, notamment IGA, Maxi, Rachelle Berry, Provigo, Super C, Metro, Tradition et Pharmaprix.

Un ancien employé de Driscoll’s prend la parole

Cette poursuite fait suite aux allégations formulées en juin par David Harada, un ancien employé de Driscoll’s, qui affirmait dans une poursuite déposée à cette date qu’environ la moitié des exportations de l’entreprise vers le Canada contenaient des produits chimiques — notamment de la bifenthrine, de l’iprodione et du captane — dont les concentrations dépassaient les limites autorisées au Canada entre 2022 et 2024.

M. Harada, qui a commencé à travailler en septembre 2022 en tant qu’agronome avant de devenir directeur de la sécurité alimentaire et de la conformité réglementaire pour les États-Unis et le Canada chez Driscoll’s, estime que la valeur des exportations de baies vers le Canada susceptibles d’avoir été contaminées s’élevait à près de 100 millions de dollars américains.

Il a été congédié le 1er octobre 2025, après avoir dénoncé la pratique de son employeur consistant à exporter des baies dont les résidus de pesticides dépassaient les quantités autorisées au Canada.

Driscoll’s a mis fin à son système de conformité réglementaire

Selon la poursuite, l’entreprise disposait d’un système permettant de surveiller la salubrité de ses produits et sa conformité à la réglementation canadienne, mais Driscoll’s a mis fin à ce système en 2022.

L’entreprise a été informée d’irrégularités concernant les niveaux de résidus chimiques présents sur ses baies par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), RQA Inc. et ses acheteurs canadiens; toutefois, la poursuite allègue qu’elle a continué à commercialiser des millions de livres de baies au Canada tout en sachant qu’elles dépassaient les limites réglementaires fixées pour les pesticides et certains autres produits chimiques.

Les inspections menées par l’ACIA dans des épiceries canadiennes entre 2022 et 2024 auraient confirmé que les fruits vendus par Driscoll’s contenaient des substances chimiques dépassant les seuils autorisés au Canada.

La poursuite indique que l’agence a reçu des signalements de maladies potentielles liées à la consommation de bleuets de Driscoll’s, ainsi que de goût ou d’odeur chimique dans les fruits.

Driscoll’s répond aux allégations

Dans une déclaration adressée à CTV News, Driscoll’s a indiqué qu’elle contestait les allégations formulées dans le cadre du recours collectif proposé.

«Driscoll’s conteste ces allégations et se réjouit de pouvoir répondre à ces allégations dans le cadre d’une procédure judiciaire, où les faits sous-jacents, les données et les analyses d’experts pourront être examinés de manière approfondie», peut-on lire dans la missive.

«Nous sommes convaincus que les Canadiens constateront que Driscoll’s met en œuvre des programmes complets de sécurité alimentaire et de conformité, et que ces allégations ne reflètent pas la réalité du fonctionnement de notre entreprise.»

—  Driscoll's

L’entreprise a déclaré que ses baies pouvaient être consommées en toute sécurité et a souligné qu’elle accordait la priorité à la sécurité et à la qualité de ses produits.

«Driscoll’s s’approvisionne en baies destinées aux Canadiens auprès de dizaines de fermes familiales indépendantes et met en œuvre des procédures exhaustives de tests, de surveillance et de conformité conçues pour répondre aux exigences réglementaires des marchés où nos produits sont vendus, y compris au Canada», a écrit Driscoll’s.

«Nous prenons très au sérieux la salubrité des aliments et la conformité, et nous investissons des ressources considérables pour garantir la salubrité et la qualité de nos baies. Notre objectif est toujours de respecter pleinement les normes applicables.»

L’entreprise a également indiqué qu’elle accordait une grande importance à ses clients, à ses producteurs et aux collectivités canadiennes, et qu’elle se conformait aux lois et règlements alimentaires du Canada.

«Les Canadiens font confiance à nos baies depuis des générations, et nous prenons cette responsabilité très au sérieux», a-t-elle déclaré.

«Depuis plus de 100 ans, nous nous efforçons de gagner la confiance des consommateurs en communiquant de manière responsable au sujet de nos produits et de nos pratiques de culture, et nous restons déterminés à mériter chaque jour la confiance des consommateurs canadiens grâce à des produits sûrs et de haute qualité, ainsi qu’au respect des lois et règlements canadiens.»