La justice irlandaise a accusé dimanche et placé en détention provisoire Daniel Kinahan, chef présumé d’un cartel considéré comme un acteur majeur du narcotrafic vers l’Europe et recherché jusqu’aux États-Unis, après son extradition depuis Dubaï.
Dix ans après avoir fui l’Espagne pour l’émirat et cinq mois après son arrestation, il est rentré dans son pays dans un avion du gouvernement irlandais. Après une audience de quelques minutes, il a été envoyé dans la prison de haute sécurité de Portlaoise (centre), qui accueille certains des plus célèbres détenus du pays.
Le Kinahan Organised Crime Group (KOCG), aussi connu sous le nom de «mafia irlandaise», est accusé par les États-Unis et l’Union européenne (UE) de mener des activités criminelles de grande ampleur, notamment trafic de drogue et d’armes, blanchiment d’argent mais aussi d’être impliqué dans de nombreux meurtres.
Avec une richesse estimée par la police irlandaise à plus d’un milliard d’euros, il s’agit de la plus puissante organisation criminelle d’Irlande.
Selon les autorités américaines, qui ont placé Daniel Kinahan sous sanctions et qui offraient cinq millions de dollars pour toute information menant à sa capture, les activités du groupe dépassent largement les frontières de son pays. Elles l’accusent d’importer de la drogue d’Amérique latine vers l’Irlande puis le Royaume-Uni ainsi que toute l’Europe, avec une présence notamment en Espagne.
L’avion du gouvernement irlandais transportant Daniel Kinahan a atterri en fin de journée à l’aérodrome militaire de Casement, à l’ouest de Dublin, zone que survolait un hélicoptère, d’après un journaliste de l’AFP sur place.
M. Kinahan, 49 ans, a ensuite comparu devant la Cour pénale spéciale de Dublin qui l’a inculpé pour avoir dirigé une organisation criminelle et placé en détention provisoire dans l’attente d’une audience fixée au 5 octobre, selon les médias irlandais.
Il est accusé d’avoir dirigé les activités du KOCG entre octobre 2015 et avril 2017.
Vêtu d’un pantalon de survêtement, d’un sweat à capuche et de lunettes, M. Kinahan, encadré par des policiers en civil, semblait calme, a rapporté le journal Irish Mirror.
Des badauds s’étaient rassemblés devant cette Cour spéciale qui traite les affaires pénales impliquant le terrorisme et le crime organisé. Les procès qui s’y tiennent sont jugés par trois magistrats, sans jury populaire.
«Aucun refuge»
Daniel Kinahan avait été arrêté en avril à Dubaï, aux Émirats arabes unis, sur mandat d’arrêt irlandais et tous ses recours contre une extradition ont été rejetés.
Il s’y était installé en 2016 en provenance d’Espagne, après le meurtre de l’un de ses associés et une tentative d’assassinat le visant dans un hôtel de Dublin.
Dans un communiqué conjoint publié dimanche, les ministres de la Justice des Émirats arabes unis et de l’Irlande ont qualifié son extradition de «message clair: les auteurs présumés de crimes graves et organisés ne trouveront aucun refuge pour échapper à la justice».

Pendant des années, Dubaï, hub commercial réputé sûr et à la fiscalité avantageuse, a été considéré par les narcotrafiquants européens comme une base arrière idéale pour gérer trafics et blanchiment. Mais plusieurs figures présumées de la criminalité organisée ont été extradées ces dernières années, sur fond d’amélioration de la coopération judiciaire.
Daniel Kinahan est la deuxième personnalité de premier plan de ce cartel à être extradée de Dubaï, après Sean McGovern, revenu en Irlande en 2025 et condamné en juin dernier à 24 ans de prison après avoir plaidé coupable.
Cité dans le communiqué commun avec Dublin, le ministre émirati de la Justice Abdullah bin Sultan bin Awad Al Nuaimi a estimé que le retour de M. Kinahan soulignait «l’engagement indéfectible (des Émirats) à soutenir les efforts mondiaux visant à lutter contre la criminalité transnationale organisée».
