Le procès pour agression sexuelle à Toronto contre l’homme d’affaires milliardaire Frank Stronach a connu un nouveau rebondissement jeudi, avant même qu’il ne commence, lorsque son avocate a fait part de son intention de demander un arrêt des procédures, craignant que certaines des personnes qui l’accusent aient été influencées par les procureurs.
Leora Shemesh a expliqué au tribunal que des soupçons d’abus de procédure sont apparus après que la défense a reçu une série de documents de divulgation «à la dernière minute», comprenant de nouvelles déclarations de toutes les personnes qui l’accusent et des notes d’un agent ayant assisté à l’une des réunions préparatoires des témoins.
Le fait que toutes les personnes qui l’accusent aient présenté de nouveaux éléments de preuve lors de ces rencontres, alors qu’elles n’avaient fait aucune révélation de ce type depuis 2024, n’était pas une simple coïncidence et pouvait être lié à la manière dont les entretiens avaient été menés, a-t-elle fait valoir.
«On peut en déduire qu’un témoin a peut-être été coaché», a-t-elle déclaré.
Le procès de Stronach devait commencer mardi, mais son avocate a demandé un délai supplémentaire pour préparer sa défense après avoir reçu un important volume de nouveaux documents, dont plusieurs déclarations filmées.
La défense a soulevé la question des rencontres de préparation des témoins lors de la reprise des procédures jeudi pour faire le point sur la situation. Le procès devrait désormais commencer le 12 février.
Ce magnat de 93 ans, qui est devenu l’une des personnes les plus riches du Canada en tant que fondateur du fabricant de pièces automobiles Magna International, fait face à 12 chefs d’accusation liés à 7 personnes qui l’accusent.
Ces accusations découlent d’incidents qui se seraient produits entre les années 1970 et 1990. Stronach a plaidé non coupable de tous les chefs d’accusation lors d’une audience l’année dernière.
L’agent qui a consigné certaines des réunions de préparation des témoins a témoigné jeudi, tandis que la défense cherchait à obtenir davantage de preuves pour la demande d’arrêt des procédures, qui sera examinée à la fin du procès.
La défense a interrogé le sergent Gabe Di Nardo, de la police régionale de Peel, sur ses souvenirs de trois rencontres qui ont eu lieu en janvier, sa compréhension de ces conversations et les raisons pour lesquelles il a documenté certains éléments et pas d’autres.
La Couronne s’y était opposée, arguant qu’il s’agirait d’une «grave erreur» d’interroger l’agent à ce stade et qu’il n’y avait aucun fondement aux allégations d’abus de procédure ou d’inconduite de la Couronne.
«Le manque de clarté d’une note ne constitue pas un abus de procédure», a fait valoir le procureur David Tice.
La juge Anne Molloy de la Cour supérieure de l’Ontario, qui préside le procès, a estimé que la défense «devrait être autorisée à explorer cette question» en interrogeant l’agent.
Stronach, qui nie toutes les allégations, avait été accusé de dix-huit infractions liées à treize personnes en 2024, mais l’affaire a finalement été scindée en deux.
Un procès distinct concernant les accusations restantes est prévu plus tard cette année à Newmarket, en Ontario.

