Justice

L’auteur d’une tuerie en Nouvelle-Zélande veut revenir sur ses aveux de culpabilité

Brenton Tarrant est l’auteur de l’attaque de 2019 à Christchurch.

Publié le 

Dans cette salle d'audience, Brenton Tarrant, l'homme reconnu coupable d'avoir tué 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch, apparaît par liaison vidéo devant le tribunal de district de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 14 juin 2019. Dans cette salle d'audience, Brenton Tarrant, l'homme reconnu coupable d'avoir tué 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch, apparaît par liaison vidéo devant le tribunal de district de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 14 juin 2019. (Stephanie Mcewin)

L’homme qui a tué 51 fidèles musulmans dans deux mosquées lors de la tuerie de masse la plus meurtrière de l’histoire de la Nouvelle-Zélande a déclaré lundi devant une cour d’appel qu’il s’était senti contraint d’avouer les crimes en raison d’une «irrationalité» due aux conditions de détention difficiles. Il a cherché à faire annuler ses aveux de culpabilité.

Un panel de trois juges de la Cour d’appel de Wellington examinera pendant cinq jours les arguments de Brenton Tarrant, qui prétendait ne pas être en état de plaider coupable des accusations de terrorisme, de meurtre et de tentative de meurtre portées contre lui après l’attaque de 2019 à Christchurch.

Si sa demande est acceptée, son affaire sera de nouveau portée devant le tribunal pour un procès, qui avait été évité lorsqu’il avait avoué être l’auteur de l’attaque haineuse en mars 2020.

Il cherche également à faire appel de sa peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, une peine jamais prononcée auparavant en Nouvelle-Zélande. Le témoignage de Tarrant lundi concernant son état mental au moment où il a plaidé coupable était sa première prise de parole publique substantielle depuis la diffusion en direct du massacre de 2019 sur Facebook.

Cet Australien, suprémaciste blanc autoproclamé, a immigré en Nouvelle-Zélande dans le but de commettre le massacre, qu’il avait minutieusement planifié. Il a constitué un arsenal d’armes semi-automatiques, pris des mesures pour éviter d’être repéré et rédigé un long manifeste avant de se rendre de Dunedin à Christchurch en mars 2019 et d’ouvrir le feu sur deux mosquées.

Outre les 51 personnes tuées, dont un garçon de trois ans, des dizaines d’autres ont été grièvement blessées. Cette attaque est considérée comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire de la Nouvelle-Zélande et les institutions ont cherché à limiter la diffusion du message de Tarrant par des injonctions et l’interdiction de posséder son manifeste ou la vidéo de l’attaque.

L’audience de lundi s’est déroulée dans des conditions de sécurité strictes qui ont considérablement limité le nombre de personnes autorisées à assister à la présentation des preuves de Tarrant, parmi lesquelles figuraient quelques journalistes et des personnes blessées ou endeuillées par le massacre.

Tarrant, vêtu d’une chemise blanche, de lunettes à monture noire et ayant le crâne rasé, s’est exprimé par visioconférence depuis une cellule aux murs blancs en prison.

Interrogé par un procureur de la Couronne et ses avocats, Tarrant, âgé de 35 ans, a dit que sa santé mentale s’était détériorée en raison de ses conditions de détention. Il était maintenu à l’isolement, avec un accès limité à la lecture et aucun contact avec les autres détenus.

Au moment de plaider coupable, Tarrant a affirmé souffrir d’«épuisement nerveux» et d’incertitudes quant à son identité et ses convictions. Il a avoué les faits quelques mois avant le début de son procès, car il n’avait «guère d’autre choix», a-t-il déclaré au tribunal.

L’avocat de la Couronne, Barnaby Hawes, a suggéré à Tarrant, lors de son interrogatoire, que l’Australien avait d’autres options. Il aurait pu demander un report de son procès pour raisons de santé mentale ou se défendre lui-même, a précisé Me Hawes.

Me Hawes a également fait remarquer à Tarrant que les rapports des experts en santé mentale et du personnel pénitentiaire concernant son comportement ne fournissaient que peu d’éléments prouvant qu’il traversait une crise psychiatrique grave. Tarrant a soutenu que les signes de maladie mentale qu’il manifestait n’avaient pas été consignés et qu’il avait parfois cherché à les dissimuler.

Il a reconnu avoir bénéficié de conseils juridiques tout au long de la procédure judiciaire. Les avocats actuels de Tarrant ont obtenu l’anonymat, car ils craignaient pour leur sécurité en le représentant.

En Nouvelle-Zélande, les demandes d’appel contre une condamnation ou une peine doivent être déposées dans un délai de 20 jours ouvrables. Tarrant a déposé son appel avec environ deux ans de retard, en envoyant ses documents au tribunal en septembre 2022.

Il a déclaré lundi au tribunal que son appel était tardif puisqu’il n’avait pas eu accès aux informations nécessaires.

L’audience devrait se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine, mais les juges devraient rendre leur décision ultérieurement. S’ils rejettent la demande de Tarrant visant à faire annuler ses aveux de culpabilité, une audience ultérieure portera sur son appel de sa peine.