Un juge fédéral américain a rejeté lundi une plainte criminelle visant deux anciens responsables du Federal Bureau of Investigation (FBI) accusés d’avoir fait de fausses déclarations au Congrès au sujet de Hunter Biden. Il estime que l’enquête à l’origine des accusations avait été menée à la hâte, était manifestement politique et entachée d’«erreurs graves».
«Ce qui s’est passé ici ne peut être qualifié autrement que d’instrumentalisation», a soutenu le juge fédéral Zia Faruqui, dans une décision cinglante prononcée à la barre qui a classé sans suite l’affaire contre les anciens responsables Nikki Floris et Bradley Benavides.
Il a souligné que l’enquête avait été ouverte le lendemain d’un discours prononcé par le président Donald Trump, dans lequel celui-ci avait réitéré ses griefs concernant sa défaite électorale de 2020, et qu’elle avait été ordonnée et suivie de près par le directeur du FBI Kash Patel.
Le juge a également affirmé que le département de la Justice aurait pu engager cette procédure, qui découle de déclarations faites en 2023, à tout moment, mais qu’il avait choisi de le faire il y a deux semaines, à l’approche des élections de mi-mandat de mardi.
«Je ne vais pas me mettre la tête dans le sable et prétendre que je ne sais pas lire un calendrier», a déclaré M. Faruqui.
Cette décision fait suite à une audience mouvementée au cours de laquelle il a réprimandé les procureurs pour leurs manœuvres peu orthodoxes et où un agent du FBI ayant travaillé sur l’affaire a témoigné qu’il craignait que l’enquête ne soit perçue comme «politique».
Le département de la Justice pourrait encore avoir la possibilité de demander une mise en accusation par un grand jury à l’encontre des deux anciens responsables, dont les avocats avaient insisté pour que les chefs d’accusation soient rejetés.
La décision du juge représente néanmoins un revers indéniable pour le département de la Justice, compte tenu notamment de la difficulté qu’il a eue à convaincre les grands jurys de Washington de prononcer des mises en accusation dans des poursuites à forte connotation politique comme celle-ci.
Les réserves du juge concernant cette affaire sont apparues presque immédiatement, lorsqu’il s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles le département de la Justice avait engagé les poursuites au moyen d’une plainte criminelle – ce qui est généralement le cas lorsque les enquêteurs ont un besoin urgent de placer un prévenu en détention – plutôt que par un acte d’accusation nécessitant l’approbation d’un grand jury.
Puis, lors d’une audience préliminaire la semaine dernière, il a critiqué le département de la Justice pour avoir déposé du jour au lendemain une plainte modifiée comportant un chef d’accusation supplémentaire directement au greffe, au lieu de faire valider au préalable ce nouveau chef d’accusation par le tribunal – une pratique qu’il a qualifiée d’inédite.
L’audience a également donné lieu au témoignage d’un agent du FBI ayant travaillé sur l’affaire, qui a déclaré que l’enquête avait été ouverte juste après le discours de Donald Trump sur la sécurité électorale en juillet dernier et qu’elle avait été ordonnée par Kash Patel.
L’affaire reprochait aux deux anciens responsables du FBI d’avoir induit le Congrès en erreur en 2023 quant à leur implication et leurs connaissances concernant les efforts visant à enquêter sur un ordinateur portable. Cet ordinateur, selon le département de la Justice, aurait été déposé par Hunter Biden, le fils de l’ancien président Joe Biden, dans un atelier de réparation du Delaware en 2019.
Elle visait également à faire écho aux griefs de longue date de M. Trump et de ses alliés républicains, selon lesquels le FBI aurait tenté, pendant la campagne présidentielle de 2020, de dissimuler des informations jugées potentiellement préjudiciables à la famille Biden. Le candidat démocrate Joe Biden a finalement battu M. Trump, le président sortant républicain, lors de l’élection de 2020.
Le dossier du département de la Justice a notamment souligné que Mme Floris et M. Benavides avaient présenté en 2020 aux législateurs un «exposé défensif» qui, selon les sénateurs républicains Chuck Grassley et Ron Johnson, avait servi à discréditer leur enquête sur l’administration Biden et à l’associer à la désinformation russe.
