Justice

La famille d’une femme happée par un train dans le Mile-End intente une poursuite contre CPKC, Montréal et Ottawa

Les proches de Valentine Dufresne, une Française de 26 ans, réclament 850 000$ en justice.

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Chemin de fer dans le Mile-End Des gens se rassemblent près d'une brèche dans la clôture, pratiquée par des citoyens pour traverser les voies ferrées du CP dans le Mile-End. (Photo : Clayton Bailey)

La famille d’une femme de 26 ans décédée après avoir été happée par un train en mars dernier à Montréal intente une poursuite de 850 000 $ visant la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique (CPKC), la Ville de Montréal et le Procureur général du Canada - poursuivi pour et au nom de Transports Canada.

La demande introductive d’instance, pilotée par Me Frédéric Bérard, a été déposée mercredi au palais de justice de Montréal.

Les proches de Valentine Dufresne, soit ses parents (Bruno Vincent Dufresne et Blandine Le Guillou) et ses deux frères (Baptiste et Romain Dufresne), tous domiciliés en France, réclament cette somme en réparation du préjudice subi ainsi qu’en dommages punitifs et exemplaires.

La femme de 26 ans est décédée après avoir été percutée par un train dans le quartier du Mile-End à Montréal. L’accident mortel est survenu près de l’avenue Van Horne et du boulevard Rosemont.

«Ce drame inqualifiable survient alors que la victime emprunte un passage à niveau de fortune pour traverser la voie ferrée [...]. Depuis plus de 15 ans, cet emplacement d’apparence désaffecté, situé à proximité immédiate d’un parc de la Ville de Montréal, constitue un véritable piège mortel utilisé comme raccourci par des centaines de citoyens au quotidien [...] », explique-t-on dans la demande introductive d’instance dont Noovo Info a obtenu copie.

«Il n’y a pas grand-chose de plus épouvantable que ça. Imaginez perdre une fille de 26 ans, que je n’ai pas connue, mais qui était absolument lumineuse et qui dévorait la vie. La famille est catastrophée, mais elle souhaite par le recours non seulement être dédommagée, mais aussi lancer un message pour que les autorités prennent leur responsabilité pour éviter d’autres morts parce que ce n’est pas la première», a commenté Me Frédéric Bérard.

Négligence et aveuglement volontaire

Les demandeurs affirment que l’entreprise Canadien Pacifique, la Ville de Montréal et Transports Canada ont fait preuve d’un «aveuglement volontaire», d’une «négligence grossière» et d’une «incurie grave» alors qu’elles étaient au fait de l’historique «accablant» du site.

Selon les documents déposés en chambre civile de la Cour supérieure du Québec, Valentine Dufresne est la quatrième personne à perdre la vie à cet endroit précis.

«Les défenderesses omettent systématiquement de sécuriser adéquatement le site, le CPKC se contentant notamment de réparations dérisoires à l’aide de simples colliers Colson (tie-wraps) sur une clôture éventrée, méprisant ainsi sciemment le droit à la vie et à la sécurité des citoyens», déplore-t-on.

Au niveau du recours successoral, le père de Valentine Dufresne, qui agit comme liquidateur, réclame le remboursement intégral des frais funéraires et des dépenses liées au déplacement entre la France et le Québec afin de gérer le rapatriement de sa fille. Il demande aussi une compensation «pour les douleurs physiques, l’angoisse extrême et la prise de conscience de sa mort imminente ressenties par Valentine Dufresne lorsqu’elle s’est retrouvée piégée face au train dans les instants précédant et suivant l’impact fatal». Le tout représente une somme globale de 30 000 $.

Les parents et les frères de la défunte réclament aussi l’indemnisation de leur propre préjudice moral découlant du décès de Valentine Dufresne, soit un montant de 150 000$ pour chacun des parents et une somme de 50 000$ pour chacun des frères.

Quant aux dommages-intérêts punitifs, les demandeurs réclament 270 000 $ à la compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique, 100 000 $ à la Ville de Montréal et 50 000 $ au Procureur général du Canada représentant Transports Canada.

«N’eût été la négligence de la défenderesse CPKC dans l’entretien de la clôture, l’omission de la défenderesse Ville de Montréal d’empêcher l’accès au danger depuis son parc, et l’inaction du défendeur Procureur général du Canada d’exiger la sécurisation permanente du site, la victime n’aurait jamais pu s’engager dans ce passage mortel et le drame aurait été évité», stipule le document présenté en justice.