Le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, a rendu hommage vendredi à une juge qui quitte ses fonctions et a fait ses adieux provisoires au majestueux bâtiment de la Cour suprême.
M. Wagner a salué les contributions de la juge Sheilah Martin, qui prend sa retraite, avant que le plus haut tribunal du pays n’examine une affaire pénale — la dernière affaire dont Mme Martin sera saisie et la dernière à être traitée par la Cour dans son bâtiment actuel avant plusieurs années.
Mme Martin doit quitter ses fonctions le 30 mai, la veille de son 70e anniversaire. Elle continuera toutefois à travailler sur les affaires auxquelles elle a participé.
Mme Martin est née et a grandi à Montréal et a suivi une formation en droit civil et en common law avant de s’installer en Alberta.
Elle a siégé à la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta à Calgary jusqu’en juin 2016, date à laquelle elle a été nommée juge aux cours d’appel de l’Alberta, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Elle a été nommée à la Cour suprême en 2017.
Le juge Wagner a rappelé que lors de la cérémonie d’accueil de Mme Martin, il avait évoqué sa riche expérience en tant qu’éducatrice, avocate et juge, ainsi que son engagement en faveur de l’égalité devant la justice pour tous les Canadiens.
«Près de neuf ans plus tard, ces qualités ont défini votre travail au sein de cette cour», a affirmé le juge Wagner.
La juge Martin a accordé une attention particulière aux droits individuels et fait preuve d’un sens aigu des responsabilités envers la loi dans le cadre de son travail, notamment en droit pénal et en matière de Charte des droits et libertés, a-t-il ajouté.
«Sur un plan plus personnel, votre engagement dans nos délibérations et votre enthousiasme contagieux ont enrichi tant le travail que la vie de la Cour», a déclaré M. Wagner.
Mme Martin a remercié tous ceux qui ont travaillé à ses côtés au plus haut tribunal du pays, affirmant que cela avait été le point culminant de sa vie professionnelle.
Elle a déclaré qu’elle était en bonne santé et que, même si la décision de quitter la Cour avant l’âge obligatoire de la retraite de 75 ans n’avait pas été facile à prendre, «c’est la bonne décision pour (elle) à ce moment-ci».
«Cette expérience m’a enrichie; elle a été à la fois difficile et gratifiante», a-t-elle confié.
À un moment donné, Mme Martin a eu les larmes aux yeux et a mis cela sur le compte de la saison des allergies, provoquant des rires dans la salle d’audience.
Les membres récemment nommés d’un comité consultatif indépendant examineront les candidatures reçues par l’intermédiaire du Bureau du commissaire aux affaires judiciaires fédérales afin d’identifier des candidats pour pourvoir le poste laissé vacant par le départ à la retraite de la juge Martin. Ils soumettront ensuite une liste restreinte de candidats au premier ministre Mark Carney pour examen.
Un édifice solennel
Le bâtiment de la Cour suprême est sur le point de subir d’importants travaux de rénovation, la première remise à neuf de grande envergure depuis son achèvement il y a plus de 80 ans.
Les juges et le personnel de la Cour déménageront bientôt de l’autre côté de la rue, dans le West Memorial Building — qui devrait être leur lieu de travail pour la prochaine décennie.
«Entre ces murs, des plaidoiries ont été prononcées, des décisions ont été rendues, et chaque affaire a réaffirmé notre engagement commun envers la justice, la démocratie et l’État de droit», a déclaré M. Wagner vendredi.
Ce rôle durable est indissociable du bâtiment lui-même — une expression remarquable de l’Art déco donnée vie par l’architecte Ernest Cormier, a souligné le juge en chef.
«Une autorité exprimée avec retenue, un ordre fondé sur la raison et la conviction que la justice, tout comme l’architecture, doit être à la fois solide et appropriée, a-t-il ajouté. Il en résulte un espace à la fois fonctionnel et profondément symbolique.»
M. Wagner a reconnu en français qu’il était difficile de ne pas être émerveillé par la grandeur du bâtiment.
«Les colonnes majestueuses, les lignes épurées, la lumière qui filtre à travers les vitraux — tout concourt à créer une atmosphère de respect et de réflexion», a-t-il déclaré.
«Pour plusieurs d’entre nous — juges et membres du personnel —, ce moment marque un dernier passage. Ce n’est donc pas un simple départ, il nous rappelle également que nous avons été, pour un temps, les gardiens de ce lieu», a ajouté M. Wagner.
«D’autres l’ont été avant nous. D’autres le seront après nous. C’est ainsi que l’institution perdure dans le temps.»

