La Cour suprême des États-Unis, dominée par les conservateurs, se penche de nouveau mardi sur le financement public d’écoles religieuses, une question épineuse pour la société américaine et le principe de séparation de l’Église et de l’État.
La majorité conservatrice de la Cour, soit actuellement six juges sur neuf, s’est montrée ces dernières années favorable à une extension de la place de la religion dans l’espace public et très sensible au respect des libertés religieuses, notamment dans le domaine scolaire.
En l’espèce, le Colorado, un État démocrate de l’ouest du pays, a instauré un programme universel d’école maternelle allouant un budget annuel sur fonds publics de 6000$ par enfant.
Mais au nom de la non-discrimination envers les familles, il a exclu de ce programme deux établissements catholiques qui refusent de s’engager à accueillir les enfants et les parents d’élèves LGBT+, réclamant une exception en raison de leurs convictions religieuses.
Déboutées en première instance puis en appel, ces deux écoles, ainsi que des parents d’élèves, sont parvenues à convaincre la Cour suprême de se saisir de l’affaire.
Elles invoquent la récente jurisprudence de la Cour sur le Premier amendement de la Constitution américaine garantissant la liberté de culte.
«C’est le système éducatif du Colorado qui choisit : les croyances religieuses qui conviennent au gouvernement du Colorado sont acceptables, et ces parents se font rembourser, mais pas les autres», a affirmé Mark Rienzi, un des avocats des plaignants, lors d’une présentation de la session annuelle de la Cour suprême en septembre.
Le Colorado fait au contraire valoir que permettre à ces établissements «d’exclure des familles sur la base de leur appartenance religieuse, de leur orientation sexuelle, ou de leur identité de genre, nierait son intérêt» à garantir l’égalité des droits entre les familles.
La décision de la Cour est attendue d’ici le terme de sa session annuelle, fin juin.
En 2025, la majorité conservatrice avait donné raison à des parents d’élèves d’écoles publiques qui revendiquaient la possibilité de retirer leurs enfants de classe quand des livres abordant des thèmes LGBT+ y sont utilisés, au nom de leur liberté de culte.
Et en 2022, elle avait obligé l’État du Maine (nord-est) à inclure les écoles confessionnelles dans un dispositif de subventions publiques, jugeant leur exclusion «discriminatoire envers la religion».
En revanche, en 2025, faute de majorité, la Cour avait confirmé de justesse l’interdiction par l’Oklahoma (sud) d’une école religieuse à gestion privée qui aurait bénéficié de financements publics. Cette «charter school», école à gestion privée sous contrat à financement public, aurait été la première à être administrée par un culte, en l’occurrence l’Église catholique.
