Justice

Hong Kong: des militants de la mémoire de Tiananmen condamnés à entre 5 et 7 ans de prison

Lee Cheuk-yan, 69 ans, Chow Hang-tung, 41 ans, et Albert Ho, 74 ans, avaient été reconnus coupables d’«incitation à la subversion» en août.

Mis à jour le 

Publié le 

Des militants et des sympathisants de Hong Kong brandissent des pancartes en soutien aux militants pro-démocratie Lee Cheuk-yan, Chow Hang-tung et Albert Ho, lors d'une manifestation à Taipei, à Taïwan, le vendredi 11 septembre 2026. Des militants et des sympathisants de Hong Kong brandissent des pancartes en soutien aux militants pro-démocratie Lee Cheuk-yan, Chow Hang-tung et Albert Ho, lors d'une manifestation à Taipei, à Taïwan, le vendredi 11 septembre 2026. (Chiang Ying-ying/AP Photo/Chiang Ying-ying)

Trois militants qui organisaient des veillées en souvenir de Tiananmen ont été condamnés à des peines comprises entre 5 et plus de 7 ans de prison vendredi à Hong Kong, au terme d’un procès critiqué par plusieurs pays et des associations de défense des droits humains.

Lee Cheuk-yan, 69 ans, Chow Hang-tung, 41 ans, et Albert Ho, 74 ans, avaient été reconnus coupables d’«incitation à la subversion» en août. Ils sont détenus depuis leur inculpation en 2021.

Hong Kong et Macao ont longtemps été les seuls endroits du territoire chinois où il était possible de commémorer publiquement la répression par l’armée chinoise, le 4 juin 1989, contre des manifestants qui réclamaient sur la place Tiananmen à Pékin des réformes politiques. Celle-ci avait fait des centaines, voire plus d’un millier de morts.

De telles commémorations sont de facto interdites dans l’ex-colonie britannique depuis que le pouvoir chinois y a imposé en 2020 une loi sur la sécurité nationale après des manifestations massives en 2019, parfois violentes, en faveur de la démocratie.

Les trois militants condamnés étaient des leaders de l’Alliance de Hong Kong, un groupe aujourd’hui dissous qui organisait des veillées annuelles dans un parc.

Ils sont accusés notamment d’avoir remis en cause la prééminence du Parti communiste chinois.

M. Lee et Mme Chow avaient plaidé non coupable. Ils ont écopé respectivement de sept ans, et sept ans et trois mois de prison, ont constaté des journalistes de l’AFP à l’audience. Albert Ho, qui avait plaidé coupable, a été condamné à 5 ans et 2 mois d’emprisonnement.

Le jugement indique que, bien qu’il n’y ait pas eu de violences et que les prévenus n’aient pas avancé de calendrier précis pour mettre fin à la «dictature d’un parti unique», leurs actes restent «d’une gravité considérable».

Medina Chow Lau Wah-chun, deuxième à partir de la gauche, mère de Chow Hang-tung, et Elizabeth Tang, troisième à partir de la gauche, épouse de Lee Cheuk-yan, sont entourées de sympathisants alors qu'elles s'adressent aux médias devant le tribunal de Hong Kong, le 11 septembre 2026, après le prononcé de la peine à l'encontre des militants. Medina Chow Lau Wah-chun, deuxième à partir de la gauche, mère de Chow Hang-tung, et Elizabeth Tang, troisième à partir de la gauche, épouse de Lee Cheuk-yan, sont entourées de sympathisants alors qu'elles s'adressent aux médias devant le tribunal de Hong Kong, le 11 septembre 2026, après le prononcé de la peine à l'encontre des militants. (Kanis Leung/AP Photo/Kanis Leung)

Au tribunal, M. Lee a fait un signe de croix, souri et salué son épouse Elizabeth Tang. «Très en colère», elle a affirmé à la presse que son mari ferait appel.

Chow Hang-tung, avocate de formation, a, elle, levé les bras et fait des signes de la main aux personnes venues la soutenir tandis qu’elle était escortée hors du tribunal.

«C’est simplement une accusée hors pair», s’est exprimé sa mère Medina Chow Lau Wah-chun, enlacée par des soutiens à l’extérieur, où des dizaines de policiers étaient mobilisés.

«Effacer la mémoire»

En amont du jugement, Mme Chow avait estimé que ces poursuites étaient «une tentative d’effacer la mémoire, en particulier celle du 4 juin, en donnant une importance excessive à certains slogans».

Le chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, a déclaré dans un communiqué que «la loi ne permettra jamais à quiconque d’utiliser les droits humains, la démocratie et la liberté comme prétexte pour nuire ouvertement à son propre pays et à ses compatriotes».

Pour le chef de la police de sécurité nationale Steve Li, ces peines constituent «un avertissement sévère à ceux qui envisageraient de commettre des actes similaires».

Le haut-commissaire de l’ONU pour les droits humains, Volker Türk, a réagi et «demande que ces condamnations soient annulées», selon un communiqué de son bureau.

L’Union européenne les «déplore», a déclaré un porte-parole de l’UE, ajoutant que la décision «sape la confiance dans l’État de droit et nuit à la réputation de Hong Kong».

Ces «peines sévères» mettent en évidence «la cruauté et l’insécurité d’un gouvernement qui craint la mémoire et le peuple», a pour sa part souligné Elaine Pearson, directrice pour l’Asie de Human Rights Watch.

Urania Chiu, juriste, a déclaré à l’AFP que ces condamnations «ne visent pas seulement les actions militantes, mais aussi les actes de mémoire».

Selon un comptage début août, les autorités de Hong Kong ont arrêté 415 personnes pour divers motifs liés à la sécurité nationale, dont 185 ont été déclarées coupables.

«Colonne de la honte»

L’Alliance de Hong Kong gérait également un musée sur les événements de Tiananmen et organisait le nettoyage annuel d’une statue intitulée Pillar of Shame (Colonne de la honte) dédiée aux victimes, démontée en 2021.

Le bureau du procureur a requis la confiscation de la Colonne de la honte et des archives du musée.

La statue « Pillar of Shame », un mémorial dédié aux victimes de la répression de Tiananmen en 1989, est exposée à l'université de Hong Kong, ce mercredi 13 octobre 2021.(Photo AP/Kin Cheung) La statue « Pillar of Shame », un mémorial dédié aux victimes de la répression de Tiananmen en 1989, est exposée à l'université de Hong Kong, ce mercredi 13 octobre 2021.(Photo AP/Kin Cheung)

Le juge Alex Lee a précisé vendredi que le sort de la statue serait décidé lorsque la question de sa propriété serait tranchée.

Si celle-ci était détruite, cela reviendrait à «détruire l’histoire que tout le monde devrait connaître», a déploré auprès de l’AFP l’auteur de la statue, le Danois Jens Galschiot.