Une femme qui était détenue au Centre de traitement et de détention provisoire d’Algoma à Sault Ste. Marie, en Ontario, a témoigné mercredi qu’elle avait conclu une entente avec un agent correctionnel afin de lui offrir des «faveurs sexuelles».
Mise en garde: certains détails de cet article traitent d’agression sexuelle et pourraient heurter la sensibilité de nombreux lecteurs. Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
En échange, la femme a rapporté que le gardien de prison, Derek Morgan, avait accepté d’aller chercher pour elle un «colis» contenant de la cocaïne.
Lorsqu’il n’a pas respecté sa part du marché, elle a mis au point un plan pour le faire chanter afin de forcer M. Morgan à lui apporter la drogue.
Derek Morgan est actuellement jugé à Sault Ste. Marie pour plusieurs chefs d’accusation, notamment de multiples chefs d’agression sexuelle, d’abus de confiance et de séquestration.
Aucune des victimes dans cette affaire ne peut être identifiée en vertu d’une interdiction de publication visant à protéger leur identité.
Il avait accepté de lui apporter un «colis»
Au cours de sa deuxième journée d’interrogatoire par vidéoconférence mené par la procureure adjointe Jennifer Stanton, la femme a dit à M. Morgan qu’il devait d’abord lui livrer le colis avant qu’elle n’ait des relations sexuelles avec lui.
Lorsqu’elle a été incarcérée en mars de cette année-là, la femme était gravement dépendante à la cocaïne et à l’alcool. Tout ce qu’elle voulait, selon elle, c’étaient des drogues, et elle était prête à offrir des faveurs sexuelles pour les obtenir.
Cependant, elle a indiqué que le gardien de prison exigeait des faveurs sexuelles avant de bien vouloir lui apporter le colis.
Les faits se sont déroulés les 16 et 17 mai 2025, dans la cellule de la femme. Elle a affirmé être certaine que M. Morgan l’avait pénétrée avec ses doigts le matin du 17 mai, et qu’elle avait également touché son pénis oralement.
Lors d’un interrogatoire ultérieur mené par l’avocat de la défense, Michael Moon, elle a admis ne pas être certaine d’avoir touché le pénis du gardien de prison le 16 ou le 17 mai.
Elle a témoigné que Derek Morgan avait promis de récupérer le colis le lendemain, mais qu’il n’avait pas tenu parole.
La femme a donc décidé de le faire chanter. Elle a accepté d’avoir des relations sexuelles avec lui dans la soirée du 13 juin 2025, et a conservé le sperme qui s’était déposé sur son chandail ainsi que d’autres échantillons qu’elle avait recueillis sur un chiffon.
Elle a élaboré un plan pour le faire chanter
Elle a rangé le chandail taché et le chiffon sur une étagère de sa cellule, en les dissimulant sous d’autres vêtements. Quelques semaines plus tard, en juillet, elle a glissé un mot à M. Morgan lui indiquant que soit il venait chercher son colis, soit elle le dénoncerait.
Elle lui a donné deux jours pour se conformer à sa demande, a-t-elle témoigné. Au lieu de cela, Derek Morgan l’a signalée pour inconduite, affirmant qu’elle avait tenté de soudoyer un gardien.
Selon elle, M. Morgan lui avait dit qu’elle serait transférée à «Penetang» — le Centre correctionnel Central North, une prison à sécurité maximale située à Penetanguishene.
«Soit ça s’arrête là, soit…» elle serait transférée à Penetang, a-t-elle rapporté à la barre sur ce que le gardien de prison lui avait dit.
«Penetang est une prison vraiment merdique où personne ne veut aller», a-t-elle ajouté au tribunal. «C’était clairement une menace.»
Au lieu de cela, elle a demandé à parler à «une chemise blanche», un terme désignant les membres du personnel pénitentiaire qui supervisent les gardiens de prison. Elle a expliqué à la superviseure qu’elle n’avait pas versé de pot-de-vin à M. Morgan — c’était lui qui la faisait chanter — et qu’elle disposait de preuves.
Elle a remis à la superviseure la chemise tachée de sperme, tout en gardant le chiffon pour elle, car elle ne croyait pas pleinement qu’une enquête impartiale serait menée.
Finalement, le chiffon et la chemise ont tous deux été remis aux responsables de la prison. Une enquête sur la conduite présumée de Morgan a abouti à des accusations criminelles en octobre 2025.
Diffusion des vidéos des caméras de sécurité
Le 14 octobre, la procureure adjointe Jennifer Stanton a diffusé plusieurs vidéos devant le tribunal qui montraient M. Morgan dans le «secteur» de la femme — c’est-à-dire son bloc cellulaire —, on le voit entrant à plusieurs reprises dans la cellule de la femme.
Ces occasions comprenaient la soirée du 16 mai, la matinée du 17 mai et la soirée du 13 juin, dates auxquelles la femme a rapporté que les relations sexuelles avaient eu lieu.
Dans la vidéo du 17 mai, la caméra filme une gardienne dans le couloir alors que Derek Morgan se trouve à l’intérieur de la cellule de la femme. Lorsqu’elle s’approche, il sort rapidement de la cellule et les deux gardiens repartent dans le couloir avant de disparaître de l’image.
Dans la vidéo du 13 juin, on voit M. Morgan entrer dans la cellule de la femme peu après 21h, la porte de la cellule étant maintenue ouverte à l’aide de ce qui semble être un morceau de tissu. La femme avait précédemment indiqué que les portes des cellules étaient verrouillées chaque nuit de 21h à 8h.
Dans la vidéo, des feuilles de papier recouvrent les fenêtres de la cellule de la femme, de sorte qu’on ne peut pas voir ce qui se passe à l’intérieur. On voit Derek Morgan entrait dans la cellule pendant un court moment, puis on le voit en sortir.
Selon la femme, c’était à ce moment-là qu’ils avaient eu des relations sexuelles et qu’elle avait recueilli les preuves servant au chantage sur le chiffon et sur sa chemise de pyjama.
La femme a mentionné à la procureure adjointe que c’était la première fois qu’elle voyait ces vidéos et a précisé qu’on ne lui avait pas proposé d’entente de plaidoyer en échange de son témoignage.
Lors de son contre-interrogatoire, l’avocat de la défense, Michael Moon, a affirmé que non seulement la femme était dépendante à la cocaïne et à l’alcool, mais qu’elle avait également été arrêtée pour trafic de grandes quantités de cocaïne, de fentanyl et de méthamphétamine.
Tentative de remise en cause de sa crédibilité
La procureure adjointe Jennifer Stanton s’est opposé à plusieurs reprises aux questions de la défense, ce qui a entraîné la coupure de la transmission vidéo de la femme pendant qu’ils plaidaient leur cause devant le juge Peter Tetley.
L’avocat de la défense a tenté de démontrer que la femme n’était pas seulement une toxicomane, mais une participante active au trafic de drogue dont le témoignage n’était pas crédible.
Par exemple, il a tenté de lui faire admettre que certains de ses tatouages étaient liés à des gangs. Bien que le juge Tetley ait rejeté l’objection de la partie adverse, il s’est demandé si la série de questions de la défense concernant les tatouages risquait de nuire à la crédibilité de la femme.
«Je ne suis tout simplement pas certain de suivre le fil de l’interrogatoire», a dit le juge, ajoutant qu’en l’état actuel des choses, la femme n’a pas de casier judiciaire et n’a encore fait l’objet d’aucun procès pour les accusations liées à la drogue.
Interrogée, la femme a nié que l’un de ses tatouages soit lié à un gang. Elle a toutefois admis qu’elle s’était peut-être trompée sur certaines dates, ajoutant qu’elle n’était pas certaine d’avoir pratiqué une fellation sur Morgan le 16 mai 2025 ou le 17 mai.
«L’un des deux jours», a-t-elle dit, précisant qu’elle était certaine d’avoir subi une pénétration digitale le 17 mai.
«Vous n’avez pas vraiment de souvenirs de ce qui s’est passé», a répliqué l’avocat de la défense, Michael Moon.
«Je me souviens que cela s’est produit, mais pas exactement quand», a répondu la femme.
La procureure s’est de nouveau opposée à cette ligne de questionnement, faisant valoir que certaines des informations qu’il cherchait à obtenir étaient protégées par le secret médical.
Lorsque cette question a été résolue, la journée touchait à sa fin. Le procès reprendra jeudi matin. Il devrait durer trois semaines.
À Algoma, les victimes d’agression sexuelle peuvent obtenir de l’aide auprès de Victim Services Algoma. Toute personne en danger immédiat doit composer le 911.
Si vous ou une personne de votre entourage êtes aux prises avec une agression sexuelle ou un traumatisme, les ressources suivantes sont disponibles pour soutenir les personnes en situation de crise :
- Le site Web de l’Association canadienne des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle propose une liste exhaustive des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle au Canada qui offrent de l’information, de la défense des droits et des services de counseling.
- Le site Web de l’Association canadienne pour mettre fin à la violence propose des liens vers des lignes d’aide, des services de soutien et des centres partout au Canada qui offrent des trousses d’intervention en cas d’agression sexuelle.
- Lignes d’urgence de la Société des survivants des pensionnats indiens : +1 866 925 4419 ou +1 800 721 0066 (24 h/24, 7 jours/semaine)
- Centre d’aide aux victimes de viol de Toronto ligne d’urgence : +1 416 597 8808 (24 h/24, 7 jours sur 7)
- Ligne d’assistance canadienne contre la traite des personnes : +1 833 900 1010 (24 h/24, 7 jours sur 7)
- Trans Lifeline : +1 877 330 6366
- Ligne d’aide en cas de crise liée au suicide : composez le 988 ou envoyez un texto (24 h/24, 7 jours sur 7)
- Centre de soutien et de ressources en matière d’inconduite sexuelle destiné aux membres actuels et anciens des Forces armées canadiennes : +1 844 750 1648
- Renseignez-vous sur vos droits en tant que victime sur le site Web du Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes.

