Justice

L’exhumation du corps d’un bébé autochtone autorisée par la Cour Supérieure

«C’est vraiment là que ça va se faire le deuil.»

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Exhumation du corps de Laureanna Echaquan: la décision prise en délibéré par la Cour supérieure La famille de Laureanna Echaquan, un bébé atikamekw, originaire de Manawan admis à l’ancien hôpital de Joliette en 1973. était devant la Cour supérieure jeudi pour une audience concernant l'exhumation du corps du bambin qui n'est jamais revenu à la maison.

La famille de Laureanna Echaquan est passée par toute la gamme d’émotion alors qu’elle se trouvait dans la Cour supérieure du Québec à Joliette afin de demander l’autorisation d’exhumer le corps du bambin.

Après avoir pris la décision en délibéré, la juge Chantal Chatelain a finalement autorisé vendredi l’exhumation du corps, au grand soulagement de sa famille.

L’avocate de la famille, Me Olivia Malenfant, a déclaré que cette autorisation marque «une étape déterminante dans la quête de justice et de vérité de la famille, mais il ne s’agit certainement pas de la dernière».

«Ce jugement n’est qu’un commencement: la recherche de réponses constitue la première étape vers une véritable guérison», indique-t-elle.

L’exhumation doit commencer le 8 juin et s’échelonner sur trois semaines. Au moins quatre sites ont été ciblés. L’un d’entre eux correspond au souvenir des parents et qui a été identifié aussi par les chiens spécialisés.

La famille espère qu’il s’agit bel et bien de la dépouille de Laureanna pour pouvoir la ramener, enfin, au cimetière de la communauté.

«C’est vraiment là que ça va se faire le deuil.»

—  Evelyne Echaquan, soeur de Laureanna

Laureanna, un bébé atikamekw originaire de Manawan, a été admis à l’ancien hôpital de Joliette, dans Lanaudière, afin d’y soigner une pneumonie à la fin de l’été 1973. Elle n’est jamais rentrée à la maison.

Vivianne Echaquan-Niquay, la grande sœur de Laureanna, s’est adressée à la juge en Atikamekw. Elle a raconté l’histoire de sa petite sœur et la façon dont ses parents ont tenu dans l’ignorance de ce qui était arrivé à leur bébé. C’est elle qui est à la tête des recherches.

«Pour moi, le bout, c’est quand on va la ramener à la maison, au cimetière, dans notre communauté», a-t-elle dit.

Evelyne Echaquan, la sœur du bébé, a indiqué jeudi à Noovo Info que son but était de ramener la petite fille «à la maison, avec nos parents».

C’est plusieurs semaines après son hospitalisation, en octobre, que les parents de Laureanna - aujourd’hui décédés - ont été avisés de sa mort. Les parents endeuillés n’ont jamais pu identifier officiellement le corps de leur bébé.

«C’est un traitement qu’elle n’aurait jamais dû subir. Aujourd’hui, on est devant le tribunal pour tenter de rectifier cette situation-là, pouvoir lui donner justice.»

—  Me Olivia Malenfant, avocate de la famille

«Lorsque ma mère a vu le corps de son enfant, le bébé était grand et gros. Elle disait que ce n’était pas son bébé», avait témoigné Viviane Echaquan-Niquay, la sœur de Laureanna, auprès de Noovo Info en 2024.

Dès lors s’est enclenchée une lutte pour découvrir ce qui était réellement arrivé à Laureanna. Où était-elle?

Les recherches de la famille Echaquan sur le sort de la petite Laureanna ont pris un tournant lorsqu’elle a enfin pu avoir accès à des documents importants, notamment via la loi 79, comme le certificat de naissance de l’enfant, son acte de décès et son dossier médical.

En feuillant les différents papiers, la famille de Laureanna a vite constaté des anomalies dans les documents liés au décès du bébé en 1973: le certificat de décès de l’état civil indiquait la date du 28 octobre alors que celui du presbytère de Manawan indiquait le 27 octobre et celui de l’autopsie, avec la date et l’heure du décès, est daté du 30 octobre 1973.

En 2024, après des années de recherches, la famille Echaquan a annoncé qu’elle mènerait des fouilles, avec des archéologues, sur une terre adjacente à un cimetière de Joliette – terrain qui accueille notamment un terrain de soccer. Quatre endroits ont été ciblés pour retrouver la petite fille.

«Ma mère m’a dit qu’elle avait été enterrée ici. C’était un champ de maïs avant», a déjà confié Viviane Echaquan-Niquay.

Sur les traces de plus de 230 enfants

La famille Echaquan n’est pas la seule à s’être lancée dans cette quête de vérité.

Selon Mme Ruperthouse, Awacak serait sur les traces de quelque 230 enfants autochtones qui ne sont jamais rentrés d’un séjour à l’hôpital entre 1940 et 1980.

L’exhumation de Laureanna Echaquan serait la cinquième depuis l’adoption de la loi 79. D’autres familles ont l’intention d’aller de l’avant.

D’autres exhumations à venir

Les oncles de Laureanna, Jean-Paul et Robert Echaquan mentionnent aussi le désir d’aller de l’avant avec une demande d’exhumation du corps de leur sœur, enterrée à Québec.

«Je me souviens de ma mère qui attendait le retour de ma sœur. Elle courait sur le bord du Lac lorsqu’elle entendait l’avion pour voir si on lui ramenait sa fille. C’est beaucoup de douleur», a confié Robert Echaquan.