Le ministère américain de la Justice a publié des milliers de documents liés au financier déchu Jeffrey Epstein, mais les experts affirment qu’il «ralentit» un processus que le Congrès américain lui a explicitement ordonné d’achever il y a plusieurs semaines.
«La version officielle du ministère de la Justice est qu’il est en train de caviarder les dossiers afin de protéger l’identité des victimes», a affirmé Rob Goodman, professeur associé de politique et d’administration publique à l’Université métropolitaine de Toronto, lors d’une entrevue accordée mardi à CTV Your Morning. «Mais ce n’est pas vraiment une position que les victimes elles-mêmes acceptent.»
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Selon M. Goodman, ce délai était plus probablement d’ordre politique que procédural.
«L’une des raisons pour lesquelles le ministère de la Justice prend autant de temps... est qu’il a le sentiment de travailler pour le président (américain) (Donald Trump)», a-t-il avancé. «Pam Bondi, la procureure générale... est essentiellement l’avocate personnelle du président, et je pense qu’elle et les autres membres du ministère de la Justice considèrent qu’il est de leur devoir de protéger le président et le parti contre tout ce que ces dossiers pourraient contenir.»
En janvier 2026, le ministère américain de la Justice avait publié environ 12 000 documents sur les plus de deux millions qu’il dit détenir. Parmi ceux-ci figurent des photographies d’Epstein avec des personnalités de premier plan telles que Trump, l’ancien président américain Bill Clinton et Andrew Mountbatten Windsor, anciennement connu sous le nom de prince Andrew.
Cela représente moins de 1% du matériel total, et les documents publiés jusqu’à présent ont été largement expurgés et ne contiennent que peu de nouvelles révélations substantielles.

En novembre 2025, le Congrès a adopté la loi Epstein Files Transparency Act avec un soutien bipartite écrasant, et Trump l’a promulguée.
Cette loi obligeait le ministère de la Justice à rendre publics tous les dossiers d’enquête non classifiés liés à Epstein et à ses associés dans un délai de 30 jours, fixant la date limite au 19 décembre 2025.
«Ce qui est révélateur, c’est que cette loi initiale a été adoptée malgré les objections du président», a rapporté le professeur Rob Goodman. «À l’origine, il a fallu quelques défections au sein du Parti républicain pour en arriver là, ce qui suggère qu’il y a une certaine pression politique derrière la publication de ces dossiers.»
La loi exigeait également que le ministère fournisse une liste non expurgée des fonctionnaires et des personnes politiquement exposées cités dans les dossiers.
Cette liste n’a pas été publiée.

M. Goodman a indiqué que le Congrès dispose techniquement des outils nécessaires pour tenter d’imposer le respect de la loi, mais que le problème plus profond réside dans son application.
«Étant donné que les avocats du ministère de la Justice ont été accusés d’avoir manipulé les juges fédéraux lors d’une audience publique, il semble peu probable que le ministère de la Justice soit très désireux de se conformer à la loi», a-t-il dit.
Il a ajouté que les conséquences de ce délai seraient plus politiques que juridiques.
«Je me méfie vraiment de l’idée que des événements tels que la demande de Trump d’annexer le Groenland ou l’utilisation par Trump des troupes fédérales [...] dans une campagne de terreur à Minneapolis détournent en quelque sorte l’attention de la vérité sous-jacente des dossiers Epstein», a soutenu Rob Goodman. «Ce à quoi nous assistons actuellement, c’est un système politique en proie à une crise profonde.»

