La naturopathe Kadeja Lefebvre, qui était poursuivie par le Collège des médecins en lien avec le décès d’Amélie Champagne, a été reconnue coupable d’avoir pratiqué illégalement la médecine.
Une entente est survenue entre les deux parties. Mme Lefebvre a donc été reconnue coupable de trois des 11 chefs accusations déposés devant la Cour Québec. Les autres ont été retirés.
Mme Lefebvre a diagnostiqué une maladie ou des maladies sur Amélie Champagne - dont les initiales sont A.C. dans la poursuite - et prescrit des médicaments ou substances alors qu’elle n’était pas titulaire d’un permis du Collège des médecins le 24 février 2022.
Après avoir fait la consultation, elle lui a proposé un «plan de traitement en lien avec la maladie de Lyme, qui inclut notamment une diète alimentaire spécifique et plusieurs produits de naturopathie».
«Mme A.C. a entamé le traitement de naturopathie conseillé, lequel lui a causé plusieurs effets indésirables.»
— Extrait de l'exposé conjoint des faits
La naturopathe a également été reconnue coupable pour avoir diagnostiqué des maladies lors d’une consultation avec une autre personne - dont les initiales sont J.M. dans la poursuite - le 5 novembre 2024, alors qu’elle n’était pas inscrite au tableau du Collège des médecins.
Le patient se plaignait de «douleurs abdominales, de diarrhées fréquentes, de fièvre, de maux de tête, de douleurs aux articulations et de crampes aux jambes la nuit», rapporte-t-on dans l’exposé des faits.
Mme Lefebreve lui a donc diagnostiqué «un possible déficit en vitamine COQ-10 en lien avec la prise de sa médication Atorvastatin, une possible infection bactérienne et/ou parasitaire et une chute de pression orthostatique pour lesquelles elle le réfère à son médecin traitant». En plus de lui prescrire des capsules d’enzymes, elle lui a fait des recommandations alimentaires et sur la prise de produits naturels.
Mme Lefebvre a donc été condamnée à une amende de 5000$ pour chaque accusation, soit un total de 18 750$ sans les frais judiciaires à payer d’ici un an, après avoir plaidé coupable.
Le cas d’Amélie Champagne
Amélie Champagne, âgée de 22 ans, s’est enlevée la vie en septembre 2022 après avoir souffert d’une dépression majeure causée par des symptômes qui s’apparentaient à ceux de la maladie de Lyme depuis plusieurs années. Suivant son décès, une enquête publique a été ouverte et la coroner Me Julie-Kim Godin a émis 19 recommandations en septembre 2024.
Alors que la coroner ne s’était pas prononcé sur son diagnostic, elle a affirmé que son décès a été causé par un «polytraumatisme contondant consécutif à une précipitation dans le vide»
Mme Champagne était décrite par ses proches comme «comme étant une jeune femme qui était autrefois rayonnante, extravertie et appréciée de tous». Mais la qualité de sa vie a commencé à se détériorer à l’adolescence alors qu’elle commence à «présenter des symptômes variés, tant au point de vue physique que mentaux, qui ont progressé jusqu’à l’âge adulte».
«À plusieurs périodes de sa vie, tant durant l’enfance qu’à l’âge adulte, elle s’imaginait des scénarios catastrophiques et tragiques, qui la bouleversaient», pouvait-on lire dans le rapport de la coroner.
La lourdeur des symptômes a mené à la jeune femme à être de moins en moins fonctionnelle. C’est environ à ce moment qu’elle a commencé à s’intéresser à la maladie de Lyme. Elle aura fait des recherches pendant des années.
Malgré les nombreuses consultations chez les médecins, elle n’a jamais trouvé vraiment de solutions aux symptômes qui l’ont affligé depuis des années. À la fin de l’été 2022, la jeune femme était convaincue que «personne ne pouvait l’aider» et ne «savait plus vers qui se tourner».
La maladie de Lyme concernée dans les recommandations
Dans son rapport, Me Godin a émis au moins neuf recommandations au Ministère de la Santé, à qui l’on a demandé de «développer des trajectoires de soins performantes afin de permettre aux usagers ayant un diagnostic soupçonné ou avéré de maladie de Lyme d’avoir accès en temps opportun à une prise en charge diagnostique et thérapeutique.»
Me Godin a estimé aussi que le Ministère devrait aussi «élargir et harmoniser le mandat et les critères d’admission au réseau de cliniques spécialisées afin que les patients pour qui un diagnostic de maladie de Lyme est soupçonné ou avéré puissent être facilement et promptement pris en charge.»
Parmi les autres recommandations, elle a demandé au Collège des médecins du Québec, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et l’Association des médecins microbiologistes et infectiologues du Québec de «sensibiliser et former davantage leurs membres aux enjeux psychologiques rencontrés par les patients ayant un diagnostic soupçonné ou avéré de diagnostic de maladie de Lyme [...]».
Un ordre professionnel qui n’existe pas
En réaction à l’entente, l’Association des naturopathes agrées du Québec a déploré le fait qu’il n’existe pas d’ordre professionnel qui encadre la profession.
«La naturopathie est encadrée par les cinq provinces à l’ouest de nous et il y a une forme d’encadrement en Nouvelle-Écosse», a indiqué Dino Halikas, président de l’organisme. Il a également ajouté qu’il existe certaines balises dans des États américains.
«On ne demande pas mieux que d’être encadrés et balisés», soutient M. Halikas.
Selon lui, des mesures pourraient permettre que la profession ne soit pas pratiquée par n’importe qui.
Avec des informations de Julien Denis, de Marie-Pier Boucher et de Guillaume Théroux pour Noovo Info
Note de la rédaction: la version initiale de cet article indiquait que le montant total à payer par Kadeja Lefebvre était de 15 000$ alors qu’en réalité elle a été condamnée à payer 18 750 $ sans les frais judiciaires. Elle aurait pu être condamnée à un montant total de 22 500 $ si elle avait été condamnée au paiement des frais de justice. Pour plus d’information, consultez les normes éditoriales de Noovo Info.

