OTTAWA — Une juge ontarienne a rejeté la demande de Tamara Lich, l'une des principales organisatrices de la manifestation dite du «Convoi de la liberté» de 2022 à Ottawa, qui souhaitait se rendre à l'étranger dans le cadre de son travail pour Rebel News.
En octobre, Mme Lich a été reconnue coupable de méfait pour son rôle dans cette manifestation de grande ampleur qui a bloqué le centre-ville d’Ottawa, aux abords de la Colline du Parlement, pendant près d’un mois.
Elle a été condamnée à 12 mois d’assignation à résidence, assortie d’un couvre-feu, ainsi qu’à 100 heures de travaux d’intérêt général.
En juillet, Mme Lich a demandé au tribunal l’autorisation de voyager à l’étranger afin de faciliter son travail au sein de Rebel News.
Ce travail comprendrait une entrevue en Arizona pour un documentaire, une future tournée de promotion de son livre et des interventions publiques, ainsi qu’une croisière dans les Caraïbes organisée par Rebel, qui sert de collecte de fonds annuelle pour l’organisation.
La juge Heather Perkins-McVey, de la Cour de l’Ontario, a noté dans sa décision que Mme Lich avait respecté les conditions de sa peine jusqu’à présent, mais a précisé que les circonstances concrètes de sa situation n’avaient pas changé.
La magistrate a souligné qu’il était important de noter que Mme Lich avait été condamnée à une peine d’emprisonnement, mais que le tribunal lui avait permis de purger cette peine en milieu communautaire sous le régime de l’assignation à résidence.
«À mon sens, la question est de savoir si l’octroi de la modification proposée porterait atteinte au caractère punitif et dénonciateur de la peine, que le tribunal a jugé nécessaire compte tenu des conclusions de fait, de l’ampleur des méfaits et de leurs répercussions sur les habitants du centre-ville d’Ottawa», a déclaré Mme Perkins-McVey.
La juge a également indiqué que si Mme Lich venait à enfreindre les conditions de ses déplacements à l’étranger, cela soulèverait des questions juridiques quant à la compétence du tribunal et à sa capacité à faire respecter la décision.
L'avocat de Tamara Lich, Lawrence Greenspon, a déclaré que cette décision était «très réfléchie» et qu'elle laissait la porte ouverte à Mme Lich pour qu'elle puisse continuer à voyager à l'intérieur du Canada. Ces déplacements avaient été suspendus après que son agent de surveillance eut demandé au tribunal des précisions concernant ses demandes de déplacement.
Mme Lich a obtenu du tribunal l’autorisation de se rendre hors de l’Alberta dans le cadre de son travail pour Rebel News, et s’est rendue dans d’autres provinces à 13 reprises à ce jour.
Parmi ces déplacements figurait une escale à Ottawa, où elle a assisté aux célébrations du 4 juillet à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra.
«Cette peine, telle qu’elle a été prononcée et telle qu’elle est actuellement appliquée, est, à mon sens, équitable et nous n’avons pas interjeté appel», a déclaré Me Greenspon.
L'avocat a ajouté que Mme Lich continuait de faire appel de sa condamnation.
La juge Perkins-McVey a noté dans sa décision que le lien entre Mme Lich et le «Freedom Convoy» ainsi que la notoriété dont elle jouit à la suite de son procès pour méfait font partie d’une «relation commerciale substantielle» entre elle et Rebel, qui commercialise des produits en utilisant son nom et son image.
Son premier livre retrace son expérience de la manifestation et elle a l’intention d’en publier une suite.
«Une part importante du voyage envisagé concerne la promotion de l’image publique de Mme Lich, de ses livres, de ses commentaires et de ses apparitions liées aux poursuites, à la condamnation et à la peine avec sursis dans le cadre du “Convoi de la liberté”», a déclaré la juge dans sa décision.
Mme Perkins-McVey a également précisé que cette décision ne reposait pas sur une quelconque désapprobation des opinions de Rebel News et a ajouté que Tamara Lich était libre de s’exprimer, d’écrire et de critiquer la justice.
Sarah Ritchie, La Presse Canadienne

