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Un Canadien accusé d’avoir vendu des «kits de suicide» en ligne dans plusieurs pays doit plaider coupable vendredi de 14 chefs d’accusation d’aide ou d’incitation au suicide, clôturant cette affaire qui a ébranlé l’opinion publique.
Âgé de 60 ans, Kenneth Law aurait géré plusieurs forums en ligne sur lesquels il prodiguait à de jeunes personnes en détresse des conseils pour se suicider.
Cet ancien cuisinier est aussi accusé d’avoir expédié des centaines de colis contenant du nitrite de sodium, une substance légale pouvant être létale à partir de certaines doses.
Les accusations de meurtre ont pour leur part été abandonnées par les procureurs canadiens, ce qui a exacerbé la colère des familles endeuillées.
Kim Prosser, dont le fils Ashtyn s’est donné la mort en mars 2023, a déclaré à l’AFP avoir été informée de l’intention de Kenneth Law de plaider coupable d’aide au suicide, tout comme de l’abandon des accusations de meurtre.
Cette mère de famille témoigne de la terrible douleur causée par la mort de son fils, intervenue quelques semaines à peine avant l’arrestation de Kenneth Law.
Tout en reconnaissant la colère d’autres familles que Law ne soit pas jugé pour meurtre, Kim Prosser, qui sera aussi présente vendredi au tribunal de Newmarket, au nord de Toronto, affirme ne pas partager ce sentiment.
«Être au tribunal vendredi et m’asseoir là… c’est le début d’un nouveau chapitre dans ce processus de guérison», affirme Kim Prosser, qui exerce désormais dans le domaine du coaching holistique et du bien-être.
Thomas, le fils de David Parfett, avait quant à lui 22 ans quand il s’est suicidé en 2021 avec un poison qui aurait été fourni par Kenneth Law.
Originaire du Royaume-Uni, où une centaine de suicides sont potentiellement liés aux forums, Thomas ne fait pas partie des 14 cas canadiens.
«Pour moi, c’est un meurtre»
Son père, qui estime que les autorités canadiennes ont manqué une occasion d’établir la gravité des actes de Kenneth Law, milite désormais pour une législation plus stricte quant à ces forums en ligne.
«Si Kenneth Law n’avait pas donné d’instructions détaillées sur la manière de se suicider, mon fils serait probablement encore en vie. Donc, pour moi, c’est un meurtre», a déclaré à l’AFP David Parfett.
Leonardo Bedoya, dont la fille de 18 ans, Jeshennia Bedoya Lopez, est décédée en 2022 avec l’aide supposée de Kenneth Law, s’est déclaré à la chaîne canadienne CTV très en colère des charges retenues contre l’ancien cuisinier.
«C’est un assassin. Un tueur en série. Ils devraient le traiter comme un meurtrier», a-t-il ajouté.
Robert Currie, professeur de droit à l’Université Dalhousie, a déclaré à l’AFP que les procureurs qui souhaitaient juger Kenneth Law pour meurtre se sont heurtés à un «vide» juridique.
En droit canadien, il n’est pas clairement établi si «le meurtre est une infraction distincte de l’incitation au suicide, ou si un même comportement peut constituer ces deux infractions», a-t-il précisé.
Les magistrats de la Cour suprême du Canada, qui auraient pu se prononcer sur ce point, «ont refusé de clarifier» la question, a ajouté le professeur de droit.
Selon les experts, Kenneth Law risque une condamnation de 10 à 20 ans de prison au Canada, en fonction du régime de peines — simultanées ou successives — qui sera déterminé lors d’une audience ultérieure.
«Compte tenu de la nature odieuse de ce crime, je serais surpris que Kenneth Law n’écope pas d’une peine assez lourde», affirme Robert Currie.
L’accusé pourrait en outre faire l’objet de poursuites judiciaires dans d’autres pays, alors qu’une extradition vers le Royaume-Uni reste possible.
