Quatre femmes qui ont témoigné devant la police française dans l’affaire Epstein ont dénoncé mercredi les violations de leur vie privée dont elles accusent le journaliste Frédéric Ploquin concernant des extraits de leurs dépositions sans leur consentement.
Epstein, les secrets de la filière française est paru mi-mai aux éditions Nouveau Monde. L’ouvrage se penche notamment sur les agissements d’Epstein, décédé en prison en 2019, et de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins mis en examen en France (inculpé) pour viol sur mineurs, qui s’est suicidé en détention en 2022.
Une enquête judiciaire est toujours en cours en France sur l’affaire Epstein, notamment pour identifier ceux qui auraient pu lui permettre de faciliter ses crimes.
L’ouvrage «reproduit, décrit ou relate avec une précision insoutenable des éléments issus de leurs auditions (…) : leurs prénoms, le détail des violences sexuelles subies, l’intimité de leurs récits, parfois jusqu’aux mots de leur souffrance», a dénoncé l’avocate Me Anne-Claire Lejeune, qui représente ces quatre victimes, dans un communiqué transmis à l’AFP.
«Rien ne saurait justifier qu’une victime revive publiquement ce qu’elle a confié à la justice dans le secret d’une procédure pénale. Rien ne saurait autoriser que la douleur devienne matière éditoriale», poursuit-elle. Elle lui reproche de ne pas avoir «sollicité leur consentement» ni «pris le soin de les informer de la parution».
«Pour plusieurs victimes qui n’ont jamais communiqué pendant plus de six ans de procédure, cette découverte est un nouveau traumatisme d’autant qu’elles avaient fait le choix de ne pas en informer leurs proches», explique l’avocate, qui envisage une plainte.
«Nous avons pris le parti de publier ces témoignages pour briser l’omerta qui a si longtemps étouffé» les victimes, a répondu Frédéric Ploquin à l’AFP. «Ne rien faire revenait à contribuer à maintenir le couvercle sur ces faits odieux», explique l’auteur, qui dit avoir sollicité en vain les avocats lors de l’écriture du livre.
Il précise avoir voulu changer les prénoms de toutes les victimes, sauf deux d’entre elles qui s’étaient déjà exprimées dans d’autres médias. Il plaide une possible erreur de sa part concernant les deux autres victimes.
«En leur assurant qu’elles se trompent de cible en s’en prenant au messager plutôt qu’à leur bourreau, nous assurons toutes les victimes de notre solidarité et nous engageons à poursuivre à leur côté le combat contre le mur du silence», a-t-il ajouté.
«Nous sommes désolés», si des victimes ont pu se sentir blessées, a déclaré l’éditeur Yannick Dehée à l’AFP, assurant qu’il n’y avait «pas de voyeurisme dans la démarche».
