Des dizaines de témoignages de présumée victime de violences sexuelles s’ajoutent dans le dossier de l’action collective contre l’Archidiocèse de Sherbrooke, dont le procès doit commencer en mars prochain.
Ce sont 27 témoignages anticipés supplémentaires qui ont été déposés dernièrement. «C’est beaucoup», a constaté Me Pierre Boivin en entrevue avec Noovo Info. Selon son analyse de la situation, l’avocat expert en actions collectives croit que cela va augmenter le délai de traitement de la demande.
«Je ne sais pas le temps qui a été anticipé pour ce procès, mais [...] on peut certainement s’attendre à un procès de plusieurs mois», a dit Me Boivin.
Dans la requête, on relate des événements survenus principalement dans les églises et les presbytères de l’archidiocèse, mais aussi dans des écoles où enseignaient les abbés et même dans les domiciles des présumées victimes, alors que les religieux avaient gagné la confiance des parents.
Un total de 21 abbés sont nommés dans ces témoignages anticipés. Les événements rapportés se sont déroulés entre 1948 et 2018.
Certaines des présumées victimes, dont les témoignages sont anonymes, ont aussi peu que 8 ans au moment des agressions. Certaines auraient été agressées des centaines de fois.
Plusieurs abbés sont nommés dans plus d’un témoignage et des victimes auraient été agressées par plus d’un abbé.
Dans plusieurs cas, on lit que les agressions auraient été rapportées à d’autres membres du clergé sans que des mesures soient prises.
S’il va de l’avant, ce procès sera historique, puisque c’est la première fois qu’une telle action collective contre l’Église ne se règle pas hors cour.
«Il y a eu une action collective visant des victimes d’agressions sexuelles qui est allée à procès, mais ça visait un ordre religieux: le dossier des Rédemptoristes», rappelle Me Boivin. «Mais contre un diocèse ici au Québec […] ca va être le premier.»
En tout, ce sont plus d’une centaine de personnes qui se sont jointes à l’action collective autorisée en mai 2023 par la Cour supérieure du Québec et plus de 50 membres de l’archidiocèse qui sont visés.
Me Boivin est d’avis qu’il est normalement plus «avantageux» de régler ce genre de dossier hors cour.
«Pour les victimes, faire un procès, c’est extrêmement difficile, parce qu’elles doivent venir à la Cour témoigner de choses qu’elles ont tenté d’oublier, d’enfouir au plus profond d’elles-mêmes.»
— Me Pierre Boivin, avocat expert en actions collectives
L’avocat émet donc l’hypothèse qu’un règlement pourrait être conclu, même si cela devait être fait à la dernière minute.
«Je ne serais pas surpris d’apprendre avant le procès qu’il y a eu un règlement», dit Me Boivin. «Je le souhaite pour les victimes.»
Les personnes qui ont vécu des violences sexuelles d’un membre de l’archidiocèse de Sherbrooke peuvent toujours s’inscrire de façon confidentielle et gratuite à l’action collective .
Avec la collaboration de Guillaume Théroux pour Noovo Info.
