Les procureurs de New York ont annoncé jeudi qu’ils allaient abandonner les poursuites pour viol à l’encontre d’Harvey Weinstein, plutôt que de juger l’ancien magnat du cinéma pour la quatrième fois dans cette affaire qui s’inscrit dans le contexte du mouvement #MeToo.
Weinstein reste condamné pour un autre crime sexuel à New York et pour d’autres en Californie, et il est toujours derrière les barreaux. L’accusation de viol à New York était cependant restée en suspens après l’annulation d’une condamnation suivie de deux jurys qui n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord.
Le producteur oscarisé nie toutes les accusations.
L’accusation portait sur une allégation selon laquelle il aurait violé la coiffeuse et actrice Jessica Mann dans un hôtel de Manhattan en 2013.
Jessica Mann a témoigné qu’elle avait également entretenu par intermittence une relation consensuelle avec Weinstein, qui était marié à l’époque.
Mais elle a déclaré aux jurés qu’elle avait tenté à plusieurs reprises de partir et qu’elle avait refusé toute relation sexuelle alors qu’il la coinçait dans une chambre d’hôtel. Elle a expliqué qu’il avait insisté, exigeant qu’elle se déshabille et lui saisissant les bras, jusqu’à ce qu’elle ait peur de continuer à protester.
«Après mûre réflexion, j’ai choisi de ne pas engager de quatrième procès contre Harvey Weinstein, a écrit Jessica Mann dans une lettre que le procureur a lue à la cour. Il m’est apparu clairement, lors de ce dernier procès, que je ne pouvais plus supporter de revivre tout cela.»
Ce dernier procès a visiblement mis à rude épreuve Mme Mann, âgée de 40 ans, qui a témoigné pendant 5 jours et a été interrogée pour la première fois au sujet d’une note, semblable à un journal intime, qu’elle avait rédigée 2 jours après le viol présumé. Elle n’y mentionnait pas les faits. À un moment dans son témoignage, Mme Mann a indiqué avoir du mal à se concentrer, ce qui a conduit la cour à lever la séance plus tôt que prévu.
Weinstein, âgé de 74 ans, a quant à lui signalé des douleurs thoraciques pendant les délibérations, ce qui a entraîné une nouvelle interruption prématurée de l’audience.
La procureure Nicole Blumberg a déclaré jeudi que les procureurs croyaient Mme Mann et saluaient son «courage, sa force, sa détermination et l’inspiration qu’elle représente» pour d’autres survivantes, mais que, compte tenu de ses sentiments vis-à-vis de la poursuite de la procédure, «un non-lieu est approprié».
Weinstein était l’une des figures les plus puissantes de l’industrie cinématographique, producteur de films emblématiques, tels que «Shakespeare et Juliette», «Fiction pulpeuse» (Pulp Fiction) et «Chocolat».
Puis, en 2017, une série d’allégations d’inconduite sexuelle à son encontre a été rendue publique, alimentant le mouvement #MeToo en faveur de la responsabilisation et conduisant finalement à des poursuites pénales.
Weinstein a été condamné en 2020 pour le viol de Mme Mann. Une cour d’appel a ensuite infirmé ce verdict pour des raisons sans rapport avec son témoignage. Les délibérations du jury ont abouti à une impasse lors d’un nouveau procès en 2025, et les jurés se sont à nouveau retrouvés dans une impasse lors d’un procès ce printemps.
Dans cette affaire, l’accusation de viol correspondait à un délit de moindre gravité passible d’une peine pouvant aller jusqu’à quatre ans de prison — une peine inférieure à la durée que Weinstein a déjà purgée. Il encourt des peines nettement plus longues pour les autres chefs d’accusation d’agressions sexuelles qui ont donné lieu à des condamnations à New York et à Los Angeles.
Weinstein n’a témoigné lors d’aucun de ces procès, bien qu’il se soit plaint, pendant et après le procès new-yorkais de 2025, que celui-ci était inéquitable. Le juge n’était pas de cet avis.
Ses avocats ont toujours soutenu que toutes les plaignantes, qui cherchaient à percer dans le monde du spectacle, avaient eu des relations sexuelles entièrement consenties avec un patron de studio de cinéma qui pouvait les aider.
Weinstein lui-même a déclaré qu’il avait «mal agi, mais qu’il n’avait jamais agressé personne».
L’Associated Press ne divulgue pas l’identité des personnes qui affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles, à moins qu’elles ne choisissent d’être nommées, comme l’a fait Jessica Mann.
