Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont tenu dimanche à Kyiv des entretiens «encourageants» lors de leur première visite officielle en Ukraine, dans le cadre d’une nouvelle initiative visant à mettre fin à plus de quatre ans et demi d’invasion à grande échelle menée par la Russie.
Ce déplacement des Américains survient à la suite d’une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou samedi, alors que les deux camps ont intensifié leurs attaques aériennes. Les efforts de Washington pour mettre fin aux combats ont perdu de leur élan, l’administration Trump s’étant concentrée ces six derniers mois sur la guerre contre l’Iran.
La Russie utilise depuis peu des drones à réaction très rapides, et le hurlement récurrent des sirènes d’alerte aérienne fait désormais partie du quotidien à Kyiv. Les troupes peinent à progresser le long de la ligne de front de 1250 kilomètres.
À l’issue de deux cycles de discussions avec les responsables américains, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a soutenu que l’objectif était une «paix juste et équitable» qui garantirait qu’il n’y ait «jamais l’occasion de reprendre l’agression contre l’Ukraine».
Il a également remercié les négociateurs américains, qui ont fait le voyage en train, d’être venus à Kyiv, leur première visite en Ukraine. M. Zelensky a indiqué que la prochaine série de pourparlers, prévue plus tard dans la journée de dimanche, réunirait les conseillers à la sécurité nationale du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne.
«Nous avons eu des discussions très constructives, de fond et importantes, et nous en tirons un grand encouragement», a fait valoir M. Witkoff.
M. Kushner a affirmé que le président Donald Trump estimait qu’il était important «non seulement de déterminer comment mettre fin à la guerre actuelle», mais aussi comment créer les conditions d’une paix durable.
Un haut responsable ukrainien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, car il n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement, a précisé qu’une grande partie des discussions avait porté sur «la manière de passer l’hiver et ce qui peut être fait d’ici là».
Pas de percée à Moscou
La réunion à huis clos de samedi à Moscou a duré plus de trois heures et s’est achevée sans annonce de percée majeure. Le conseiller en politique étrangère de Vladimir Poutine, Youri Ouchakov, l’a qualifiée par la suite de constructive, franche et utile, sans toutefois évoquer de résultats concrets.
Si Moscou a présenté son «évaluation exhaustive» de la situation sur le champ de bataille en Ukraine, a précisé M. Ouchakov, les discussions ne se sont pas uniquement concentrées sur la guerre en Ukraine.
«Les questions économiques et les projets communs potentiellement d’envergure et mutuellement bénéfiques pour la Russie et les États-Unis ont été abordés de manière très détaillée», a-t-il déclaré.
La Russie et l’Ukraine continuent d’échanger des tirs
Les présidents Poutine et Zelensky avaient convenu de suspendre les frappes sur leurs capitales respectives pendant la durée des pourparlers avec les émissaires américains. Pourtant, les deux camps ont échangé des tirs dans la nuit de samedi à dimanche, ont indiqué des responsables.
Les attaques russes menées dans plusieurs régions ukrainiennes ont fait un mort et au moins dix blessés dans la nuit de samedi à dimanche, a indiqué le Service national des situations d’urgence ukrainien.
À Zaporijia, des frappes de drones ont tué un homme de 74 ans et blessé trois personnes, tandis qu’un drone a endommagé un immeuble à logements, blessant sept personnes, dans la région de Khmelnytskyï.
L’armée de l’air ukrainienne a déclaré dimanche avoir intercepté 82 drones sur les 108 lancés par la Russie dans la nuit, ainsi que six missiles.
En Russie, un homme a été tué et une femme gravement blessée lorsqu’un drone ukrainien a frappé un véhicule, ont indiqué les autorités locales de la région frontalière de Belgorod.
Le ministère russe de la Défense a indiqué dimanche que ses défenses aériennes avaient abattu, au cours de la nuit, 258 drones ukrainiens au-dessus de 14 régions russes, de la Crimée occupée et des eaux de la mer Noire et de la mer d’Azov.
Espoirs mitigés sur le terrain
Dimanche à Kyiv, des dizaines de personnes se sont rassemblées pour observer à 9 heures une minute de silence nationale en hommage aux soldats ukrainiens tombés au combat, un rituel quotidien organisé dans toutes les villes du pays.
Parmi eux se trouvait Natalia Lipei, âgée de 67 ans, dont le fils Viktor a été tué en décembre 2022. Malgré des problèmes de santé, elle a voyagé de ville en ville pour y participer, et elle a déclaré espérer que les pourparlers à Moscou et à Kyiv mettront enfin un terme à la guerre.
«J’espère que ces initiatives et ces rencontres porteront définitivement leurs fruits, car il y a eu tant d’effusions de sang et tant de morts ici que nous devons mettre un terme à tout cela», a-t-elle déclaré à l’Associated Press.
Tout le monde ne partageait pas son espoir quant à ces pourparlers. Aleksandr Pastukhov, un monteur vidéo de 27 ans qui a pris part à la commémoration, se montrait sceptique quant à la capacité de la visite des émissaires à changer quoi que ce soit.
«Nous avons déjà vu des délégations comme celle-ci venir ici auparavant», a-t-il déclaré. «Nous avons connu ce soi-disant cessez-le-feu de trois jours, qui a pris fin au bout de quelques heures seulement, et maintenant, nous sommes censés croire naïvement que deux personnes vont venir et changer quelque chose.»
