Donald Trump aime batailler et bâtir. S’il est défait lors des élections de mi-mandat mardi, le président américain pourrait, dans les deux années lui restant à la Maison-Blanche, amplifier encore ses attaques contre ceux qu’il perçoit comme ses ennemis, aux États-Unis et ailleurs, tout en construisant à tour de bras.
Iran, Ukraine
Dimanche, le président américain a menacé d’abattre une «massue» sur l’Iran, alors même que le conflit est l’une des principales raisons des piètres perspectives électorales de son camp. Lundi, il a au contraire évoqué un possible accord.
Le Parti républicain pourrait perdre l’une, voire les deux chambres du Congrès au terme des législatives de mardi.
Cela ne priverait pas Donald Trump de puissants leviers en matière de politique étrangère.
Le président devrait selon les experts poursuivre son désengagement teinté d’hostilité face aux alliés traditionnels des États-Unis, en particulier en Europe, et développer sa vision d’un monde partagé en sphères d’influence.
Peu après les «midterms», il doit se rendre en Chine pour un possible sommet, déjà qualifié de «nouveau Yalta» (en référence à la conférence de février 1945 pour préparer la fin de la Seconde Guerre mondiale), avec ses homologues chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, duquel il s’est à nouveau rapproché, suscitant une inquiétude particulièrement vive en Ukraine.
Un «canard boiteux» vindicatif
Au-delà de sa réaction immédiate au verdict des urnes et d’une possible contestation, il a déjà annoncé sa tactique face à un Parlement démocrate.
Dans un entretien avec le New York Post, il a juré de mettre son veto «tout le temps» aux lois que lui enverrait le Congrès.
Et si les démocrates lancent des enquêtes contre lui? «Ils s’en prendront probablement à moi, et je m’en prendrai à eux», a menacé dans un entretien à Time le républicain, souvent accusé d’avoir instrumentalisé l’appareil judiciaire fédéral à des fins politiques. Il a aussi évoqué la possibilité de gracier préventivement ses alliés, dont Elon Musk.
«Chaque fois que Trump a été acculé, il a crié plus fort et bataillé», rappelle à l’AFP Peter Loge, expert en communication politique à la George Washington University.
Âge
Habitué à être partout l’unique premier rôle, Donald Trump ne s’accommodera sûrement pas d’être «canard boiteux» effacé - le terme («lame duck») décrit un chef d’État empêché au Congrès et démonétisé parce que hors course pour la prochaine présidentielle.
Mais à 80 ans, il pourrait se heurter aux réalités de l’âge. Le plus vieux chef d’État jamais élu aux États-Unis fera immanquablement face à des questions sur sa santé, et il ne le prendra certainement pas bien.
La semaine dernière, il a insulté un journaliste qui lui demandait s’il n’était pas «fatigué» de sillonner le pays. «Je vais parfaitement bien!», a lancé le président, dont l’agressivité envers la presse pourrait croître encore.
Le républicain a déjà indiqué qu’il réfléchissait à expulser les journalistes accrédités de l’enceinte de la Maison-Blanche.
Faiseur de rois
Les «midterms» marqueront aussi le coup d’envoi de la campagne pour la présidentielle de 2028, à laquelle Donald Trump ne peut pas se présenter, la Constitution le lui interdisant.
Mais le milliardaire, devenu célèbre pour un jeu de téléréalité qui consistait à éliminer des participants jugés peu performants en leur lançant «Vous êtes viré!», voudra certainement peser sur le choix du candidat républicain en 2028.
Il s’est jusqu’ici gardé de montrer toute préférence pour les prétendants potentiels, le plus évident étant son vice-président JD Vance.
Son influence dépendra du résultat des élections de mi-mandat. Une grande vague démocrate saperait sans doute son autorité sur un Parti républicain jusqu’ici soumis à sa volonté.
Enrichissement et bâtiment
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a vu sa fortune croître nettement, mais rejette les accusations multiples de conflit d’intérêt et de corruption.
Selon la presse, il a déjà prévu d’organiser après les élections un dîner pour de gros acheteurs de l’une de ses cryptomonnaies.
Il a aussi, récemment, commencé à menacer celles et ceux qui dans son entourage seraient tentés de profiter de leur proximité avec lui pour s’enrichir, sans l’informer ou l’inclure.
Cela peut présager d’une fin de mandat volatile, possiblement émaillée de règlements de comptes entre alliés du milliardaire.
L’ancien promoteur immobilier va aussi continuer à construire avec ardeur, pour se rappeler à l’Amérique de demain dans le marbre et les constructions monumentales.
De la même manière qu’il a imposé le chantier d’une immense salle de bal à la Maison-Blanche, il pourrait lancer, dès le 5 novembre, juste après les «midterms», la construction d’un gigantesque arc de triomphe, en dépit d’une procédure judiciaire en cours.
