Les Américains sont conviés aux urnes aujourd’hui pour les élections de mi-mandat, qui font office de référendum sur le deuxième mandat chaotique et controversé du président Donald Trump.
Le résultat détermine quel parti contrôlera le Congrès et s’il y aura un contrepoids à l’usage sans précédent que fait M. Trump de son pouvoir exécutif jusqu’à la fin de son mandat.
Le dernier discours de Trump
Lundi après-midi, M. Trump a prononcé son discours de clôture de campagne en défendant les droits de douane et les politiques de son administration.
Il a plaidé que les États-Unis connaissaient leur «meilleure» conjoncture économique de tous les temps depuis le début de son second mandat, malgré le mécontentement généralisé des électeurs face à sa gestion des enjeux économiques.
M. Trump a aussi attaqué les démocrates, qualifiant leur parti d’extrémiste et de dangereux. Il a affirmé que, selon lui, les démocrates haïssent les États-Unis.
«Nous défendrons notre pays, notre culture et notre patrimoine pour les générations à venir», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse largement consacrée à la rénovation, marquée par de nombreux incidents, du bassin réfléchissant du Lincoln Memorial à Washington.
«Nous allons le laisser tel quel. Nous allons l’améliorer et le rendre plus juste», a-t-il ajouté.
La guerre commerciale, un enjeu électoral
Les républicains ont été sur la défensive tout au long de la campagne, puisque les sondages montraient que la cote de popularité de M. Trump s’effondrait en raison de la hausse des prix de l’essence et du diesel, de l’inflation élevée et de la guerre impopulaire contre l’Iran.
Les démocrates ont aussi été confrontés à des polémiques, notamment une scission choquante au sein du parti à la dernière minute dans une course serrée au Sénat dans le Michigan. L’ancienne adversaire du candidat démocrate Abdul El-Sayed lors des primaires, Haley Stevens, a stupéfié les responsables du parti dimanche en apportant son soutien au candidat républicain, Mike Rogers.
Les sondages indiquent que les démocrates sont en voie de remporter la Chambre des représentants, où un gain net de trois sièges leur donnerait une majorité étroite.
La situation au Sénat est beaucoup moins claire. La course dans le Michigan pourrait s’avérer décisive pour les chances des démocrates d’obtenir le gain net de quatre sièges dont ils ont besoin pour obtenir la majorité.
Les démocrates pourraient faire des gains dans des États comme le Maine et l’Alaska, où la guerre commerciale impopulaire menée par M. Trump contre le Canada est devenue un enjeu électoral.
M. Trump a récemment modifié les droits de douane de 50 % sur une série de produits canadiens afin d’accorder un répit aux industries durement touchées dans l’État frontalier du Maine, où la sénatrice républicaine de longue date, Susan Collins, a été confrontée à une campagne difficile.
M. Trump a mentionné en mêlée de presse que son administration avait l’ambition de conclure un «très bon accord avec le Canada» après une discussion avec le premier ministre Mark Carney la fin de semaine dernière.
Des électeurs se sentent floués
Les sondages montrent que la principale préoccupation des électeurs est le pouvoir d’achat. De nombreux Américains sont mécontents des politiques de M. Trump qui ont fait grimper les prix à la pompe et dans les épiceries.
«Le pouvoir d’achat et les soins de santé», a tranché Steven Sherman lorsqu’on lui a demandé de citer ses priorités électorales. «Je suis diabétique de type 1. L’accès à l’insuline et aux soins de santé est essentiel», a-t-il ajouté.
Ce jeune homme de 27 ans, originaire du Michigan, travaillait pour une entreprise de logistique dans le secteur du bâtiment lorsque les droits de douane ont été appliqués pour la première fois. Il a expliqué que bon nombre de ses collègues avaient voté pour M. Trump, mais qu’ils avaient été choqués de voir les prix des matériaux monter en flèche.
Avant son retour à la Maison-Blanche, M. Trump avait promis de relancer l’économie, de réduire l’inflation et de maintenir les États-Unis à l’écart des conflits à l’étranger. C’est grâce à ces engagements qu’il a fait des gains auprès des jeunes hommes, de la communauté hispanique et des hommes noirs.
À mi-parcours de son deuxième mandat, bon nombre de ces mêmes électeurs se sentent floués.
Dylan Raford a soutenu Donald Trump en 2024 — même s’il était alors trop jeune pour voter — et a vanté les mérites du président auprès de sa famille et de ses amis. Âgé de 19 ans, il se décrit comme chef d’entreprise, entrepreneur et «grand partisan du libre marché». Il travaille dans des centres de données, qui — malgré le soutien de l’administration Trump — restent impopulaires auprès de nombreux électeurs.
Aujourd’hui, M. Raford se sent trahi. Il estime que M. Trump s’enrichit grâce à la présidence et ne parvient pas à préserver la dignité de sa fonction.
«J’aimais bien Trump. Vraiment. En tant que Noir, j’ai reçu beaucoup de haine à cause de ça», a souligné M. Raford.
«Il m’a ridiculisé. Il a donné raison à tous ces gens.»
Comme de nombreux électeurs qui ont voté pour M. Trump en 2024, M. Raford n’est pas solidement affilié à un parti. Il votera démocrate lors des élections de mi-mandat en Caroline du Sud, parce qu’il souhaite que M. Trump soit soumis à des contraintes.
Les républicains restent motivés
En Caroline du Sud, traditionnellement républicaine, la course au Sénat pour le siège anciennement occupé par Lindsey Graham s’est révélée être un champ de bataille inattendu.
De nombreux électeurs ont critiqué le soutien apporté par M. Trump à Darline Graham Nordone, candidate au siège de son défunt frère, invoquant son manque d’expérience et ses multiples faux pas pendant la campagne.
Mais une «vague bleue» n’est pas garantie. De nombreux républicains restaient motivés et organisés à l’approche du scrutin.
Jay Jamil, membre de l’Association chaldéenne des catholiques irakiens du Michigan, a assuré que sa communauté était déterminée à se mobiliser pour voter en faveur de Mike Rogers, car un républicain serait bénéfique pour les entreprises et les familles locales.
«Mike Rogers a répondu aux attentes des Chaldéens. Il les a aidés à réaliser ce qu’ils lui avaient demandé», a fait valoir M. Jamil.
Avec des informations de l’Associated Press