L’émergence aux États-Unis d’une génération d’élus progressistes, en bonne position pour les élections de mi-mandat la semaine prochaine, montre que Donald Trump n’est pas parvenu à éteindre le mouvement propalestinien, selon sa figure new-yorkaise Mahmoud Khalil.
«Le public américain est enfin en train de changer, il commence enfin à voir le Palestinien comme un être humain à part entière, à voir le mouvement palestinien comme un mouvement de libération juste, et cela me donne de l’espoir», dit-il dans un entretien à l’AFP.
Né en Syrie dans un camp de réfugiés palestiniens, il a joué un rôle de premier plan dans les manifestations sur le campus de l’université Columbia, épicentre du mouvement de protestation qui a balayé les campus américains en 2024.
Résident permanent aux États-Unis, l’homme de 31 ans a été détenu pendant près de trois mois l’an dernier par les services américains de l’immigration sans jamais être inculpé pénalement, ratant la naissance de son premier enfant.
En dépit de ce lourd tribut, il se satisfait de l’impact du mouvement sur la scène politique américaine.
Mahmoud Khalil est revenu pour la première fois mardi à l’Université de Columbia, où il avait été arrêté, pour présenter son livre «No Land to Stand On: Notes from Detention», sorti cet automne, non traduit.
«On peut constater concrètement que davantage de candidats progressistes sont élus au Congrès et à des postes de pouvoir», poursuit-il, citant le maire de New York Zohran Mamdani, élu fin 2025, et Abdul El-Sayed, candidat démocrate et musulman au Sénat dans le Michigan.
Tous deux se montrent régulièrement critiques d’Israël, en rupture avec la défense de cet allié majeur des États-Unis jusque-là prédominante tant chez les républicains que chez les démocrates.
Faire un «exemple»
M. Khalil estime que le président américain a cherché à «refroidir» le mouvement en faveur des droits des Palestiniens.
«L’administration Trump a tenté de me déshumaniser en raison de mon plaidoyer pour la Palestine (et) mon opposition au génocide à Gaza», développe-t-il. «Il était clair pour moi que cette administration voulait faire de moi un exemple, pour que les gens n’osent plus s’exprimer en faveur de la Palestine.»
Selon lui, cette stratégie s’est retournée contre Donald Trump : au lieu d’affaiblir le mouvement pro-palestinien, il l’a fait avancer «de plus de 20 ans».
«Le fait que le président des États-Unis s’en soit pris à moi, un étudiant lambda, signifie que je faisais quelque chose de bien», ajoute Mahmoud Khalil, et veut aller plus loin.
«Je pense que le travail n’est pas encore terminé, pas tant que nous ne verrons pas de réel changement, pas tant que nous ne verrons pas ce pays se désengager complètement d’Israël, et qu’Israël devienne un État paria», poursuit-il.
«Cruauté»
M. Khalil raconte avoir été confronté à des conditions qu’il assimile à de la torture quand il était détenu en Louisiane : néons allumés en permanence, températures glaciales et nourriture de mauvaise qualité.
«Je suis venu dans un pays qui, soi-disant, défend la liberté, la justice, l’État de droit, pour être finalement choqué, en entrant dans ces centres de détention, de constater que tous mes droits étaient restés à la porte.»
Libre depuis plus d’un an, il élève son fils de 18 mois aux côtés de son épouse américaine à New York. «Une grande partie de mon combat consiste à lutter pour (retrouver) une forme de normalité», raconte-t-il. «Redevenir un jeune père qui va au parc avec son fils et sa femme, et que personne ne vient importuner.»
Mais Mahmoud Khalil doit toujours faire face à la pression de l’administration Trump, qui cherche à l’expulser.
«Mon combat ne porte pas seulement sur le fait de savoir si je peux rester dans ce pays», y répond-il. «Il porte sur la question de savoir si les gens, ici, peuvent dire ce qu’ils pensent.»
«Que je sois aux États-Unis ou ailleurs, je suis déterminé à défendre les droits du peuple palestinien», conclut-il.
