Une vague bleue a déferlé sur les États-Unis mardi. Les démocrates ont réussi à prendre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat aux élections de mi-mandat.
La sévère défaite subie par les républicains va redéfinir la composition du Congrès et permettre de contrebalancer l’usage sans précédent que fait le président Donald Trump de son pouvoir exécutif jusqu’à la fin de son règne, en 2028.
Cette dégelée devrait également profiter au Québec, selon le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, qui croit que la province se trouve aujourd’hui «dans de meilleures dispositions pour trouver une solution» à la guerre commerciale avec les États-Unis.
Le chef du Parti québécois juge que «la donne a changé» à la suite des résultats désastreux des républicains et que les interlocuteurs américains seront plus ouverts à négocier pour mettre fin au conflit actuel, qui a particulièrement affecté le Québec à cause des droits de douane frappant autant le bois d’œuvre que l’aluminium et divers produits manufacturés.
Le politologue Christophe Cloutier-Roy partage en partie cet avis. «Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas parfaitement vrai non plus, étant donné que Trump a montré depuis son retour au pouvoir qu’il est capable d’exercer des pouvoirs considérables en matière de tarifs et qu’il ne se laisse pas nécessairement empêtrer par le Congrès. Mais il faut dire que le Congrès, sous la majorité républicaine, laissait beaucoup d’espace à Trump aussi. Avec l’arrivée du Parti démocrate, qui est assez sensible aux effets des tarifs sur leurs circonscriptions respectives, il y aura assurément un appétit, éventuellement, pour essayer de résorber ces tarifs-là», affirme le chargé d’enseignement au département de science politique de l’Université Laval et directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal.
Il estime cependant qu’«il y a encore beaucoup d’incertitudes» avant une réponse favorable de la part de Washington. «Est-ce qu’on va vouloir enlever tous les tarifs ou seulement ceux touchant le Canada? Est-ce que le Canada va être une priorité? Comment Trump va-t-il réagir? Faudra-t-il aller devant les tribunaux?», énumère M. Cloutier-Roy.
Chose certaine, dit-il, «le Congrès est maintenant plus réceptif aux besoins et aux demandes du Canada».
Pour M. Cloutier-Roy, c’est la réaction de M. Trump qui est plus difficile à prévoir. «La donnée fondamentale de sa présidence, c’est son imprévisibilité et son absence d’une rationalité compréhensible, et ces données demeurent dans l’immédiat. C’est très difficile de savoir concrètement les impacts que ça va avoir, non seulement la nature des impacts, mais aussi leur ampleur.»
Dans l’espoir d’accélérer le processus de négociations, M. St-Pierre Plamondon a annoncé mercredi le lancement prochain d’une offensive diplomatique aux États-Unis. M. Cloutier-Roy croit que c’est une bonne idée.
Il rappelle qu’«historiquement, c’est quelque chose qui fonctionne assez bien pour se faire connaître des élus». «Rencontrer des élus à Washington ou, de manière encore plus pertinente, dans les capitales d’État, donc de rencontrer, par exemple, des gouverneurs, c’est toujours une bonne façon de rappeler l’importance du Québec ou du Canada, selon la délégation. C’est sûr que c’est important aussi d’aller à Washington pour parler à des élus du Congrès qui peuvent avoir un mot à dire pour contrecarrer le président», précise-t-il.
M. Cloutier-Roy souligne que le gouvernement libéral de Philippe Couillard a d’ailleurs effectué «beaucoup de missions aux États-Unis» durant le premier mandat de M. Trump.

