La réélection éclatante mardi de Jon Ossoff comme sénateur de Géorgie renforce son statut de cette étoile montante du Parti démocrate avant ses 40 ans, à deux ans de la prochaine élection présidentielle.
Chaque fois que la question lui est posée — lundi encore —, il répète n’avoir «aucune envie» de se lancer dans la course à la Maison-Blanche.
Nombre de ses partisans rencontrés par l’AFP à Atlanta ces derniers jours souhaitent pourtant ouvertement qu’il se présente, comme Gracie Surface.
«Nous avons besoin de lui, besoin de sang neuf», plaide la jeune infirmière, juste après avoir voté dans la capitale de l’État.
En attendant, Jon Ossoff a été réélu confortablement au Sénat face au républicain Mike Collins, dans un État où Donald Trump l’avait emporté en 2024.
«Le peuple américain a rejeté la dépravation, la corruption et l’incompétence de ce canard boiteux qu’est le président Donald J. Trump», a-t-il lancé mardi soir devant ses partisans à Atlanta, la capitale de l’État.
«Voyager avec Natalie»
Jon Ossoff a attiré l’attention des médias au cœur de l’été grâce à son sens de la formule.
«Il dort pendant ses réunions. Il joue au golf et il vend des actions. Il ne veut pas faire le boulot [de président]. Il veut construire sa salle de bal et voyager avec Natalie dans leur palace volant (...) offert par l’émir du Qatar», lance-t-il à propos de Donald Trump lors d’un rassemblement électoral.
La formule fait mouche, l’extrait vidéo fait sensation sur les médias sociaux et Natalie Harp, l’omniprésente, mais méconnue assistante de Donald Trump, se retrouve sous les projecteurs.
Au-delà de ce moment médiatique, ses partisans louent son «authenticité», son «empathie» et sa capacité à rassembler au-delà des divisions partisanes.
«Il me fait penser à Obama»
«Quand il parle, il me fait penser à Barack Obama, (...) il est vrai», affirme Mary, une Afro-Américaine dans la soixantaine venue faire du porte-à-porte.
«Ils ont tous les deux cette présence et c’est enthousiasmant, ça donne de l’espoir. Mais ils sont différents», explique à l’AFP Joi Huff, 50 ans, qui travaille dans le secteur de la santé, l’un des principaux enjeux de la campagne de Jon Ossoff.
«Il est très éloquent, mais c’est difficile de comparer», nuance Jan Callum, une ancienne enseignante dans la soixantaine avancée.
Barack Obama, figure emblématique du Parti démocrate, s’est justement déplacé en personne en Géorgie pour soutenir Jon Ossoff, renforçant un parallèle que le New York Times établissait dès 2017.

Silhouette élancée, manches de chemise retroussées et talent oratoire indéniable: son apparence et sa façon de s’exprimer alimentent les comparaisons.
Catherine Urbain, spécialiste des communications dans le secteur médical, se souvient d’un rassemblement électoral de Kamala Harris deux ans plus tôt, où Jon Ossoff avait pris la parole.
«Quand je l’ai entendu parler, je me suis dit: “Cet homme est extraordinaire.” Il va être président. Il se soucie des gens et il n’a pas peur de monter au créneau. Je trouve que c’est un des rares qui ne laissent pas Trump s’en tirer à bon compte», raconte-t-elle à l’AFP.
Sur la scène politique, son premier fait d’armes remonte à 2021: il remporte alors un duel qui semblait lui être défavorable contre le sénateur républicain sortant et fait basculer le Sénat dans le camp démocrate, aux côtés de Raphael Warnock, devenu l’autre sénateur de Géorgie.
Né dans une famille juive d’Atlanta, Jon Ossoff est alors devenu le plus jeune sénateur de cette législature, à 33 ans.
Très jeune, il a effectué un stage auprès de John Lewis, figure américaine de la lutte pour les droits civiques, alors membre de la Chambre des représentants. Il lui avait écrit à seulement 16 ans.
Avant de se lancer en politique, Jon Ossoff réalisait des documentaires, notamment sur la corruption.
Il en a conservé un sens aigu de l’image et de la mise en scène. Au point que la presse américaine a théorisé «l’angle Ossoff», un cadrage en contre-plongée, avec le regard porté au loin, soigneusement maîtrisé et flatteur.
