Comment se passer de Trump ? Faut-il tourner le dos à l’idéologie «MAGA» du président pour revenir à un conservatisme plus classique ? Sonnée par le triomphe démocrate mardi, la droite américaine s’interroge sur son avenir.
Le Wall Street Journal a appelé à rompre avec la rhétorique ultranationaliste et identitaire qui avait permis au milliardaire de 80 ans de revenir au pouvoir.
«Les droits de douane et les expulsions de masse ne peuvent pas se substituer à la croissance des revenus réels. Compter sur la base MAGA et masculiniste ne remplace pas la quête des électeurs hispaniques, des indépendants et des banlieusards qui ont abandonné le parti», cingle-t-il.
Le cycle politique américain est impitoyable : dès le lendemain des «midterms», le pays se tourne vers la prochaine campagne, la plus trépidante de toutes, pour la présidentielle.
Et Donald Trump est hors course pour de bon, puisque la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat en 2028.
Il aurait été affaibli dans tous les cas après les législatives de mi-mandat, mais la gifle monumentale subie par son parti a précipité le phénomène.
Le gouverneur sortant de Floride, Ron DeSantis, a parlé d’un «événement proche de l’extinction» pour les républicains et déjà prédit qu’il leur faudra peut-être attendre 2032 pour reprendre le Congrès.
Amy Dacey, ancienne responsable démocrate devenue experte à l’American University, juge que le scrutin de mardi a surtout montré que le paysage politique américain n’était pas fait de blocs «monolithiques» qui seraient acquis à jamais à un parti ou à une personnalité.
«Une défaite électorale peut affaiblir l’influence d’un mouvement politique, mais cela n’élimine pas automatiquement les circonstances qui lui ont donné naissance», explique-t-elle à l’AFP à propos de l’hétéroclite coalition mobilisée par Donald Trump pour l’emporter en 2024, et qui vient d’imploser.
«La grande question, c’est de savoir si des dirigeants républicains (au Congrès) vont prendre leurs distances avec Trump», juge-t-elle.
«Chuchoter ne suffit plus»
Les remises en cause, pour l’heure, restent feutrées.
Le vice-président JD Vance, potentiel présidentiable en 2028, s’est fendu d’une longue analyse critique sur X, mais a pris soin d’éviter la confrontation.
«La guerre (en Iran) est la raison de notre défaite» a-t-il écrit, en ajoutant sitôt après: «Le président lui-même l’a dit hier soir.»
Ce n’est pas tout à fait vrai: mardi, Donald Trump n’a attribué qu’une responsabilité «partielle» au conflit au Moyen-Orient, jugeant que la déroute était aussi due à la piètre qualité de certains candidats locaux.
Certains influenceurs d’extrême droite appellent à la remise en question, mais se gardent d’attaquer nommément le locataire de la Maison Blanche.
«Les républicains doivent revenir aux bases», a estimé sur X Matthew Boyle, l’un des meneurs de Breitbart, site d’information d’extrême-droite. «Plus de guerres sans fin», écrit-il. «En matière économique, prenez des décisions qui profitent aux vrais gens et pas aux lobbys», demande aussi l’animateur, qui appelle à «être raisonnable» sur la mise en œuvre des politiques d’immigration.
Renier Donald Trump ouvertement est délicat pour le parti républicain, qui a lié totalement son destin à celui du milliardaire depuis 2016.
C’est tout aussi compliqué pour les nombreux influenceurs «Maga», qui ont bénéficié de leur proximité avec lui.
Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que la rupture ne soit consommée.
Dans la campagne des midterms déjà, de nombreux candidats républicains ont abandonné toute mention du président et certains baromètres ont exposé un fort recul de l’audience des influenceurs étroitement liés au milliardaire de 80 ans.
L’ex-députée Marjorie Taylor Greene, figure de la droite radicale désormais radicalement opposée au président, a déjà tranché sur X: «Si le Parti républicain veut garder une chance à l’avenir, il faut expulser Donald Trump.»
«Il faut commencer par reconnaître que Trump était et est le problème. Le chuchoter ne suffit pas», a lancé l’ancien député républicain Bob Good, sur la même plateforme.
