États-Unis

Le scepticisme règne au Canada malgré l'écrasante victoire des démocrates

«Il y a deux ans, ils ont élu [Trump]; mardi, ils ont évincé toute une série de républicains, et je ne sais pas ce qu’ils feront dans deux ans.»

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Des drapeaux américains et canadiens se côtoient sur la remorque d'un camion franchissant la frontière canado-américain à Surrey, en Colombie-Britannique, le 4 mars 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Ethan Cairns Des drapeaux américains et canadiens se côtoient sur la remorque d'un camion franchissant la frontière canado-américain à Surrey, en Colombie-Britannique, le 4 mars 2025. LA PRESSE CANADIENNE (ETHAN CAIRNS)

Si les Canadiens ont salué la «vague bleue» au Congrès américain, nombreux sont ceux qui ont exprimé des doutes quant à la possibilité que celle-ci leur redonne confiance en leur voisin dans un avenir proche.

Matthew Lebo, politologue à l’Université Western de London, en Ontario, dont les recherches portent sur la politique américaine, se dit «plus optimiste aujourd’hui qu’il y a une semaine», à la suite des résultats des élections de mi-mandat, mais estime qu’il est trop tôt pour se réjouir de l’avenir des relations entre les États-Unis et le Canada.

«Il y a deux ans, ils ont élu [Trump]; mardi, ils ont évincé toute une série de républicains, et je ne sais pas ce qu’ils feront dans deux ans», prévient-il.

Il faudra encore quelques élections pour savoir si les Américains rejettent catégoriquement le racisme flagrant, les menaces à l’encontre des immigrés et la cruauté en politique, ajoute le Pr Lebo.

Il mentionne que la guerre tarifaire en cours était l’une des principales sources d’inquiétude pour les Canadiens.

«Mais la question la plus importante est de savoir si nous vivons ou non aux côtés d’une démocratie à part entière», soutient-il.

Concernant les négociations commerciales, le Pr Lebo dit que, bien que certains démocrates aient historiquement été plus protectionnistes, il est possible qu’ils s’opposent aux droits de douane imposés par Trump sur les produits canadiens et qu’ils y parviennent à les annuler.

Toutefois, il lance une mise en garde contre un trop grand optimisme. «Ce sera toujours Trump et les mêmes personnes qui négocieront avec le Canada. Les deux prochaines années s’annoncent très conflictuelles au sein du gouvernement américain et peut-être encore entre le Canada et les États-Unis.»

Des Américains installés au Canada disent comprendre les sentiments des Canadiens, compte tenu de l’ampleur des dégâts causés par l’actuelle administration américaine.

«Il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Cela va prendre beaucoup de temps», reconnaît Lucia Lloyd, une citoyenne américaine a immigré au Canada en 2019.

Elle concède que tant Donald Trump sera à la Maison-Blanche, le chemin vers la normalisation des relations canado-américaines ne sera pas facile à parcourir.

Kate Kitchen, qui possède la double nationalité, partage le point de vue de sa compatriote. Elle estime également que la méfiance des Canadiens envers les États-Unis risque de perdurer, du moins pendant une certaine période.

L’évolution du paysage politique aux États-Unis la rend toutefois optimiste quant à la possibilité de rétablir, à long terme, les relations économiques et culturelles étroites entre les deux pays.

«Ce sont des personnes dignes de confiance, intelligentes et bienveillantes qui ont pris ces fonctions… attendons de voir, mais je pense que les gens sont pleins d’espoir.»

Mme Lloyd se dit «horrifiée» par la manière dont le président Trump a traité sa patrie d’adoption et les Canadiens depuis son retour au pouvoir.

«Le Canada n’a rien fait pour mériter cela, il n’y a aucun intérêt à agir ainsi», souligne-t-elle. C’est simplement la mesquinerie personnelle de Trump qui le pousse à insulter ses alliés, ses partenaires commerciaux et ses amis de ce côté du lac Ontario.»

Les deux Américaines ont applaudi la victoire des démocrates qui ont repris le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants.

«Je ressens un immense soulagement, commente Mme Lloyd, ajoutant que ces résultats lui donnent également l’espoir que les relations entre le Canada et les États-Unis puissent s’améliorer progressivement après près de deux ans de tensions accrues.

Mme Kitchen se dit «agréablement surprise» des résultats. Selon elle, la majorité démocrate au Congrès fera obstacle à la volonté «du président de semer le trouble».

«Nous ne voulions pas nous faire trop d’illusions, mais oh là là», s’exclame-t-elle.