Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi la suspension des échanges commerciaux et financiers avec l’Iran, accentuant la pression sur leur partenaire commercial, alors même que les États-Unis ont déclaré la «guerre économique» à Téhéran.
Des experts estiment que les Émirats arabes unis veulent envoyer un message à l’Iran, qu’ils ont récemment accusé d’avoir visé leurs navires, et montrer leur alignement avec Washington.
Quels étaient les liens commerciaux entre Téhéran et Abou Dhabi?
Les Émirats arabes unis sont d’ordinaire un partenaire commercial important de l’Iran. Durant les 10 mois ayant précédé le conflit, les échanges entre les deux pays se sont élevés à 21,2 milliards de dollars, selon les chiffres officiels iraniens.
Ils sont aussi son premier fournisseur : en 2024, 30,6% des importations iraniennes provenaient des Émirats arabes unis, pour un total d’environ 21 milliards de dollars, selon l’Organisation mondiale du commerce.
En 2024, les Émirats arabes unis étaient également le troisième plus gros client de l’Iran, captant près de 12% de ses exportations, pour plus de 7 milliards de dollars.
La grande majorité des échanges entre Abou Dhabi et Téhéran sont en fait des réexportations de produits très variés, allant des téléphones à la viande et en incluant d’autres produits alimentaires, selon les données officielles émiraties.
Ces données ne prennent pas en compte les flux illicites et la contrebande, dont les volumes sont difficiles à mesurer.
Cette décision endiguera-t-elle les flux illicites?
Mettre un terme aux flux licites pourrait n’avoir qu’un impact limité sur le réseau permettant à l’Iran de contourner les sanctions.
Selon des experts, Téhéran se sert des banques et du système financier émiratis pour accéder à l’économie mondiale, par le biais de transactions illicites et souvent opaques.
«Des milliards de dollars provenant des recettes pétrolières sous sanctions du régime transitent par les Émirats arabes unis via des sociétés écrans opaques basées en Chine et à Hong Kong», affirme Max Meizlish, chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties, et ancien membre du Bureau du contrôle des avoirs étrangers du ministère américain des Finances, chargé des sanctions.
Selon lui, la suspension de l’intégralité des échanges directs avec l’Iran n’empêchera pas «des milliards de dollars de recettes pétrolières (de) parvenir indirectement au régime».
«Les États-Unis doivent maintenir la pression sur les banques émiraties pour qu’elles appliquent des mesures de vigilance renforcées» vis-à-vis des transactions suspectes, estime-t-il.
Pourquoi maintenant?
Pendant la première phase du conflit, l’Iran avait lancé près de 3000 attaques sur les Émirats arabes unis, qui avaient, de leur côté, rappelé leur ambassadeur à Téhéran et fermé les écoles et les hôpitaux liés à l’État iranien.
Les discussions puis la signature d’un protocole d’accord entre Téhéran et Washington en juin avaient cependant permis d’entrer dans une période d’accalmie.
La suspension des échanges avec l’Iran par les Émirats arabes unis coïncide avec la «guerre économique» annoncée par Donald Trump contre Téhéran, alors que le conflit approche de son sixième mois sans issue diplomatique ou militaire immédiate en vue.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a prévenu jeudi que ceux qui ne soutiendraient pas cette initiative seraient considérés comme étant «contre nous», l’objectif affiché étant de «mettre fin à ce régime meurtrier».
Selon Esfandar Batmanghelidj, directeur général du groupe de réflexion Bourse & Bazaar Foundation, les Émirats arabes unis n’ont pas changé de stratégie vis-à-vis de l’Iran, mais subissent des pressions américaines pour participer à la campagne de sanctions économiques.
Leur décision de suspendre les échanges, saluée par plusieurs alliés de Donald Trump, est, selon M. Batmanghelidj, un moyen de montrer «qu’il n’y a aucune divergence entre les positions des États-Unis et des Émirats arabes unis».
Ces dernières semaines, l’Iran a aussi visé à plusieurs reprises des pétroliers de la compagnie publique émiratie Adnoc. Mardi, les Émirats arabes unis ont signalé que des missiles iraniens ciblant des navires étaient tombés à la mer.
Pour le chercheur émirati Mohammed Baharoon, directeur du Centre de recherche sur les politiques publiques de Dubaï, l’initiative des Émirats arabes unis intervient «après diverses tentatives visant à renouer le dialogue avec l’Iran après le conflit».
«Il ne s’agit pas de se rallier aux sanctions américaines, mais de rétablir les fondements de la relation. L’Iran ne peut pas réclamer des liens tout en les bloquant», a-t-il ajouté, faisant référence aux attaques contre les pétroliers émiratis.
