Un troisième missile tiré depuis l’Iran a été détruit par l’OTAN dans l’espace aérien turc, a affirmé vendredi le ministère turc de la Défense dans un communiqué.
«Un missile balistique tiré d’Iran et entré dans l’espace aérien turc a été neutralisé par les éléments de défense aérienne et antimissile de l’OTAN déployés en Méditerranée orientale. Toutes les mesures nécessaires sont prises avec fermeté (…) et des discussions sont en cours avec le pays concerné afin de clarifier tous les aspects de l’incident», a précisé le ministère.
Il s’agit du troisième missile tiré depuis l’Iran et visant la Turquie depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Deux autres missiles avaient été interceptés par l’OTAN lundi et la semaine dernière.
Des sirènes ont été entendues dans la nuit à la base aérienne d’Incirlik utilisée par l’OTAN, dans la province d’Adana, située dans le sud-est de la Turquie, avait rapporté vendredi matin l’agence étatique turque Anadolu.
Des troupes américaines sont stationnées sur la base d’Incirlik, dans le cadre de l’OTAN.
Les habitants d’Adana, qui se trouve à 10 kilomètres de la base, ont été réveillés à 3h25 par des sirènes qui ont retenti pendant environ cinq minutes, selon le site d’information économique Ekonomim.
Un objet en flamme est vu en train de tomber dans le ciel et des sirènes sont entendues dans plusieurs vidéos partagées sur les réseaux sociaux.
Selon le site d’information sur la défense SavunmaSanayiST, ces objets pourraient être «des fragments d’un missile balistique» ou de l’intercepteur, qui se seraient consumés à son entrée dans l’atmosphère.
Les médias locaux ont également signalé des sirènes à Batman, 600 kilomètres plus à l’est.
«Situation délicate»
«Aucune munition n’a été lancée d’Iran vers la Turquie», a de son côté affirmé l’ambassade de l’Iran en Turquie, précisant que Téhéran est prêt à mettre en place «une équipe technique conjointe» pour enquêter sur ces incidents.
Mais un tel tir ne peut être accidental, a estimé Sinan Ulgen, chercheur à Carnegie Europe.
«On peut expliquer le premier incident, le deuxième peut-être, mais le troisième ? Non. Il ne peut s’agir d’un accident. Cela place Ankara dans une situation très délicate», a-t-il affirmé à l’AFP, précisant que la Turquie devrait trouver une manière de réagir en douceur.
«D’une certaine façon, les pays du Golfe n’ont pas réagi, mais la culture politique et militaire de la Turquie est différente. Il s’agit de faire preuve de dissuasion envers l’Iran, afin d’éviter une escalade», a-t-il ajouté.
Selon les médias locaux, «la Turquie n’est pas partie prenante à la guerre et fait preuve de prudence afin d’éviter d’être entraînée dans le conflit», ont déclaré des sources sécuritaires turques.
«La prudence de la Turquie ne doit pas être interprétée comme une tolérance sans bornes», ont ajouté ces sources.
La Turquie a annoncé mardi qu’un système de défense antiaérien Patriot avait été déployé dans le centre du pays, au lendemain de l’interception par l’OTAN d’un deuxième missile tiré depuis l’Iran.
Washington a fermé lundi son consulat général d’Adana et exhorté les citoyens américains à quitter la région.
Plus tard dans la journée, le président iranien Massoud Pezeshkian avait nié que le missile ait été tiré depuis l’Iran lors d’un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Élément clé
Depuis le début du conflit, la Turquie était relativement épargnée par les missiles et les drones lancés par l’Iran visant plusieurs pays de la région dans le but de toucher des intérêts américains.
La base d’Incirlik est une installation importante de l’OTAN, utilisée par les troupes américaines depuis des décennies, mais qui accueille aussi des militaires d’autres pays, dont des Espagnols et des Polonais, selon son site web officiel.
Des troupes américaines sont également stationnées à Kurecik, une autre base turque située dans la province centrale de Malatya. Cette base abrite un système radar d’alerte précoce que l’OTAN qualifie d’élément clé» de son bouclier antimissile et qui peut détecter les tirs de missiles iraniens.
Bien qu’Ankara ait catégoriquement nié que les données de ce radar aient jamais été utilisées pour aider Israël, sa présence inquiète Téhéran.
L’OTAN a détruit un premier missile le 4 mars, affirmant en avoir détecté le lancement, confirmé la trajectoire et l’avoir intercepté «en moins de 10 minutes».
Le lendemain, elle a déclaré avoir renforcé son dispositif de défense antimissile balistique «à l’échelle de l’alliance», sans fournir de précisions.
