Les dernières négociations de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran semblaient avoir échoué samedi avant même d’avoir commencé, le chef de la diplomatie iranienne ayant quitté le Pakistan et le président Donald Trump ayant déclaré peu après qu’il avait demandé à ses émissaires de ne pas se rendre à Islamabad.
Ces négociations devaient faire suite à des pourparlers historiques en face à face tenus plus tôt ce mois-ci entre les États-Unis, menés par le vice-président JD Vance, et l’Iran, représenté par le président du Parlement Mohammad Bagher Qalibaf. Mais les responsables iraniens se sont demandé comment ils pouvaient faire confiance aux États-Unis après que leurs forces ont commencé à bloquer les ports iraniens en réponse à l’emprise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz.
«S’ils veulent discuter, ils n’ont qu’à appeler !!!», a écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux, ajoutant: «Trop de temps perdu en déplacements, trop de travail!» Vendredi, la Maison-Blanche a annoncé que Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient à Islamabad.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a quitté Islamabad samedi soir, ont indiqué deux responsables pakistanais à l’Associated Press, s’exprimant sous couvert d’anonymat car ils n’étaient pas autorisés à s’adresser aux médias.
«J’ai fait part de la position de l’Iran concernant un cadre viable pour mettre définitivement fin à la guerre contre l’Iran. Il reste à voir si les États-Unis sont vraiment sérieux au sujet de la diplomatie», a affirmé plus tard M. Araghchi sur les réseaux sociaux. Il s’est ensuite rendu à Oman, médiateur dans les pourparlers avant la guerre et pays situé de l’autre côté du détroit d’Ormuz.
Un autre cessez-le-feu, entre Israël et le Hezbollah soutenu par l’Iran, a été ébranlé samedi alors que chaque camp tirait sur l’autre et que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ordonnait à l’armée d’«attaquer vigoureusement les cibles du Hezbollah au Liban».
L’Iran avait déclaré que toute négociation serait indirecte
Donald Trump a annoncé cette semaine une prolongation indéfinie du cessez-le-feu avec l’Iran. Celui-ci a suspendu la plupart des combats, mais les répercussions économiques s’amplifient deux mois après le début de la guerre, alors que les expéditions mondiales de pétrole, de gaz naturel liquéfié, d’engrais et d’autres fournitures sont perturbées par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz.
Les deux parties ont continué à proférer des menaces militaires. Samedi, le commandement militaire conjoint iranien a averti que «si les États-Unis poursuivent leurs actions militaires agressives, y compris les blocus navals, les actes de banditisme et la piraterie», ils feront face à une «réponse forte».
Avant même les événements de samedi, le ministère iranien des Affaires étrangères avait dit que toute discussion serait indirecte et que des responsables pakistanais transmettraient les messages. Au Pakistan, M. Araghchi a rencontré le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, et le premier ministre Shehbaz Sharif pour discuter de ce qu’il a qualifié de «lignes rouges» de l’Iran pour les négociations.
M. Trump a indiqué plus tard aux journalistes que dans les 10 minutes qui ont suivi l’annulation du voyage des émissaires au Pakistan, l’Iran avait envoyé une proposition «bien meilleure», sans donner de détails. Il a souligné que l’une de ses conditions était que l’Iran «ne dispose pas d’arme nucléaire».
Parmi les points litigieux des pourparlers figurent l’uranium enrichi de l’Iran et l’impasse dans le détroit d’Ormuz, ainsi que les préoccupations concernant le programme de missiles de l’Iran et son soutien aux groupes armés alliés dans la région.
Téhéran a fait remarquer que les pourparlers indirects avec les États-Unis l’année dernière et au début de cette année concernant son programme nucléaire, question qui est depuis longtemps au cœur des tensions, se sont soldés par des attaques de la part des États-Unis et d’Israël, ce qui a renforcé sa méfiance.
L’impasse autour du détroit se poursuit
Le prix du pétrole brut Brent, la référence internationale, reste près de 50 % plus élevé qu’au début de la guerre en raison de l’emprise de l’Iran sur le détroit, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial en temps de paix.
L’Iran a attaqué trois navires cette semaine, tandis que les États-Unis maintiennent un blocus sur les ports iraniens. Trump a ordonné à l’armée de «tirer pour tuer» les petits bateaux susceptibles de poser des mines.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a affirmé samedi que son pays envoyait des dragueurs de mines en Méditerranée pour aider à retirer les mines iraniennes du détroit une fois les hostilités terminées.
Samedi également, l’Iran a repris les vols commerciaux au départ de l’aéroport international de Téhéran pour la première fois depuis le début de la guerre, marquée par des frappes américaines et israéliennes le 28 février. Des vols devaient décoller à destination d’Istanbul, de Mascate, la capitale d’Oman, et de la ville saoudienne de Médine, selon la télévision d’État.
Un bilan qui s’alourdit malgré les cessez-le-feu
Depuis le début de la guerre, les autorités affirment qu’au moins 3375 personnes ont été tuées en Iran et au moins 2 496 au Liban, où de nouveaux combats entre Israël et le groupe militant Hezbollah, soutenu par l’Iran, ont éclaté deux jours après le début de la guerre en Iran.
Le président américain a annoncé jeudi qu’Israël et le Liban avaient convenu de prolonger de trois semaines le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Le Hezbollah n’a pas participé aux négociations diplomatiques menées par Washington.
Mais Israël a frappé le sud du Liban samedi, tuant au moins six personnes qu’il affirme être des militants du Hezbollah, et plusieurs roquettes et drones ont été lancés sur Israël depuis le Liban.
De plus, 23 personnes ont été tuées en Israël et plus d’une douzaine dans les États arabes du Golfe. Quinze soldats israéliens au Liban, 13 militaires américains dans la région et six membres de la force de maintien de la paix de l’ONU au sud du Liban ont été tués.
