Conflit au Moyen-Orient

Sans internet, les Iraniens privés de nouvelles en plein conflit

Internet est toujours «autour de 1% de ses niveaux habituels» en Iran.

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Des ouvriers enlèvent les débris d'un bâtiment situé en face d'un poste de police touché lors de l'opération militaire américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le mercredi 4 mars 2026. Des ouvriers enlèvent les débris d'un bâtiment situé en face d'un poste de police touché lors de l'opération militaire américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le mercredi 4 mars 2026. (Vahid Salemi/AP)

Contacter ses proches ou s’informer sur le conflit est quasiment impossible pour la plupart des Iraniens en raison du blocage d’internet par les autorités, qui menacent de poursuites ceux qui tentent de contourner les restrictions.

Internet est toujours «autour de 1% de ses niveaux habituels» en Iran, a indiqué jeudi l’observatoire Netblocks, qui surveille la liberté de communiquer en ligne.

«Le blackout d’internet dépasse désormais les 120 heures, avec une connectivité qui reste au point mort», a-t-il résumé dans un message publié sur le réseau social X.

Les autorités iraniennes ont coupé l’accès à internet samedi, après le début des frappes aériennes d’Israël et des États-Unis, plongeant ainsi le pays dans un blackout informationnel.

La République islamique a développé au fil des ans une capacité hors du commun de contrôle d’internet. Même en temps normal, la navigation est restreinte et l’accès aux réseaux sociaux, dont Facebook, Instagram ou YouTube, aléatoire.

Conflit en Iran: des Iraniens résidant à Montréal craignent le pire La mort du guide suprême Ali Khamenei n’apportera rien de positif à l’Iran, selon des Iraniens résidant à Montréal. Bien que plusieurs ont manifesté leur joie dans les rues de la métropole, Kalliopé Anvar McCall sonne l’alarme: «la guerre ne libère pas les gens».

Les Iraniens se sont habitués à ces mesures, qu’ils contournent en ayant recours à des réseaux privés virtuels (VPN).

Recevoir des appels de l’étranger est quasiment impossible. «Le débit est très lent», a confié à l’AFP un habitant de Téhéran, souhaitant garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. «On ne peut pas appeler et les messages vocaux n’arrivent pas. On ne peut qu’écrire».

Certains Iraniens trouvent de brefs moments dans la journée où ils parviennent à se connecter et à envoyer des messages.

«La situation est déplorable», a témoigné un habitant de Boukan (ouest) dans un message envoyé à l’AFP. «Ça se connecte et se déconnecte. La connexion est tellement lente que les VPN ne fonctionnent pas», a précisé cet homme ayant demandé à rester anonyme.

Pour les Iraniens de la diaspora, ces difficultés sont «une source de stress supplémentaire» car «ils vivent dans l’angoisse pour leurs familles, sans savoir si elles ont pu trouver un abri ou si elles ont quitté leurs maisons», explique Awyar Shekhi, de l’Organisation Hengaw pour les droits humains, basée en Norvège.

Des voyageurs iraniens ayant fui leur pays pour la Turquie ont raconté avoir dû se déplacer sur les routes sans aucune connexion internet, et donc sans accès aux services de navigation sur téléphone, comme Google Maps.

Actions en justice

Selon Netblocks, «un environnement de plus en plus orwellien émerge, les opérateurs télécoms menaçant d’actions en justice les utilisateurs qui tentent de se connecter à l’internet mondial».

Des personnes ayant utilisé un VPN ont reçu cet avertissement sur leur téléphone: «Si vous vous connectez à plusieurs reprises à l’internet international dans les prochains jours, votre ligne sera bloquée et les mesures nécessaires seront prises pour transmettre votre dossier aux autorités judiciaires».

L’Iran a déjà coupé internet pendant plusieurs semaines lors des vastes manifestations qui ont secoué le pays en janvier et durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025.

La guerre «ne fait que commencer» disent les É.-U., l’Iran promet une «destruction totale» Israël et les É.-U. ont continué à bombarder Téhéran et plusieurs villes iraniennes, alors que la guerre entrait dans son cinquième jour.

Les autorités ont réussi en janvier à perturber le fonctionnement des terminaux Starlink, interdits en Iran. Cette technologie permet de se connecter n’importe où à internet via le réseau de satellites de la société américaine SpaceX d’Elon Musk.

Dans ce contexte, de nombreux Iraniens n’ont eu d’autre choix que de se tourner vers l’intranet national, lancé en 2016, qui permet d’accéder aux applications et sites internet nationaux, tout en isolant ses utilisateurs du reste de la planète.

En janvier, les restrictions sur internet pendant trois semaines avaient lourdement pesé sur l’économie, déjà fragilisée par les sanctions internationales.

L’économie dans son ensemble avait enregistré des pertes estimées à près de 30 millions d’euros par jour, selon le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi, qui avait mis en garde sur de possibles «conséquences sociales et sécuritaires».

Le propre fils du président Massoud Pezeshkian, Yousef Pezeshkian, avait appelé le 24 janvier à lever les blocages d’internet car les maintenir creusait «le fossé entre la population et le gouvernement».