Les chefs de la diplomatie de sept grands pays d’Europe et du Moyen-Orient évoqueront vendredi à Istanbul la multiplication des conflits dans la région, dans un format unique en son genre qui traduit des inquiétudes généralisées.
Les ministres de France, Grande-Bretagne, Allemagne, ainsi que de Turquie, Arabie saoudite, Pakistan et Égypte évoqueront «la question palestinienne, la situation dans le détroit d’Ormuz, les développements liés au Yémen et les (…) solutions à la guerre Russie–Ukraine», a-t-on appris de source diplomatique turque.
La Turquie, à l’initiative de la rencontre, s’affirme de plus en plus comme une puissance régionale de premier plan, et a fondé en août avec le Pakistan et l’Arabie saoudite un accord de défense appelé Pacte de la Mecque.
La présence de l’Égypte a été évoquée dans l’alliance, mais elle ne s’y est pour l’heure pas ralliée, même si elle envisage d’intervenir en défense de son allié saoudien face aux rebelles houthis du Yémen.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan soulignera «que la sécurité régionale exige avant tout que les pays de la région assument leurs responsabilités», a indiqué la source diplomatique turque.
Ankara, «dans cette optique, accorde la priorité au renforcement des mécanismes de coopération fondés sur l’appropriation régionale» et estime qu’il «ne faut pas permettre aux conflits actuels de s’alimenter mutuellement».
Une référence explicite à la multiplication ces dernières semaines des attaques des Houthis pro-iraniens contre des infrastructures civiles saoudiennes — notamment sites pétroliers et aéroports.
Les frappes ont atteint une ampleur inédite depuis le début du conflit au Yémen en 2014, et constituent l’énième avatar du conflit déclenché par Israël et les États-Unis contre l’Iran, en février dernier.
Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé des discussions à Istanbul sur «la crise iranienne dans ses différentes ramifications», saluant une première «dans ce format (…), dans un contexte de très forte instabilité et incertitudes dans la région».
La réunion visera à «renforcer la coordination entre Européens et pays du Moyen-Orient face à des crises que nous n’avons pas choisies et qui nous affectent tous», a ajouté le Quai d’Orsay.
«Préoccupation partagée»
Au-delà, Paris voudra œuvrer à identifier les options d’«un règlement diplomatique durable» de tous les aspects du dossier iranien — programme nucléaire et balistique, enjeux régionaux — «qui sont des sujets de préoccupation partagés».
Sur le conflit entre les États-Unis et l’Iran, le chef de la diplomatie turque exprimera ses craintes d’un «conflit de plus grande ampleur» encore, tout en rappelant «l’importance vitale» de rétablir la liberté de navigation dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, a-t-on souligné à Ankara.
Hakan Fidan doit aussi réaffirmer «que l’occupation persistante menée par Israël en Palestine, son attitude intransigeante (…) et son agressivité qui s’étend à l’ensemble de la région, constituent la cause fondamentale des tensions au Moyen-Orient».
La Turquie entretient des relations exécrables avec Israël, qu’elle accuse de génocide à Gaza, mais est en bons termes avec Téhéran comme avec Washington.
M. Fidan s’est ainsi encore entretenu tout récemment avec son homologue iranien Abbas Araghchi.
De la même manière, la Turquie discute avec Moscou comme avec Kyiv. En septembre, elle leur avait soumis un protocole d’accord pour mettre fin aux attaques contre les navires de commerce en mer Noire, attribués aux deux belligérants.
Non seulement l’initiative n’a pas prospéré, mais les attaques de drones se multiplient depuis le début du mois au large de la Bulgarie et de la Roumanie.
L’OTAN a annoncé mardi le déploiement de moyens supplémentaires en mer Noire.
Membre de l’alliance atlantique, la Turquie, «en tant qu’État riverain, continue de transmettre aux parties ses mises en garde et ses propositions de solution», a souligné Ankara.
