Rahm Emanuel, un candidat potentiel à la présidence pour le Parti démocrate et défenseur de longue date d’Israël, dénoncera cette semaine à Tel-Aviv le premier ministre Benyamin Nétanyahou et tiendra un discours sans concession, affirmant que les relations entre ce pays et les États-Unis se trouvent «à un tournant».
«Elles ne peuvent pas perdurer telles qu’elles sont», affirmera M. Emanuel, mercredi, à l’Université de Tel-Aviv, selon des notes obtenues par l’Associated Press. «Pour préserver la solidité de nos liens, nous avons besoin de changements importants et d’une nouvelle orientation.»
Ce discours, prononcé par un pilier de l’aile centriste du Parti démocrate, illustre une nouvelle fois à quel point ce parti s’est éloigné de son soutien historique à Israël.
Environ 58 % des démocrates estiment que les États-Unis «soutiennent trop» les Israéliens, selon un nouveau sondage réalisé par l’Associated Press et le NORC Center for Public Affairs Research, contre 45 % en janvier 2024. Près de la moitié des démocrates estiment qu’Israël a commis un génocide contre les Palestiniens pendant la guerre à Gaza, une accusation portée par certaines organisations de défense des droits de la personne et vigoureusement démentie par Israël et le gouvernement américain.
Les propositions de M. Emanuel prévoient notamment des sanctions à l’encontre des Israéliens qui s’en prennent à des civils et à des biens palestiniens, ainsi qu’à l’encontre des entreprises et des banques qui soutiennent les colonies jugées illégales par la plupart de la communauté internationale.
Il souhaite également mettre fin aux subventions américaines destinées au budget de la défense israélien, arguant que ce pays «devrait pouvoir acheter des armes américaines selon les mêmes conditions financières, les mêmes restrictions et les mêmes exigences que tout autre allié de confiance qui respecte nos lois».
De plus, M. Emanuel reprochera au premier ministre Nétanyahou d’avoir conduit Israël dans une «impasse», encouragé par les mauvaises décisions des dirigeants américains.
«Pendant trop longtemps, la politique américaine envers Israël a reposé sur l’hypothèse que la meilleure chose que Washington puisse faire pour Jérusalem était de soutenir aveuglément et en silence votre gouvernement, sans conditions, sans exigences et sans conséquences lorsque nous étions en désaccord», déclarera-t-il.
«Cela a été notre erreur. Ce soutien inconditionnel a donné naissance à un premier ministre qui a présumé que ses intérêts stratégiques n’entraîneraient aucun coût s’il ignorait les préoccupations des États-Unis.»
Il existe peu de précédents dans lequel un Américain ayant des ambitions présidentielles s’est rendu dans un autre pays, et encore moins dans un pays aussi sensible qu’Israël, pour adresser une réprimande aussi cinglante à ses dirigeants politiques. Ces dernières années, les personnalités centristes comme M. Emanuel se sont montrées plus réticentes que la base progressiste du Parti démocrate à remettre en question le soutien de longue date des États-Unis à Israël.
Quelle réaction de Benyamin Nétanyahou?
Ses propos pourraient susciter une réponse tout aussi virulente de la part de M. Nétanyahou, qui a un jour qualifié M. Emanuel – alors qu’il ambitionnait de devenir le premier président juif de la Chambre des représentants américaine – de «Juif qui se déteste lui-même». Le premier ministre Nétanyahou doit lui-même mener sa propre bataille pour sa réélection en octobre, et ce dirigeant chevronné pourrait tenter d’utiliser une confrontation avec M. Emanuel à des fins politiques, en donnant l’impression de rester ferme face aux critiques internationales.
Mais pour les candidats démocrates potentiels à la présidence, qui évaluent comment gérer les retombées de la guerre menée par Israël à Gaza et le rapprochement perçu de M. Nétanyahou avec le Parti républicain, dirigé par le président Donald Trump, ce discours représente une stratégie particulièrement frontale.
La guerre a bouleversé les coalitions politiques au sein des deux grands partis américains, les jeunes électeurs s’indignant de l’approche d’Israël face au conflit et faisant pression sur les dirigeants américains pour qu’ils adoptent une position plus ferme. La question a agité certaines primaires démocrates au Congrès cette année et pourrait continuer à constituer une ligne de fracture dans la course à l’investiture présidentielle du parti en 2028.
