Engagée dans un nouveau conflit contre le Hezbollah pro-iranien au Liban, l’armée israélienne est entrée dans des villages du sud du pays voisin, largement détruits lors du conflit de 2024, et annoncé vouloir y créer une «zone tampon».
Quel est l’objectif de cette zone, et quelles questions pose-t-elle?
Qu’est-ce qu’Israël a annoncé?
En parallèle de sa vaste campagne de frappes aériennes contre le Liban, Israël a annoncé mardi que ses soldats prenaient — de manière illégale au regard du droit international — le contrôle de «nouvelles positions» dans le sud du pays.
Avec cette invasion, Israël veut créer une «zone tampon» entre «notre population et toute menace», a expliqué le porte-parole de l’armée israélienne, en référence au Hezbollah.
Et ainsi «empêcher les attaques sur les localités israéliennes frontalières», a complété le ministre de la Défense, Israël Katz.
Israël affirme avoir détruit une grande partie de l’arsenal de la formation pro-iranienne au cours du conflit qui les a opposés jusqu’en novembre 2024, et l’armée libanaise dit avoir désarmé le groupe au sud, entre le fleuve Litani et la frontière israélienne, distante de quelque 30 km.
Mais le Hezbollah a revendiqué depuis son entrée lundi dans le conflit régional des dizaines d’attaques aux missiles et drones contre Israël, certaines en profondeur sur le territoire.
Les responsables libanais ont été informés qu’«Israël compte prendre le contrôle d’une zone entre 10 et 15 km» de profondeur, a indiqué une source diplomatique à l’AFP à Beyrouth. Les autorités n’ont pas réagi officiellement.
Cette idée est-elle applicable?
Lors de sa dernière guerre contre le Hezbollah, l’armée israélienne avait préparé le terrain, en détruisant massivement à coup de frappes aériennes des localités et villages frontaliers.
Et lors d’une incursion terrestre, elle avait aussi pulvérisé des maisons, et défriché forêts et terrains agricoles.
La plupart des habitants de ces villages n’ont jusqu’à aujourd’hui pas pu revenir chez eux.
La reconstruction n’a d’ailleurs pas commencé, et la communauté internationale réclame, avant de débloquer des fonds, le désarmement du Hezbollah.
L’établissement de cette zone tampon est ainsi un objectif «plutôt réalisable», estime pour l’AFP David Wood, analyste à l’International Crisis Group.
D’autant qu’Israël «a instauré de facto des zones tampons le long de la frontière» depuis le cessez-le-feu de 2024, ajoute ce spécialiste du Liban.
Depuis le début de la semaine, l’incursion de soldats israéliens et les appels à évacuer en série pèsent sur les centaines de milliers de personnes vivant au sud du Litani (environ 8% du territoire).
Près de 90 000 personnes ont déjà déplacées, selon les autorités libanaises.
Analyste à l’Atlantic Council, Nicholas Blanford estime aussi que les Israéliens veut «étendre» la zone tampon existant de facto, mais qu’ils ne vont probablement pas «revenir à la taille de l’ancienne zone d’occupation».
Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu’à son retrait total, en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.
Auprès de l’AFP, un responsable militaire craint qu’Israël veuille aujourd’hui établir une large ceinture de sécurité similaire dans le sud du Liban.
Quels sont les risques?
Alors que le conflit fait rage, une confrontation terrestre entre Israël et le Hezbollah semble désormais inéluctable.
À mesure que les troupes israéliennes avancent au Liban, «le risque qu’elles rencontrent une résistance de type guérilla de la part des habitants de ces régions augmente», au delà des combattants du Hezbollah, avertit David Wood.
Le mouvement pro-iranien, qui a annoncé mercredi des premiers affrontements «directs» avec des soldats israéliens près de la frontière, fera face à «l’agression israélo-américaine», a martelé son chef Naïm Qassem.
La politique précédente «de retenue» du Hezbollah, qui s’est abstenu de riposter «pendant plus d’un an aux violations presque quotidiennes par Israël de l’accord de cessez-le-feu, appartient au passé», constate David Wood.
«Le Hezbollah est maintenant clairement entré en guerre», abonde Nicholas Blanford. «La nouvelle zone tampon fait désormais partie du champ de bataille».
