Conflit au Moyen-Orient

Pourquoi l’accord irano-américain soi-disant si «proche» met-il autant de temps ?

Donald Trump a très souvent répété ces dernières semaines être «proche» d’un accord avec l’Iran.

Publié le 

Un religieux consulte son téléphone portable sur scène, devant un écran sur lequel sont projetés les portraits du défunt fondateur de la révolution iranienne, l'ayatollah Khomeini (à gauche), du défunt Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei (au centre), et du Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, lors d'un rassemblement pro-gouvernemental à Téhéran, en Iran, le dimanche 7 juin 2026. AP Photo Un religieux consulte son téléphone portable sur scène, devant un écran sur lequel sont projetés les portraits du défunt fondateur de la révolution iranienne, l'ayatollah Khomeini (à gauche), du défunt Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei (au centre), et du Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, lors d'un rassemblement pro-gouvernemental à Téhéran, en Iran, le dimanche 7 juin 2026. AP Photo (Vahid Salemi)

Donald Trump a très souvent répété ces dernières semaines être «proche» d’un accord avec l’Iran pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient. Alors pourquoi cela prend-il autant de temps?

Il était certain que cette négociation — avec le Pakistan comme médiateur principal, et l’aide du Qatar — n’allait pas être simple entre les deux pays, ennemis jurés depuis la Révolution islamique de 1979.

D’autant que demeure un flou sur la structure du pouvoir côté iranien depuis la mort au premier jour du conflit fin février du guide suprême Ali Khamenei. Son successeur, son fils Mojtaba, blessé selon des responsables iraniens, n’est pas apparu en public depuis sa prise de fonction, communiquant par de rares messages écrits.

Trump sans stratégie

CNN a compté: Donald Trump a dit 39 fois être «très proche» d’un accord avant d’abruptes volte-face.

Jeudi, il a d’abord menacé de frapper «durement» son ennemi avant d’annoncer l’imminence d’un accord-cadre. Vendredi, il a qualifié les Iraniens de «gens qui n’ont pas d’honneur» avec qui «il est impossible de négocier de bonne foi».

Il joue gros car ce conflit, lancé par son pays et Israël fin février, est de plus en plus impopulaire outre-Atlantique, y compris au sein même de son noyau dur d’électeurs alors que les élections de mi-mandat de novembre approchent.

Or il se retrouve enlisé dans un conflit qu’il espérait rapide. «Trump n’a ni objectif stratégique clair ni stratégie de sortie crédible», estime Ali Alfoneh, chercheur à l’Arab Gulf States Institute (AGSI).

Trump dit qu’un accord avec l’Iran pourrait être signé dès ce week-end Donald Trump a assuré jeudi qu’un «très bon accord» avait été conclu avec l’Iran et annoncé qu’une signature pourrait avoir lieu dès ce week-end en Europe, un revirement spectaculaire quelques heures après avoir menacé de lancer de nouvelles frappes.

Et d’après lui, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou représente un obstacle significatif en s’opposant à tout accord et répétant, encore vendredi, que Donald Trump et lui étaient «entièrement d’accord» pour que l’Iran n’ait jamais la bombe atomique.

La République islamique dément vouloir se doter de l’arme nucléaire mais campe sur son droit à l’enrichissement d’uranium à des fins civiles. Dans ces conditions, peut-elle vraiment accepter de démanteler son programme nucléaire, comme l’a affirmé vendredi un haut responsable américain à l’AFP?

Quant au déblocage immédiat d’une partie de ses avoirs gelés, demande clé de l’Iran — asphyxié par des décennies de sanctions internationales —, le président américain «a du mal à l’accepter», explique Arash Azizi, maître de conférences à l’université Yale.

Selon lui, Donald Trump encourt aussi le risque qu’on lui reproche d’avoir conclu un accord plus favorable à l’Iran que celui de 2015 dont il avait claqué la porte lors de son premier mandat, le jugeant pas assez ambitieux.

Des Iraniens inflexibles

En face, les Iraniens, habitués des longues négociations, «estiment pouvoir tenir bon pour obtenir de meilleures conditions», ajoute l’analyste. Car après avoir échoué à «obtenir la capitulation iranienne par la force militaire», Donald Trump a compris «qu’il devrait se contenter» de termes moins favorables.

Les autorités iraniennes «ont perçu sa réticence à entrer dans la campagne des élections de mi-mandat avec une guerre impopulaire en toile de fond» et font monter les enchères pour obtenir une paix durable sans risque de nouveaux bombardements américains, renchérit Ali Alfoneh.

Sur les points de friction, l’Iran a toujours posé comme préalable à tout accord la fin du conflit sur tous les fronts y compris au Liban, où Israël combat le Hezbollah pro-iranien.

Certes le mouvement chiite est «bien moins populaire qu’autrefois» mais il «conserve encore un certain soutien et de nombreux Libanais continuent de s’opposer à un accord avec Israël», observe Luigi Toninelli, chercheur à l’Institut italien d’études de politique internationale.

Autre enjeu majeur, la réouverture du détroit d’Ormuz, crucial pour le commerce maritime mondial d’hydrocarbures. Il est contrôlé depuis le début du conflit par l’Iran, ce qui a provoqué une flambée des prix du pétrole.

«La République islamique n’oubliera pas l’incroyable levier qu’elle a obtenu en le fermant», écrit Thomas Juneau, professeur à l’université d’Ottawa, dans une étude pour le groupe de réflexion londonien Chatham House. Et elle n’entend pas pour l’instant en céder le contrôle, selon l’agence de presse officielle Irna.

Au final, Ali Alfoneh craint un enlisement: «le conflit a déjà pris les caractéristiques d’une guerre gelée, ponctuée de flambées périodiques».