Le président libanais, Joseph Aoun, a appelé mercredi Israël à mettre «pleinement en œuvre le cessez-le feu», avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les États-Unis fixent une date.
Il s’est exprimé après qu’une nouvelle frappe israélienne a tué un soldat et son frère dans le sud du Liban, où Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs hostilités malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, et prolongée jusqu’à mi— mai. La veille, 19 personnes étaient décédées dans des frappes.
«Israël doit prendre conscience définitivement que la seule voie pour sa sécurité est celle des négociations», mais «doit d’abord mettre en œuvre pleinement le cessez-le-feu avant de passer» à cette phase, a déclaré M. Aoun, cité par un communiqué de la présidence.
«Les attaques israéliennes ne peuvent pas continuer ainsi», a insisté le président. Selon Beyrouth, elles ont fait plus de 2500 morts et déplacé plus d’un million de personnes depuis que le mouvement chiite a rouvert le 2 mars un front contre le pays voisin.
Il a indiqué attendre que les États-Unis, parrain des négociations directes prévues entre les deux pays — toujours en conflit — fixent une date pour leur lancement, après deux rencontres préparatoires tenues à Washington au niveau des ambassadeurs libanais et israélien.
Sur le terrain, le soldat et son frère ont été tués près de la localité méridionale de Bint Jbeil, alors qu’ils rentraient chez eux «en moto du poste» où était basé le militaire, selon un communiqué de l’armée.
Une série de frappes israéliennes ont aussi de nouveau visé plusieurs localités du sud du Liban, a rapporté l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).
Et l’armée israélienne a annoncé avoir frappé dans la nuit «environ 20 centres de commandement et structures militaires» du Hezbollah.
Le premier ministre, Nawaf Salam, a qualifié de «crime de guerre» la mort la veille de 19 personnes — selon un nouveau bilan officiel — dans des frappes israéliennes dans le sud, dont trois secouristes de la Défense civile pendant une opération de secours, au cours de laquelle deux soldats ont aussi été blessés.
Selon les termes de l’accord de cessez-le-feu, Israël se réserve «le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense».
Stopper «les démolitions»
M. Aoun a aussi indiqué poursuivre ses contacts pour «mettre fin à la démolition des maisons dans les villages occupés du sud».
L’armée israélienne a établi dans le sud du Liban une zone de dix kilomètres de profondeur délimitée par une «ligne jaune» — interdite d’accès à la presse et aux habitants — dans laquelle elle mène des opérations de démolition.
Israël affirme vouloir ainsi protéger sa région nord des attaques, mais «n’a aucune visée territoriale sur le Liban», a assuré mardi son chef de la diplomatie, Gideon Saar.
«La tentative de l’ennemi d’établir une zone de sécurité sur notre sol, nous la ferons échouer», a affirmé mercredi Hassan Fadlallah, un député du Hezbollah.
Il a réitéré le refus de son mouvement — qui continue de revendiquer des attaques contre Israël et ses forces — de négociations directes avec le pays voisin.
Chercheur au centre de réflexion International Crisis Group, Heiko Wimmen, juge que malgré leur volonté de négocier, les dirigeants libanais «ne sont pas en mesure de tenir leurs engagements» notamment de désarmer le Hezbollah.
Si ce dernier n’est «plus aussi influent, l’État reste lui plutôt faible», estime aussi Nicholas Blanford, analyste à l’Atlantic Council.
Les opérations israéliennes ont fait plus de 60 morts au Liban depuis la trêve, selon des chiffres du ministère de la Santé et de l’armée rassemblés par l’AFP.
Côté israélien, 16 soldats ont été tués au Liban sur la période, d’après les autorités.
