Les États-Unis ont exigé mercredi que l’Iran rouvre immédiatement le détroit d’Ormuz après que la République islamique eut fermé cette voie navigable en réponse aux attaques israéliennes contre le groupe Hezbollah au Liban. Cette décision de l’Iran a semé le doute quant à la tenue d’un cessez-le-feu déjà précaire visant à mettre fin à plus d’un mois de guerre.
Les États-Unis et l’Iran ont tous deux revendiqué la victoire après avoir conclu l’accord, et les dirigeants mondiaux ont exprimé leur soulagement, alors même que de nouveaux drones et missiles frappaient l’Iran et les pays arabes du Golfe. Israël a également intensifié ses attaques au Liban, frappant sans avertissement plusieurs zones commerciales et résidentielles à Beyrouth. Au moins 112 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors de l’une des journées les plus meurtrières dans le conflit entre Israël et le Hezbollah.
Ces nouvelles violences menaçaient de faire capoter ce que le vice-président américain JD Vance a qualifié d’accord «fragile».
«Une agression contre le Liban est une agression contre l’Iran», a écrit sur le réseau X le général Seyed Majid Mousavi, commandant aérospatial des Gardiens de la révolution iranienne. Il a averti que les forces iraniennes préparaient une «riposte sévère» sans en révéler les détails.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a insisté sur le fait que la fin de la guerre au Liban faisait partie de l’accord de cessez-le-feu conclu avec les États-Unis.
«Le monde est témoin des massacres au Liban, a-t-il déclaré dans un message sur X. La balle est dans le camp des États-Unis, et le monde observe s’ils respecteront leurs engagements.»
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré que les forces américaines et israéliennes avaient remporté une «victoire militaire avec un grand V» et que l’armée iranienne ne représentait plus une menace significative pour les forces américaines ou la région. L’armée iranienne a déclaré que le pays avait contraint Israël et les États-Unis à accepter ses «conditions proposées et à se rendre».
De nombreux aspects de l’accord préliminaire restaient inconnus
- L’Iran a déclaré que l’accord lui permettrait d’officialiser sa nouvelle pratique consistant à faire payer les navires transitant par le détroit d’Ormuz, mais les termes n’étaient pas clairs, pas plus que la question de savoir si les navires se sentiraient en sécurité en empruntant cette voie de transit cruciale pour le pétrole. On ignorait également si d’autres pays avaient accepté cette condition.
- Le Pakistan, qui a contribué à la médiation de l’accord, et d’autres pays ont laissé entendre que le cessez-le-feu prévoyait une pause dans les combats au Liban, où Israël a lancé une invasion terrestre contre le groupe militant Hezbollah. Israël a maintenu qu’il n’y aura pas de telle trêve.
- Le sort des programmes nucléaires et balistiques iraniens – dont l’élimination constituait un objectif majeur pour les États-Unis et Israël lors de leur entrée en guerre – restait également incertain. M. Trump a déclaré mercredi matin que les États-Unis collaboreraient avec l’Iran pour démanteler les réserves d’uranium enrichi enfouies, ce que l’Iran n’a pas confirmé.
Dans les rues de Téhéran, des manifestants progouvernementaux scandaient: «Mort à l’Amérique, mort à Israël, mort aux compromis!» après l’annonce du cessez-le-feu. Ils ont aussi brûlé des drapeaux américains et israéliens.
Ces slogans soulignent la colère des partisans de la ligne dure, qui se préparent à ce que beaucoup considèrent comme une bataille apocalyptique contre les États-Unis. Mardi, Donald Trump a averti qu’«une civilisation entière mourra ce soir» si aucun accord n’était trouvé.
Informations divergentes
Donald Trump a d’abord indiqué que l’Iran avait proposé un plan en 10 points «viable» susceptible de mettre fin à la guerre que les États-Unis ont déclenchée avec Israël le 28 février.
Or, lorsqu’une version en farsi a fait surface, indiquant que l’Iran pourrait poursuivre l’enrichissement d’uranium — un élément clé de la fabrication d’une arme nucléaire —, M. Trump l’a qualifiée de frauduleuse.
M. Trump a également laissé entendre que des navires de guerre américains «traîneront» dans le détroit d’Ormuz. Cela pourrait constituer un point chaud potentiel dans les jours à venir.
Les exigences de l’Iran pour mettre fin à la guerre comprennent, quant à elles, le retrait des forces de combat américaines de la région, la levée des sanctions et la libération de ses avoirs gelés.
Dans un message publié mercredi, M. Trump a écrit: «Nous discutons, et continuerons de discuter, d’un allègement des droits de douane et des sanctions avec l’Iran.»
Il est difficile de savoir si les autres pays occidentaux accepteraient ces conditions, et les autres points sont probablement inacceptables.
Le Pakistan a fait savoir que des pourparlers visant à trouver une issue définitive à la guerre pourraient commencer à Islamabad dès vendredi.
Israël a soutenu le cessez-le-feu, mais son premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a prévenu que l’accord ne couvrait pas les combats contre le Hezbollah au Liban. De fortes détonations ont été entendues dans tout Beyrouth mercredi, et de la fumée s’élevait de plusieurs endroits.
Droits de passage
Si l’Iran ne pouvait rivaliser avec la sophistication de l’armement américain et israélien ni avec leur domination aérienne, sa capacité à contrôler le détroit d’Ormuz s’est avérée un formidable avantage stratégique.
Le cessez-le-feu pourrait officialiser ce contrôle — et offrir à l’Iran une nouvelle source de revenus.
Selon un responsable régional qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat pour évoquer les négociations auxquelles il a directement participé, le plan prévoit que l’Iran et Oman perçoivent tous deux des droits sur les navires transitant par le détroit.
Ce responsable a expliqué que l’Iran utiliserait les fonds ainsi collectés pour la reconstruction.
Cela bouleverserait des décennies de jurisprudence considérant le détroit comme une voie navigable internationale en libre transit et ne sera probablement pas acceptable pour les États arabes du Golfe.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que le passage par le détroit serait autorisé sous la gestion militaire iranienne — ce qui rend encore plus floue la question de savoir qui serait autorisé à transiter par le détroit.
Néanmoins, l’annonce du cessez-le-feu a fait baisser les prix du pétrole et grimper les actions.
Programmes nucléaires et balistiques
Les États-Unis et Israël ont porté un coup dur à l’Iran, mais ils ne semblent pas avoir entièrement éliminé les menaces que représentent le programme nucléaire iranien, ses missiles balistiques ou son soutien à des mandataires régionaux.
L’Iran semble toujours disposer des moyens de relancer son programme nucléaire — qu’il qualifie de pacifique, bien qu’il ait enrichi de l’uranium jusqu’à 60 % de pureté, une étape technique mineure avant d’atteindre les niveaux requis pour la fabrication d’armes.
Mercredi, Donald Trump a affirmé que les États-Unis collaboreraient avec l’Iran pour «déterrer et retirer» l’uranium enrichi enfoui lors des frappes communes américano-israéliennes de juin. Il a ajouté qu’aucun de ces matériaux n’avait été touché depuis. Toute opération de récupération s’annonce complexe.
L’Iran n’a pas confirmé ces informations.
Un haut responsable israélien a indiqué que le gouvernement israélien attribuait la conclusion de l’accord à «la destruction massive des infrastructures du régime».
S’exprimant sous couvert d’anonymat, car il s’agissait de discussions diplomatiques privées, ce responsable a noté que Washington s’était engagé à faire pression pour obtenir le retrait des matières nucléaires et le démantèlement du programme de missiles balistiques de l’Iran.