Conflit au Moyen-Orient

L'UE envisage des mesures pour maintenir le détroit d'Ormuz ouvert

Le président américain, Donald Trump, a demandé à ses alliés de contribuer à sécuriser le détroit pour la navigation internationale.

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Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s’adresse aux médias à son arrivée au siège du Conseil européen à Bruxelles, le lundi 16 mars 2026, pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s’adresse aux médias à son arrivée au siège du Conseil européen à Bruxelles, le lundi 16 mars 2026, pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE. (Virginia Mayo)

L’Union européenne (UE) cherche à obtenir davantage de clarté stratégique sur les plans des États-Unis et d’Israël en Iran et sur une éventuelle fin du conflit, tandis qu’elle examine la possibilité d’envoyer des navires pour renforcer la sécurité dans le golfe Persique.

«Il est dans notre intérêt de maintenir le détroit d’Ormuz ouvert, et c’est pourquoi nous discutons également des actions que nous pouvons entreprendre à cet égard du point de vue européen», a déclaré lundi Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, en vue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 États membres à Bruxelles.

Le président américain, Donald Trump, a demandé à ses alliés – dont la France, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni – de contribuer à sécuriser le détroit pour la navigation internationale.

Mme Kallas a indiqué que l’UE pourrait étendre son opération navale Aspides, actuellement déployée en mer Rouge, jusqu’au golfe Persique pour protéger la navigation, ou former une «coalition des volontaires», les États membres apportant ponctuellement des capacités militaires.

Tout ce qu’il faut savoir sur les attaques de navires dans le détroit d’Ormuz Conflit en Iran: une vingtaine de navires commerciaux se trouvant dans le détroit d’Ormuz ou à proximité ont été attaqués.

La guerre en Iran, déclenchée le 28 février par des frappes aériennes israéliennes et américaines, a fait flamber les prix de l’énergie à l’échelle mondiale, le prix du Brent ayant augmenté de plus de 40 %. Mais le conflit a également perturbé l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement mondiale, affectant des secteurs aussi variés que celui du pétrole, comme les produits pharmaceutiques en provenance d’Inde, les semi-conducteurs d’Asie et les produits dérivés du pétrole, tels que les engrais provenant du Moyen-Orient.

Des cargos sont bloqués dans le Golfe ou doivent effectuer un détour beaucoup plus long en contournant la pointe sud de l’Afrique. Les avions transportant du fret aérien en provenance du Moyen-Orient sont cloués au sol. Plus le conflit s’éternise, plus les risques de pénuries et de hausses de prix sur une large gamme de biens augmentent.

«Nous avons besoin de plus de clarté»

La France a déclaré travailler avec des pays – le président Emmanuel Macron a mentionné des partenaires en Europe, en Inde et en Asie – sur une possible mission internationale d’escorte de navires dans le détroit, mais a insisté sur le fait que cette mission devra intervenir «lorsque les circonstances le permettront», une fois les combats apaisés.

De hauts responsables français, s’exprimant sous couvert d’anonymat au sujet des discussions en cours, ont indiqué que les Pays-Bas, l’Italie et la Grèce avaient manifesté leur intérêt et que l’Espagne pourrait être impliquée d’une manière ou d’une autre.

Hors de l’UE, le Royaume-Uni pourrait également y participer s’il dispose des capacités nécessaires, ont précisé ces responsables. Ils ont cité l’opération Aspides, axée sur la mer Rouge, comme un modèle possible pour une mission navale dans le golfe Persique.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré qu’il serait important que les États-Unis et Israël définissent «à quel moment ils considèrent que les objectifs militaires de leur déploiement ont été atteints».

Avant de rencontrer ses homologues européens à Bruxelles, il a affirmé: «Nous avons besoin de plus de clarté sur ce point» de la part des États-Unis et d’Israël.

Parallèlement, M. Wadephul a noté que le gouvernement iranien représente un danger important pour la région, la liberté de navigation et l’économie mondiale, et que «ce danger ne doit absolument pas perdurer». Il a ajouté qu’il soutiendrait des sanctions contre les responsables du blocage du détroit d’Ormuz, sans donner plus de précisions.

Une fois les objectifs américano-israéliens clarifiés, M. Wadephul a précisé qu’il serait temps d’entamer une phase dans laquelle «une architecture de sécurité pour l’ensemble de la région» sera définie. Il a ajouté que cela impliquerait également des discussions avec l’Iran.

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Xavier Bettel, a affirmé que l’UE restait neutre quant à toute action militaire.

«Pour l’instant, l’UE n’est pas directement impliquée. Nous devons donc décider si nous allons nous impliquer ou non. C’est une décision importante», a fait valoir M. Bettel.

Préoccupations de l’UE concernant les réfugiés

L’opération Aspides a été créée pour contrer les attaques contre la navigation en mer Rouge menées par des pirates somaliens et les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, qui ne sont pas encore entrés dans le conflit actuel. Saudi Aramco gère un réseau d’oléoducs qui contourne le détroit d’Ormuz pour acheminer le pétrole jusqu’à la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge.

«Si nous voulons garantir la sécurité dans cette région, le plus simple serait d’utiliser l’opération déjà en cours et de l’adapter légèrement, a soutenu Kaja Kallas. On parle également d’une coalition de pays volontaires, mais il nous faut aussi déterminer la solution la plus rapide pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Comme vous le voyez, ce n’est pas chose facile.»

L’UE craint une potentielle crise des réfugiés en Iran si la guerre se poursuit.

«Bien que, pour l’instant, le conflit n’ait pas entraîné de flux migratoires immédiats vers l’UE, l’avenir reste incertain et exige la pleine mobilisation de tous les outils diplomatiques migratoires à notre disposition», a souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans un communiqué publié dimanche.

Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, a indiqué que son pays avait toujours soutenu fermement les États-Unis, mais qu’il devait également «connaître les projets (…) dans la région». Il a déclaré que les alliés des États-Unis en Europe souhaitent comprendre les «objectifs stratégiques» du président Trump.