Conflit au Moyen-Orient

L’OTAN, dommage collatéral du conflit de Trump au Moyen-Orient?

«Lâches!», «Nous nous en souviendrons!»

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Des drapeaux flottent au vent devant le siège de l'OTAN à Bruxelles, mercredi 3 décembre 2025. Des drapeaux flottent au vent devant le siège de l'OTAN à Bruxelles, mercredi 3 décembre 2025. (Virginia Mayo/AP)

«Lâches!», «Nous nous en souviendrons!» : assaillie par les invectives de Donald Trump, l’Alliance atlantique est à nouveau plongée dans une crise existentielle, accusée de refuser son aide à l’Amérique en Iran, quelques semaines après avoir frôlé la catastrophe avec le Groenland.

Le président américain n’a jamais caché le peu d’intérêt qu’il éprouve à l’égard des alliances en général. Et de l’OTAN en particulier.

Mais depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes en Iran, il y a un mois, son ressentiment n’a cessé de se renforcer face à ce qu’il estime être une dérobade de la part des alliés européens.

«Je n’ai jamais été convaincu par l’OTAN. J’ai toujours su que c’était un tigre de papier», a affirmé mercredi Donald Trump dans un court entretien avec le quotidien britannique The Telegraph, laissant entendre qu’il examinait sérieusement la possibilité d’un retrait de l’Alliance.

Depuis le retour du magnat de l’immobilier au pouvoir, en janvier 2025, les épisodes de tensions et de crispations se multiplient.

Sur le dernier en date, la menace d’annexer le Groenland, un vaste territoire arctique sous souveraineté du Danemark, membre de l’Alliance, le locataire de la Maison Blanche a soudainement fait machine arrière.

Mais si l’orage est passé sur ce front, l’inquiétude est, dans la foulée de l’offensive américaine en Iran, montée d’un cran.

«Cela devient chaque jour de plus en plus préoccupant», résumait mercredi un diplomate interrogé par l’AFP.

«Réexaminer cette relation»

«Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l’OTAN, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n’avons plus à l’être, n’est-ce pas ?», lançait fin mars le président américain.

Celui-ci reproche, entre autres, aux alliés européens de ne pas être intervenus pour sécuriser le détroit d’Ormuz, bloqué depuis le début du conflit.

Le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, toujours soucieux d’apaiser le courroux présidentiel, s’efforce depuis de prouver le contraire.

Les Européens ont certes tardé à répondre aux demandes des États-Unis, mais pour de «bonnes raisons», avançait-il il y a quelques jours.

M. Rutte assure ainsi que, n’ayant pas été informés à l’avance des frappes américano-israéliennes, les États-Unis voulant, à juste titre, garder le secret, cela a eu pour effet de retarder la réponse des pays européens. Mais, «la bonne nouvelle», c’est qu’ils sont maintenant en train d’en discuter, affirme-t-il.

Une ligne mise en avant mercredi par le premier ministre britannique Keir Starmer, cible de toutes les critiques de la part de Donald Trump.

«Le Royaume-Uni a maintenant rassemblé 35 nations autour de notre déclaration d’intention de faire front commun pour la sécurité maritime dans le Golfe», a-t-il déclaré, ajoutant qu’une réunion sur ce sujet aurait lieu dès cette semaine.

Et même si un responsable de l’Alliance affirme, sous couvert d’anonymat, que tous ces épisodes sont vécus avec «calme et recul», il n’est pas sûr que cela suffise.

Trump accuse les pays de l’OTAN d’être des «lâches» Conflit au Moyen-Orient: Donald Trump a maintenu vendredi une rhétorique triomphaliste et belliqueuse, dont l’OTAN a fait les frais.

«La pire crise, de loin»

Mardi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, d’ordinaire plus mesuré, a ajouté sa voix à celle du président américain, déplorant une Alliance «à sens unique».

«Je pense qu’il ne fait malheureusement aucun doute qu’une fois ce conflit terminé, nous devrons réexaminer cette relation. Nous devrons réexaminer l’intérêt que présente l’OTAN pour notre pays dans le cadre de cette alliance», a-t-il dit sur Fox News.

«Il s’agit, de loin, de la pire crise à laquelle l’OTAN ait jamais été confrontée», a jugé l’ancien ambassadeur américain auprès de l’Alliance Ivo Daalder, dans une tribune parue mercredi.

Et de pointer du doigt la dégradation des relations «entre le président des États-Unis et les alliés européens».

Pour l’heure, le renforcement du pilier européen au sein de l’Alliance est désormais un leitmotiv à Bruxelles.

Les Européens doivent prendre «davantage leur part dans la défense collective de l’Europe», a ainsi lancé mercredi la ministre française déléguée aux Armées Alice Ruffo.

«C’est un message qui est répété par les États-Unis de plus en plus brutalement. Donc il faut l’entendre».